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LI. Concile de Selingstatd

La mortalité qui se mit dans l'armée de l'empereur l'obligea à repasser les Alpes en diligence , et il tint un concile à Selingstatd prés de Mayence , le onzième d'août de la même année mil vingt-deux , indiction cin-

^}1 ^'"Pi J^^c ^^'"» "• ^^' ^3) c. 44. V. Mabill. Dis. (2) L. 43. Sup. xx.\viiJ, sert. Saec. 2. Act. SS. Ben^ n. 60. 337.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

quième(i). Aribon, qui présida ce concile , avoit depuis peu succédé à Erkembold ou Archambaud dans le siège de Mayence , et il le tint environ dix ans. En ce concile il fut assiste des cinq évéques , de Wormes, de Strasdourg, d'Augsbourg, de Baraberg et de Wirtzbourg, tous suffragants de Mayence.

Ce concile fit vingt canons. On ordonne rabstinence de la chair quatorze jours avant la Saint- Jean, autant avant Noël , et jeune en plusieurs vigiles, qui sont marquées, entre autres, la veille delépiphanie. Défense à un prêtre de dire plus de trois messes par jour. Défense de jeter un corporal dans le feu pour éteindre un incendie. Défense de porter une épée dans l'église, excepté celle du roi. Défense de faire dire par superstition et pour deviner, des messes de la Trinité ou de saint Michel. Ordonné d'abattre les bâtiments attenant aux églises , et défense à d'autres qu'aux prêtres de loger dans le parvis. Qui n'observera pas le jeûne dénoncé par l'évéque , nourrira un pauvre le même jour. Le pénitent, pendant le cours de sa pénitence , demeurera dans le lieu où il l'a reçue , afin que son propre prêtre puisse rendre témoignage de sa conduite ; et le prêtre ne pourra lui partager sa pénitence, ni le faire rentrer dans l'église sans ordre de l'évéque. Et parce que plusieurs chargés de grands crimes refusoient de rec(»voir la pénitence de leurs pasteurs , et s'en alloient à Rome , croyant que le pape leur remettoit tous leurs péchés : le concile déclare qu'une telle absolution ne leur servira de rien, mais qu'ils doivent premièrement accomplir la pénitence qui leur sera imposée par leurs pasteurs , après quoi, s'ils veulent aller à Rome , ils prendront des lettres de leur évêque au pape. En général, il est défendu d'aller à Rome sans la permission de l'évêqile ou de son vicaire (2). En suite de ces canons on trouve la forme de tenir un concile. On voit ici que le pape éloit regardé comme un évêque étranger , quant à l'administration de la pénitence ; comme dans le capitulaire d'Héiton, évêque de Basle, deux cents ans auparavant (3).

LU. Bouchard de Wormes. Son décret.

C'est Bouchard , évêque de Wormes , qui , ayant assisté à ce concile, nous en a conservé les décrets , à la fin de son recueil de canons ; et c'est par cet ouvrage qu'il est devenu fameux. H fut aidé par Vautier, évêque de Spire, par Brunechon, prévôt de son église de Wormes, et principalement par Olbert, moine de Lobes, et depuis abbé de Gemblous (4). Car comme Bouchard, encore jeune, avoit une

(1) Chr. Saxon, to. 9, (3) Sup. liv. xlvi, n. 55, Conc. p. 8U. Serrar. Mo- to. 7, Conc. p. 1522. sont. p. 729. (4) ^'ila Curch. cum

(2) C. 5, 6, 8, 10, 12, 15, Decr. edit. Colon. Vita 01- IQ 10 17 "^0 18. berti,n. 3. Sœc. 0. Ben. p.

grande ardeur pour l'étude , il pria Baudrî , évêque de Liège, avec lequel il avoit lié à la cour une amitié particulière, de lui envoyer un homme de lettres, pour l'aider dans l'étude des Ecritures. Baudri ne trouva personne plus capable de cet emploi que le moine Olbert , qui avoit étudié premièrement sous Hériger, abbé de Lobes, puis à Saint-Germain de Paris, à Troyes et à Chartres sous l'évéque Fulbert. Etant abbé, il amassa à Gemblous plus de cent volumes d'auteurs ecclésiastiques, et cinquante d'auteurs profanes, ce qui passoit pour une grande bibliothèque. Bouchard profita si bien de ses instructions , qu il devint le plus savant prélat de son temps, et composa avec lui le grand recueil de canons que j'ai marqué.

Bouchard en explique lui-même le dessein dans la préface adressée au prévôt de son église. C'étoit pour l'instruction des prêtres chargés de la conduite des âmes , et principalement pour le rétablissement des pénitences canoniques , ignorées ou négligées pour la plupart. L'ouvrage est divisé en vingt livres , et commence par l'autorité du pape , l'ordination des évéques , leurs devoirs , et la manière de les juger ; puis il parle du reste du clergé, des églises et de leurs biens temporels; et enfin des sacremens (1). Au sixième livre il commence à parler des crimes et de leurs pénitences : et c'est ce qui compose la plus grande partie de l'ouvrage. Il explique dans un grand détail la manière d'imposer et de pratiquer la pénitence ; mais il explique aussi les moyens de la racheter, afin de ne pas mettre au désespoir ceux qui ne la pouvoient accomplir.

Par exemple , celui qui ne peut jeûner pour un jour de jeûne au pain et à l'eau , chantera cinquante psaumes à genoux dans l'église, et nourrira un pauvre ce jour-là , moyennant quoi il prendra telle nourriture qu'il lui plaira, excepté le vin , la chair et la graisse. Cent génuflexions tiendront lieu de cinquante psaumes; et les riches pourront se racheter pour de l'argent. Mais il faut bien remarquer que ce rachat de pénitence n'étoit que pour ceux à qui il étoit impossible de l'accomplira la lettre , et que cette impossibilité n'étoit pas une cause pour en dispenser absolument, mais seulement pour la commuer, afin que le pécheur se punit de la manière qu'il le pou-

voit(2).

Ce recueil de Bouchard , comme les autres

du temps, est rempli de fausses décrétâtes, dont l'autorité s'établissoit de plus en plus ; et les pièces dont il est composé ne sont pas tirées des livres originaux, mais des recueils précédents , particulièrement de celui de Réginon, dont Bouchard a souvent copié les fautes, et y en a ajouté de nouvelles(3). Bouchard remplis-

(1) Lib.l,2,3,0,7,8,clc. (3) Baluz. Pr»f. in Reg.

lib. 10. n- ^'^'

AndeJ.-C. 1022.J

soit d'ailleurs tous les devoirs d'un digne évêque, suivant l'état où l'église étoit de son temps. Ayant trouvé la ville de Wormes presque déserte, et devenue une retraite de voleurs et de bêtes sauvages , il en rebâtit les murailles, rappela les habitants dispersés à la campagne, et la rétablit en cinq ans malgré l'oppo* sition du duc Olhon qui, ayant une forteresse dans la ville, y donnoit retraite aux pillards. Mais ensuite, par l'autorité du roi Henri, Othoncéda à l'évéque cette forteresse en échange d'une terre ; et Bouchard , l'ayant fait abattre, en employa les matériaux à bâtir un monastère de chanoines. Il se fit aussi une maison dans une forêt, à deux milles de Wormes, pour se retirer du tumulte des affaires, et ce fut là qu'il composa son décret ou recueil de canons (1). Il donna des lois à la famille de saint Pierre, c'est-à-dire aux habilants des terres de sa cathédrale , pour régler leurs affaires, tant civiles que criminelles 11 fonda plusieurs monastères , et par ses exhortations plusieurs personnes illustres quittèrent le monde pour embrasser la vie monastique. Toutefois , voyant que cette ferveur alloit trop loin, il appela un jour les frères de toutes les communautés, et leur représenta l'importance de suivre chacun sa vocation de chanoine, de moi ne ou de laïque, et de demeurer ferme dans l'état qu'on a embrassé.

L'évéque Bouchard ne vivoit ordinairement que de pain, de légumes et de fruits, et ne buvoit que de l'eau. Souvent il passoit une partie de la nuit à visiter les pauvres par tous les quartiers de la ville, et leur distribuer des aumônes abondantes. Il s'enfermoit tous les matins avant le jour pour prier jusqu'à prime, et célébroit tous les jours la messe pour les vivants et pour les morts. Il ne survécut que quatreans au concile de Sèlingstatd, et se voyant près de sa fin, il donna l'absolution à tous ceux qu'il avoit excommuniés; puis il se baigna, se fit raser la barbe et la couronne , et se revêtit d'habits propres. Il fit entrer ses vassaux elles autres qui s'y trouvèrent , et leur fit une exhortation touchante sur la vanité des grandeurs et des richesses par son propre exemple. Il mourut ainsi l'an mil vingt-six , et on ne lui trouva d'argentque trois deniers dans son gant, mais on trouva dans un coffret un cilice trèsrude, et une chaîne de fer usée d'un côté à force de l'avoir portée.

LUI. Manichéens en France.

Vers le temps du concile de Sélingslatd , on découvrit en France une dangereuse hérésie , et on la condamna dans un concile tenu à Orléans, cette même année mil vingt-deux. Il y avoit un seigneur normand, nommé Aréfaste, homme de probité, de bon conseil et éloquent,

(1) In edit Colon.

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