LIV. Concile d'Orléans
Sur les avis d' Aréfaste , le roi Robert et la reine Constance se rendirent à Orléans , avec plusieurs évtHiues, entre autres Leoteric, archevêque de Sens ; et le lendemain on tira tous ces héréliques delà maison où ils étoient assembles, et on les mena dans l'église de Sainte-Croix devant le roi , les évêques et tout le chTgc (2). Aréfaste fut amené avec eux comme prisonnier ; et, prenant le premier la parole , il dit au roi : Seigneur, je suis vassal du duc de Normandie , qui est le vôtre, et c'est sans sujet qu'on me tient enchaîné devant vous. Le roi lui répondit : Dites-nous pourquoi vous êtes venu ici, atin que nous voyions s'il faut vous garder ou vous renvoyer comme innocent. Aréfaste repondit : Ayant ouï parler de la science et de la piété de ceux que vous voyez ici avec moi dans les fers , je suis venu dans cette ville pour protiter de leurs instructions. C est aux evêques qui sont assis avec vous a voir si en cela je suis coupable.
Les éveques dirent : Si vous nous expliquez ce que vous avez appris de ces gens-ci , touchant la religion, nous en jugerons facilement Aréfaste répondit •• Commandez-leur, le roi et vous de dire eux-mênu^s en votre présence ce qu'ils m'ont enst'igné. Le roi et les evêques le leur ordonnèrent, mais les hérétiques ne vouloient point s'expliquer, llsdisoient autre chose que ce qu'on leur demandoit; ils n'entroient ooint dans le fond de leur doctrine, et plus on les pressoit, plus ils employoient d artifice pour s'échapper. Alors Aréfiiste, voyant qu ils ne cherchoient qu'à gagner temps et a couvrir leurs erreurs de belles paroles, leur dit : J ai cru avoir des maîtres qui m'enseignoient la vérité et non pas l'erreur, vu l'assurance avec laquelle vous me proposiez cette doctrine , que vous nommiez salutaire, soutenant que vous n'y renonceriez jamais par la crainte des tourments ni de la mort même ; et je vois maintenant que vous n'osez l'avouer , et ne vous mettez pas en peine du péril où vous me laissez. 11 faut obéir aux rois et aux évêques, afin que je sache ce que je dois suivre et ce que je dois rejeter. Vous m'avez enseigné que par le baptême on ne pouvoit obtenir la rémission des
(1 Sup. liv. III, n. 21. d) Chr. S. Pet. lo. 2, AUcniar. Chr. p. 1»0. bpicii. p. 740.
Ans de J.-C 1022]
péchés ; que Jésus-Christ n'étoit point né de la vierge, n'avoit ni souffert pour les hommes, ni été enseveli, ressuscité; et que le pain et le vin qui , étant mis sur l'autel par les mains des prêtres, devient le sacrement , par l'opération du Saint-Esprit, ne pouvoit être changé au corps et au sang de Jésus-Christ.
Après qu' Aréfaste eut ainsi parlé , Guérin , évêque de Beauvais , s'adressa à Etienne et à Lisoye , comme aux docteursdes autres, etleur demanda si c'étoil là leur créance. Ils déclarèrent hardiment qu'ils croyoient ainsi depuis long-temps. Et nous nous attendons, ajoutèrent-ils, que vous et tous les autres embrasserez cette doctrine, qui est la pure vérité. L'évêque leur dit : Jésus-Christ a voulu naître (le la vierge, parce qu il l'a pu ; et il a voulu soiiiîrir en son humanité pour notre salut, afin (le ressusciter par la vertu de sa divinité, et nous montrer que nous ressusciterons aussi.
Us répondirent : Nous n'y étions pas présents, et nous ne pouvons cnure que cela soit vrai. L'évêque de Beauvais leur dit : Croyezvousavoir eu un père et une mère? Ils en convinrent , et il reprit : Si vous croyez être nés de vos parents, lorsque vous n'étiez pas, pourquoi ne voulez-vous pas croire que le Dieu tMigendré de Dieu sans mère avant tous les siècles, soit né d une vierge , à la fin des temps, par l'opération du Saint-Esprit? Us rèpcmdirent •• Ce qui répugne à la nature ne s'accorde point avec la création. L'évêque reprit : Avant que rien se fil par la nature, ne croyez-vous pas que Dieu le père a tout fait de rien par son fils.^ ils répondirent : Vous [K)uvez dire ces contes à ceux qui ont des pensées terrestres et qui croyent les inventions des hommes charnels, écrites sur la peau des animaux; pour nous, qui avons une loi écrite par le Saint-Es- |)rit, dans Ihomme intérieur, et qui n'avons dautres sentiments que ce que nous avons appris de Dieu même, c'est en vain que vous nous parlez ainsi ; finissez et faites de nous ce que vous voudrez. Nous voyons déjà noire roi, régnant dans le ciel, qui nous appelle delà main à des triomphes immortels.