LVII. Fulbert, évéquc de Chartres
Fulbert , évêque de Chartres , n'étoit recoramandable, comme il l'avoue lui-même, m par sa naissance ni par ses biens. H semble marquer qu'il èloit Romain ; il eut de bons maîtres des Tenfance, et il en profita si bien qu'il devint un des plus fameux docteurs de son siècle. 11 enseigna long-temps à Chartres, et fut chancelier de cette église (4). On voit, par quelques-unes de ses lettres, qu'il savoit la médecine, et donnoit des médicaments -, mais il n en composoit plus depuis qu'il fut évêque. Comme il étoit
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esfimé des rois, des évêques et des peuples, son mérite le fit élire évêque de Chartres, après la mort de Rodolphe, quoiqu'il fut encore jeune: c étoit l'an mil sept. Foulques eloit encore évêque d'Orléans , et Fulbert lui écrivit pour le consoler de la foiblesse du roi Robert , qui se laissoit surprendre par dos méchants, et nesoutenoitpasla justice avec la vigueur nécessaire. 11 l'exhorte à se faire rendre, par l'abbé de Fleury, la soumission qui lui eloit due , selon les canons, et y exhorte aussi l abbe, qui étoit Gauslin , depuis archevêque de Bour-
^^ Après la mort de Foulques , Thierry ayant été évêque d'Orléans , Fulbert refusa d'assister à son ordination au jour marqué, parce que Thierry étoit accusé d'homicide, et que le pape enétant averti avoit défendu de l'ordonner. De plus, on se plaignoit que son élection avoit ele extorquée par l'autorité du prince contre la liberté du clergé et du peuple. Toutelois, Fulbert ayant reconnuson innocence , concourut à son ordination et cultiva depuis son amitié. Aussi Thierry d'Orléans est-il compte entre les saints, et honoré le vingt-septieme de janvier (1). H étoit fils du seigneur de Chàteau-Thierry-sur-Marne, et petil-fils de celui qui bâtit cette forteresse , dont eUe a garde le
nom. , . . ,.,
Fulbert témoigne lui-même la crainte qu il avoit de n'avoir pas été bien appelé a lepiscopat, par des vers dont les sentiments sont plus estimables que le style. Mon Créateur, dit-il ma vie, mon unique contiance, donnez-moi votre conseil , et la force de le suivrez dans l'incertitude où je suis (-2). Je crains qu etant entré témérairement dans 1 episcopat , je ne sois plus nuisible qu'utile au troui)eau ; c'est pourquoi je crois devoir céder a ceux qui en sont plus dignes. Mais, quand je pense que, sans appui de richesses ou de naissance, le suis monté sur cette chaire, comme le pauvre élevé de son fumier (3), je crois que c est 1 effet ordinaire de votre providence, et je n ose chancrcr de place sans votre ordre, quoique j en sois sollicité par le reproche de ma conscience. Yous savez. Seigneur, ce qui vous est le plus agréable et le plus utile pour moi : inspirezl^raoi, je vous supplie, et m'aidez a l exécuter Il fut rassuré dans ses craintes par saint Odilon de Clugny avec lequel il étoit lie d'une étroite amitié, et qu'il eslimoit jusqu au point de le nommer l'archange des moines. Odiloii lui conseilla de demeurer évêque ; après quoi Fulbert prétendoit qu'il étoit oblige a lui donner son conseil et son secours en toutes ses
neines (4*)
Le roi Robert lui ayant fait demander son consentement pour réleclion de Francon a 1 evêché de Paris , il répondit qu'il y consentoit ,
(1) Frag. Duch. to 4, p.
86, A. Ap. Full). 9â.
(2) Kp. 00, O.'i, p. 00.
(3) Adeni. Chr. p. 172.
(i) Carm p. 170. Ep. p.
2, fol. 12 et 15. Ep. 10, 40, 113. V. Mabiil. Sœc. 0, p.
254, n. 3. Ep. 41,73.
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en cas que ce fui un homme de beaucoup de lettres, et qui prêchât facilement. A quoi, dit-il, tous les évêques ne sont pas moins obligés qu'à l'action. Il suppose encore que l'élection ait été jugée canonique par l'archevêque de Sens et par les évêques de la province (1). Depuis que Francon fut ordonné évêque , Fulbert l'aida de ses conseils en diverses affaires , le consolant dans les persécutions que l'Eglise souffroit de la part des seigneurs ; et l'exhortant à ne pas céder à son ressentiment, jusqu'à prendre les armes : de peur, ajoute-t-il, que si vous employez un glaive étranger, vous ne fassiez qu'on ne craigne plus le vôtre. Il lexhorte encore à retirer en faveur des pauvres l'usufruit des autels, que des prédécesseurs a voient accordé à des laïques.
Après la mort d'un sous-doyen de l'église de Chartres, Robert, évtVjue de Sentis, demanda cette place, pour lui ou pour Guy, son frère. Fulbert répondit (2) : Qu'elle ne convenoit ni à Robert, parce qu'il étoitévêque, ni à Guy , parce qu'il étoit trop jeune, et la donna à un de ses prêtres, nommé Evrard , savant et vertueux. L'évêque de Sentis et sa mère en furent si irrités, qu'ils firent de terribles menaces contre Evrard , en présence de plusieurs témoins. En effet , quelques-uns de leurs domestiques vinrent à Chartres, où, s'étant tenus cachés pendant le jour, ils attaquèrent de nuit le prêtre Evrard, comme il alloit à matines, et le tuèrent à coups de lances et d'épées, dans 1(| parvis de la grande église. Ses clercs, qui vinrent un peu plus tard, le trouvèrent, qui en expirant prioit pour ses meurtriers, à l'exemple de saint Etienne. Quelque soin qu'ils eussent pris de se cacher, le crime fut découvert par des indices , qui , joints aux menaces précédentes, faisoient une entière conviction. Fulbert en écrivit à Adalbéron, évêque de Laoïi , comme au plus ancien de la province de Reims, dont apparemment le siège étoit vaquant, l'exhortant à faire justice d'un tel crime, et à excommunier les coupables. Pour lui , il les excommunia, et refusa ce qu'ils offroient pour se faire absoudre , nonobstant les conseils et les instances de l'archevêque de Sens. Quant à l'évêque de Sentis, il ne vouloit faire aucune satisfaction pour ce meurtre, ni avouer qu'il en fut coupable (3).
Le siège de Reims ayant vaqué quelque temps après la mort de l'archevêque Arnoul , Ebles, encore laïque, fut élu pour lui succéder par le clergé et le peuph' de la ville, du consentement du roi et de la plupart des évêques de la province (4) ; mais Gérard de Cambrai s'y opposa , insistant sur ce qu'Ebles étoit néophyte, et prétendant qu'il n'étoit point instruit de la discipline, et ne savoit qu'un peu de dialectique, pour imposer aux ignorants.