LIVRE CINQUAINTE-HUITIÈME
(1) Ep. 61. V. Mabiil.
Sœc. 0, p. 102. Ep. 62, 63.
Boll. lo. 2, p. 788.
(2) Carm. p. 179.
(3) Ps. (Ail, 7.
(4) Ep. 66, 68.
(1) Ep. 88, 11, 20.
(î) Ep. 45.
(3) Ep. 29, 00, 48, 49.
r4) Chr. Albert. 1023.
Marlot. lib. i, c. 20. Ep.
Guy, nouvel évêque de Sentis, faisoit difficulté de prendre part à son ordination ; mais Fulbert le rassura , lui apportant les exemples de saint Ambroise et de saint Germain d' Auxerre , et lui représentant le besoin de relever l'église de Reims , notablement déchue. Ebles fut en effet sacré archevêque, l'an mil vingt-quatre, et remplit dignement ce siège pendant neuf ans. Fulbert le consola dans les traverses qu'il souffroit de la part d'Eudes, comte de Champagne, et le reprit de ce qu'il vouloit abandonner son troupeau , disant que ce ne scroit pas agir en pasteur.
Guillaume V , duc d'Aquitaine , connoissant le mérite de Fulbert de Chartres (1), le fît venir auprès de lui , le retint quelque temps , et lui donna la trésorerie de Saint-Hilaire de Poitiers ; mais Fulbert le pria enfin de l'en décharger, ne pouvant y aller souvent, à cause de l'éloignement des lieux , et protestant qu'il n'en seroit pas moins attaché à son service (2). Dans une de ses lettres, il lui explique ce que renferme le serment de fidélité , et les devoirs réciproques du vassal et du seigneur.
LVIIL Guillaume, duc d'Aquitaine.
Ce duc Guillaume , que quelques-uns nomment le grand, étoit un des plus puissants princes de ce temps-là, et des plus religieux (3). C'étoitle défenseur des pauvres, le père des moines, le protecteur des églises. Dès sa jeunesse , il prit la coutume d'ailler à Rome tous les ans, et, s'il y manquoit une année, il alloit à Saint-Jacques en Galice; soit qu'il marchât, soit qu'il tînt sa cour, il paroissoit un roi plutôt qu'un duc : aussi étoit-il absolu dans toute l'Aquitaine, et lié d'amitié avec le roi Robert , et avec les princes étrangers, Alphonse, roi de Léon, Sanche de Navarre, Canut de Danemark et d'Angleterre, et l'empereur Henri ; ils se faisoient réciproquement des présents. S'il trouvoit un clerc recommandable par sa science , il en prenoit un soin particulier; ainsi, il donna l'abbaye de Saint -Maixent au moine Raynald, surnommé Platon. Le duc avoit été bien instruit dans sa jeunesse , il avoit quantité de livres dans son palais, lisoit lui-même; et, à l'imitation de Charlemagne , y employoit ses heures de loisir, et principalement dans les longues nuits de l'hiver (4). Il n'étoit guère sans quelques évêques auprès de lui. Il donna des terres à plusieurs monastères, entre autres à Saint- Martial de Limoges, à Saint-Michel en l'Erme et à Clugny. Car il honoroit singulièrement les moines réguliers et les abbés, et se servoit de leurs conseils dans le gouvernement de son état. Il chérissoit surtout saint Odilon , abbé
(1) Chr. Adem. p. 173.
(2) V. Ep. 16, 18, 103, 130, 101.
(S) Chr. Adem. p. 172.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
de Clugny, qu'il s'attacha par de grandes libéralités, le considérant comme un temple du Saint-Esprit, et lui donna à réformer quelques monastères de son obéissance.
Il fonda de nouveau, l'an mil dix , celui de Maillezais en Poitou , qui fut érige en eveche trois cents ans après. H fonda Vabbaye de Boureueil en A niou dans une terre de son propre. Ue son temps et la même année mil dix, on trouva au monastère d'Angéli enSaintonge le chef de
saint Jean, que l'on prélendoit y avoir ele apporté dès le temps de Pépin, roi d'Aquitaine, hls
de Louis le débonnaire, fondateur de ce monastère. Nous avons encore l'histoire de cette translation , mais si grossièrement fabriquée , que l'on en voyoit la fausseté dès le onzième siècle (1). Toutefois, la découverte de ce chel , que l'on croyoit être celui de saint Jean-liaptiste, réveilla merveilleusement la dévotion des fidèles. On y accourut de toutes les provinces de Gaule, d'Italie et d'Espagncv Le roi Robert y vint avec la reine , et y oilrit une conque d'or du poids de trente livres, avec des ornements précieux. Sanche,roi de Navarre, y vint aussi , le duc de Gascogne , le comte de Champagne , et tous les autres seigneurs , les évéques et les abbés , tous avec de riches otfrandes. On y apportoil en procession les reliques les plus fameuses , même celle de sain Martial tenu pour l'apôtre d'Aquitaine LelTet le plus solide de cette découverte fut le rétablissement de l'observance régulière au monastère de Saiiit-Jean-d'Angéli.Le duc Guillaume fit venir saint Odilon, qui y mil un abbe nomme Reynald , et après la mort de celui-ci un autre nommé \imeric. Le duc Guillaume mourut a Maillezais, revêtu de l'habit monastique et âge de soixante et onze ans, le dernier jour de janvier mil trente (2).