LX. Richard, abbé de Verdun
Richard, abbé de Verdun, chéri de ces deux princes, travailla utilement à leur union. Etant né dans le diocèse de Reims de parents très-nobles , il fit ses études à la cathédrale , qui étoit alors l'école la plus célèbre de toutes les églises de la Gaule belgique , tant pour la doctrine que pour les mœurs (2). Ricbard fut pourvu de la dignité de chantre de cette église, puis de celle de doyen , dont il s'acquitta avec tant de prudence et de capacité , qu'il se fit estimer et respecter de tout le monde. Il étoit assidu à l'oraison, et récitoitle psautier tous les jours , partie prosterné , partie debout. Se sentant fortement appelé à la perfection , il redoubla ses aumônes, et distribua tous ses biens aux pauvres ; mais il doutoit s'il demeureroit entre les siens , pour leur donner bon exemple, ou s'il quilteroit son pays, pour se délivrer des tentations qu'attire l'amour des parents.
Il délibéroit encore, quand il reçut chez lui Fridéric , comte de Verdun , qui sous l'habit séculier servoit Dieu depuis long-temps avec un grand zèle. Son frère Adalbéron II , évêque de Verdun , étant mort, il donna le comté à cette église , s'en réservant toutefois la jouissance sa vie durant (3). 1^ motif de cette donation fut de réparer les torts que les ancêtres de Fridéric avoient faits à cette église. Il la fit l'an neuf cent quatre vingt-dix-sept,
(!) Sigeb. an.l029.Glab.
ibid.
(2) Yita Saec.6, Act.Ben.
p. 510. Hugo. Flav. Chr.
Virdun. p. ICO. Bibl. Lab.
(3, Eloïî. SaiC. 0, Act.
Ben. p. 185.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[AndeJ.-C. 1023.
et la même année il alla en pèlerinage à Jéru-
"^Sfut au retour de ce voyage qu'il vint à Reims et logea chez le doye« Rf a^d j <i;^^ ip rorùt avec beaucoup de chante. Iridtnc vouîurproGter de l'occasion , pour consulter | un si habUe homme sur le dessein qu'i» avo.t dêauiUere monde. Richard s'ouvrit a lui de *^n côté , et ils convinrent ensemble de se re- Urer à Saint-Vannes de Verdun. Ce mo- Sre subsistoit dès le milieu du huitu^me
siècle , mais il avoit été '^^^ ,f^..^Z^Z^m»nAs ■ on avoit commence aie rétablir toi Sèment , et il n'étoil alors habité que de sept SS', sous la conduite d„un saint homme de la même nation , nomme Fmgen , abbe de Saint-Félix de Metz. Les deux amis y ayant S reçus' n'y trouvèrent pa^la regula^^^^^^
qu'ik croyoient, et s'en aUer«"tap»S"y Résulter saint Odilon, sur le parti qu us ae vdent prendre (1). -^anl reconnu leur n^^^^^^^ et leur zèle , il n'écouta point 1 amour-propre, qu Tui aur.:it conseillé de les relemr f |J«^:
iais il les renvoya au "««««f ;..i„ï'"V Vannes, persuadé que Dieu les destinoit a y
rétablir l'observance régulière^ Hiffî.uUé de \ leur retour, 1 abbe Fingen fUdilhcuite ne les Svoir, Craignant que des Personne élevées dans l'opulence eussent P«"« « J'^'ij commoder delà pauvreté de ce monasttre^ll réda toutefois à leurs instances ; mais il mou fut envton trois mois aprc^ '^.f^ZliVL Mors Ueimon , évoque de Verdun , mil a sa pE Sard, et le! abbe de Saml-J annes malgré la résistance des moines ecossois. Le tÔKl'an mil quatre, et il gouverria cette ah bave quarante-deux ans. irideric ne le regarda plus que comme son maître , montrant ^ux autres l'exemple d'une obéissance et d une
^'TfitpCa&e l'abbé Richard s'étendit bientôt non-seulement dans la France dont il é oU sorU , mais dans tout le royaume de Cane; en sorte que l'empereur Henre„ avant ouï parler, le fit venir auprès de lui , 1-^ntretrt avec plai^i^, et le renvoya charge de présents. 11 en usa ainsi Plf "^"•^«^.^"■*.' ^^ s'ètant informé de l'origine «^de létale ce monastère, il lui donna de quoi le rétablir et le rebâtir magniliquement. Dans un de ses Yovases l'abbé mena avec Im le moine Fridérie qui, étant connu de toute la cour, et ™t de l'empereur, étoit toujours traite Tee grand hoSneur.' Un jour, l'empereur étant avec les évêques et les seigneurs ,Fndéric, que l'on avoit place avec eux, vit son abbe ^ssis beaucoup plus bas. 11 se leva d auprès de l'emp<^reur, portant son ma''/'he-P'edsur lequel il s'assit aux pieds de 1 abbe. Cette action lut admirée el louée de tout le monde ; et fut cause que l'empereur lit asseoir auprès
(1) Acta SS. Ben Sœc. 0, p- 25.
de soi l'abbé Richard et le moine Fridéric
ensuite. , , ,
Tandis qu'on rebàlissoit le monastère de Sainl-Vannes, Fridéric, voyant des moines, ses confrères , qui avoicnt honte de remuer la îerrè et enlever les décombres , leur en monroi l'exemple le premier , aussi bien que de prendre l'oiseau sSr ses épaules et porter le Eer Leduc Godefroy, son frère, le trouva un jour dans la cuisine lavant les ecuelles et dit en sortant que cette occupation ne convenoit guère à un comte; mais t rideric lu. dnu'il se tenoit fort honoré de rendre do tes services à saint Pierre et saint \annes patrons du monastère. Un des rnomes-oula', un iour le déchausser par chante , il lui au avec une sainte indignation : Que me sert, mon frère , d'avoir quitté les honneurs du Se si je recois de mes frères sans nécessite es services que l'on m eût rendus dans le s.ecu" Je ne suis venu ici que pour servir les autres. Son exemple excita Plu^'.'^urs seigneurs de ses parents, non-seulement a donner dt g ands b'iens à cette maison ma s a embra^r eux-mêmes la vie monastique. Labhe K char™, ayant été chargé du monastère de Saint-Vaast d'Arras, lui en donna la conduite en Qualité de prévôt , et il y mourut 1 an m 1 vinet-deux. .
L'abbé Richard devint un des trois restaurateurs de la discipline monastique dans 1 em- Dire francois ; les deux autres etoient Odilon de Clu^ny et Guillaume de Ui on = on nommoitKeraier Odilon le pieux ou le debonrire nZc de sa bonté ; on nommo. le^second Guillaume par-dessuslaregle, a cause de sa ferveur austère; et Richard etoit surnommé la grâce de Dieu à cause de ^douceur Baudri, évêque de Liegc, lui donna i an baye de Lobes, qui étoit très-nche, pou rétablir l'observance , et ensuite cdle de Saint Laurent de Liège. Roger, cvêquedc ChMon , lui donna de même l'abbaye de Samt-P«erro ■ le roi Robert lui donna celle de Corbie «aii douin comte de Flandres , lui en donna plusieurs' Saint-Pierre de Gand , Saint-Amand Sai" t-Riquier, Saint-Josse. Enfi" ;^0" ["-J-P; loi» iusau'à vinel-un monastères dont il avon pr s^^conduite^ tant à la prière des ev^uos Sue des princes. Après les avoir reformes jl fmit des Ws qu'il choisit entre ses disciples El en gouverna trois lui -môme outre Sain - Vannes En mil onze il alla à Rome et gagna les bonnes grâces du pape «^'"«^ ) » I es nrinces avoient un tel respect pour lui, nue souvent il accommodoit leurs différents TmvAonnl à un moine qui avoit voulu tuer et le voyant sincèrement converti , en fit un de ses plus fidèles disciples.
LXl. Engucrrand, abbé de saint Rîquier.
Un autre abbé chéri du roi Robert, fut
AndeJ.-C. 1023.] '
Enguerrand de Saint-Riquier (i). Il n'étoit pas de grande naissance, mais dès l'enfance il fit paroitre une grande inclination pour les lettres. Il embrassa la vie monastique dans l'abbaye de Centule , qui , ayant été fondée par saint Riquier, vers l'an sept cent vingt-cinq, et ruinée par les Normands dans le siècle suivant, venoit d'être rétablie par l'abbé Ingelrad , auparavant moine de Corbie. Cet abbé permit au jeune Enguerrand d'aller étudier à Chartres sous l'évéque Fulbert, où il apprit la grammaire , la musique et la dialectique. Cependant le roi Robert, voulant faire par dévotion le voyage de Rome , faisoit chercher des ecclésiastiques instruits pour l'accompagner , et sur la réputation d' Enguerrand , il le mena avec lui , et fut très-content de sa doctrine et de ses mœurs. Ce voyage fut environ Tan mil vingt, et le roi résolut dès-lors de placer Enguerrand en quelque dignité ecclésiastique.
Etant retourné à son monastère , il y ranima les études, en sorte que l'on s'appliqua à chercher des livres, à en transcrire de nouveaux , et à instruire la jeunesse. Cependant l'abbé Ingelrad mourut, et toute la comrau-
(1) YitaSac. 6, Ben. p. 494.