XV. Saint Qlaf, roi de Korv^ège
Le roi Canut fut continuellement en guerre avec Olaf, roi de Norwège, prince juste toutefois, et zélé pour la religion chrétienne (2). Il s'a|)pliqua particulièrement à purger la JNorwège des devins, des magiciens et des enchanteurs, dont elle étoit pleine; et il avoit auprès de lui des évêques et des prêtres venus d'Angleterre, qui l'aidoient par leur doctrine el leurs conseils. Les plus distingués pour la science et pour la vertu étoient Sigefroy , Griniquil, lUnlulfc et Bernard, qui, par Tordre du roi Olaf, allèrent prêcher l'Evangile en Suède, en Golhie, et aux îles qui sont audelà de la Norwège. Ce prince envoya aussi des députés à l'archevêque Unvan avec des présents , le suppliant éc recevoir favorablement ces êv^K}ues , et de lui en envoyer de sa part pour affermir la religion en Norwège.
En même temps, régnoit en Suède un autre Olaf, nouve^iu chrétien, dont le roi de Norvège avoit épousé la fille , et qui n'étoit guère moins zélé que son gendre pour la religion chrétienne (3). Il lit de grands efforts pour faire al)attre le temple d'idoles qui étoit à Upsal , au milieu de son royaume ; et les païens, craignant qu il n'en vînt à bout, convinrent avec lui que puisqu'il vouloit être chrétien , il choisît le meilleur pays de la Suède pour y établir une église, et l'exercice de sa religion , siins faire violence à personne, pour quitter le service des dieux. Le roi, fort content de ce traité, fonda une église et un siège épiscopal dans la Gothie occidentale, proche du Danemark et de la Norwège. Ce fut à Scaren, > ille alors très-grande , à présent peu considérable, où, à la prière du roi de Suède, Turgot fut ordonné premier évêque par Tarche-
(1^ To. 9, Conc. p. 801, p. 4i7. Sup. 1. lAiil, n 3 . ex Wil. Mahnesb. Cl; To. 9, Conc. p. 91*.
C2; Elog. ba;c. 0. Bencd. Fulb. Lp. 97.
(1) Adam. Brcm. il, c. (2) C. iO. 38,n. 39. (3) C. 41.
vêque Unvan , et il s'acquitta si bien de son ministère, qu'il convertit à la foi deux peuples célèbres des Goths. Le roi Olaf de Suède fit baptiser sa femme et ses deux fils Emond et Anond , et il fit donner à ce dernier le nom de Jacques au baptême; ce prince, tout jeune qu'il éloit, surpassa en sagesse et en piété tous ses prédécesseurs, et aucun roi ne fut si agréable aux Suédois que fut Anond.
Cependant Olaf, roi de Norw ège , fut chassé de son royaume par la faction des seigneurs, dont il avoit fait mourir les femmes à cause de leurs maléfices (1). Le roi Canut, qui lui faisoit toujours la guerre, se prévalut de cette révolte, et fut reconnu roi de Norw ège , ce qui n'étoit encore arrivé à aucun des rois de Danemark. Olaf, mettant toute son espérance en Dieu, entreprit de se rétablir, pour réprimer l'idolâtrie ; et par le secours du roi de Suède , son beau-père, et des insulaires , il assembla une grande armée , et reconquit son royaume. Alors il crut que Dieu l'avoit rétabli, afin de ne plus pardonner à personne qui voulût demeurer magicien , ou qui refusât de se faire chrétien. Il y réussit pour une grande partie, mais quelque peu de magiciens qui restoient le firent mourir secrètement , tant pour venger les autres que pour faire plaisir au roi Canut. Ainsi mourut le roi Olaf de Norwège, et il fut regardé comme martyr. On l'enterra avec honneur à Drontheim, capitale du royaume ; il se fit à son tombeau grand nombre de miracles , et il fut depuis en grande vénération à tous les peuples voisins. Il mourut l'an mil vingt-huit, le vingt-neuvième de juillet, jour auquel l'Eglise honore sa mémoire (2). Vers le même temps, un Anglois, nommé Volfred, étant entré en Suède, commença a prêcher l'Evangile avec une grande confiance, et convertit plusieurs païens (3). Il osa même dans leur assemblée maudire leur idole, nommée Torstan, et ayant pris une cognée, il la mit en pièces. Aussitôt les barbares le percèrent de mille coups, et après avoir déchiré son corps et s'en être joué long-temps, ils le jetèrent dans un marais.
L'archevêque Unvan , profitant de la paix solide entre les Sclaves et les Saxons d'outre l'Elbe, rétablit la métropole de Hambourg, ruinée par les Normands en huit cent quarante-cinq , et y rassembla une grande multitude d habitants et de clercs (4). Il y demeuroit souvent, jusqu'à y passer la moitié de l'année, et y donnoit rendez- vous au roi Canut et aux princes des Sclaves. Enfin , après avoir gouverné son église pendant seize ans , et s'être dignement acquitté de sa mission chez les intidèles, il mourut le vingt-septième de janvier mil vingt-neuf, et eut pour successeur Libentius II , neveu du premier, grand-prévOt
(2.) Martyr. R. 29 jul.
(3) Adam. c. 44.
(4} Sup. lib. xLviii, n 31, c. 42, 44, 45.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
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