‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1240 sur 2407 · XXV. Paix ordoniKîe · texte numérisé non relu

XXV. Paix ordoniKîe

Après l'Evangile , l'evêque Jourdain prêcha

(2^ Greg. 1, Ilist Fr. c.

3t.Glor. Conf. c. 27. Sup.

liv. VI, n. 49. Tilm. to. i, p. i75. Conc. p. 874.

contre les pillages et les violences, exhortant tous les seigneurs à se trouver au concile le lendemain, et le troisième jour, pour y traiter de la paix , et de la garder en venant au concile , pendant le séjour et après le retour, sept jours durant , sans s'attaquer l'un l'autre pendant tout ce temps , sous quelque prétexte que ce fût. Ensuite le diacre qui avoit chanté l'évangile lut , par ordre des évêques et en leur nom , une excommunication conlre les chevaliers du diocèse de Limoges qui refusoient ou avoient refusé de promettre à leur évêque par serment la paix et la justice comme il l'exigeoit. Cette excommunication étoit accompagnée de malédictions terribles ; et en même temps les évêques jetèrent à terre les cierges allumés qu'ils tenoient et les éteignirent. Le peuple en frémit d'horreur, et tous s'écrièrent : Ainsi Dieu éteigne la joie de ceux qui ne veulent pas recevoir la paix et la justice. L'evêque Jourdain dit au peuple : Cette même malédiction vient d'être prononcée au concile de Bourges, et nous souhaitons que la paix s'établisse en Limousin comme elle s'est établie en Berri. Tous les évêques l'un après l'autre, et l'archevêque le dernier, appuyèrent ce discours , déclarant qu'ils entendoient lier ceux que l'evêque de Limoges auroit liés , et bénir ceux qu'il auroit bénis. Enfin, lorsque l'archevêque, en continuant la messe, fut venu à la fraction de l'hostie, il donna, selon la coutume, la bénédiction solennelle , où il ne manqua pas d'insérer le nom de l'apôtre saint Martial.

Le lendemain vendredi, dix- neuvième de novembre, on tint la seconde session du concile, où l'arche vt^iue confirma ce qui avoit été déclaré touchant saint Martial , et prétendit montrer qu'il étoit apôtre à bien meilleur titre que les évêques des Gaules , saint Denis , saint Saturnin, saint Austrémoi ne , saint Front de Pèrigueux , saint Julien du Mans , en ce qu'il avoit reçu de Jésus- Christ même son ordination et sa mission. L'archevêque vouloit prononcer dès-lors l'excommunication contre ceux qui le contesteroient encore, mais l'evêque de Limoges obtint un délai.

Ensuite l'archevêque fit lire les canons du concile de Bourges, qui furent acceptés par l'evêque de Limoges, hors le second qui ordonnoit de renouveler l'eucharistie tous les dimanches (1). Il dit qu'il suffisoit de la renouveler douze fois l'année , aux principales fêtes, qui se rencontrent à peu près de mois en mois. Quant aux monastères réguliers , ajouta-t-il , nous nous en rapportons à leurs abbés , parce qu'on y observe avec plus de soin et de propreté tout ce qui regarde le service de l'autel, comme je l'ai vu de mes yeux.

On se plaignit au concile que le monastère de Beaulieu, du diocèse de Limoges, avoit pour abbé un clerc séculier qui avoit succédé à son oncle par l'autorité des seigneurs du pays. Les

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

moines de Beaulieu demandèrent qu'on leur donnât un abbé régulier; Vabbé séculier lut appelé, il se mit à genoux devant les evéques , et les pria lui-même de réformer cet abus ; et l'évéque de Limoges fut chargé d'y mettre, avant Noël , un abbé selon la règle.

On demanda si des moines pouvoient quitter un monastère relâché pour passer à un plus ré^^ulier, et il fut décidé que oui, puisque 1 abbe même peut quitter des moines indociles (1). Levéaue de Limoges rendit témoignage que dans son diocèse il y avoit plusieurs monastères bien réglés, savoir : Samt-Marlial , ^amt- Martin et Saint- Augustin de Limoges, Chambon Solignac et Uzerche. Il se plaignit toutefois de l'abbè de ce dernier monastère , que Von accusoitd'y avoir enterré le vicomte d'Aubusson excommunié et tué en pillant. L abbe d' Uzerche, interrogé sur ce fait, dit a l'évéque de Limoges : Seigneur , on ne vous a pas rapporté la vérité (-2). Dieu me garde de recevoir îm excommunié sans votre permission ; p us notre état est élevé , plus nous devons être soumis aux évéques. Je prouve par témoins di'-nesdefoi que ce vicomte a été porte dans noire monastère par ses vassaux à mon insu. Nous n'avons ni reçu ni enterre son corps, nous l'avons fait reporter de-là l'eau sans aucun ser- Yice divin, et sans qu il y ait eu aucun clerc présent quand ses vassaux l'y ont enterre.

Alors l'évéque de Cahors dit : Dernièrement, après le concile de Bourges , un chevalier excommunié fut tué dans mon diocèse; quelque prière que me lissent ses amis et ses parents, le ne voulus jamais l'absoudre pour donner de la crainte aux autres. Ses gens l'enterrèrent dans une église sans mon ordre et sans assistance de prêtre. Le malin on trouva son corps ietè nu sur la terre, assez prés du cimetière, Quoique le tombeau fut en son entier; et, ses cens l'ayant ouvert n'y trouvèrent que les draps dont il étoit enveloppé. Ils y remirent le corps et par-dessus quantité de terre et de pierres Mais le lendemain, ils trouvèrent encore le corps ietèetle sépulcre entier; cequi arriva iusuu'acinq fois. Entin ils enterrèrent ce corps loin du cimetière, et les seigneurs épouvantes iurèrent la paix comme nous souhaitions. Odolric abbédeSainl"Martial,ditauxevêflues • Si les seigneurs de Limousin s'opposent à votre dessein d'établir la paix , que lerez- Yous? Les evêques le prièrent de leur donner conseil , et il ajouta : |Jetez sur tout le Limousin une excommunication générale , en sorte qu'on ne donne la sépulture à personne, sinon aux clercs , aux pauvres mendiants , aux passants, aux enfants de deux ans et au-dessous. Que l'office divin se fasse en cachette dans toutes les églises; mais qu'on donne le baptême à ceux qui le demanderont. Vers l'heure de tierce on sonnera les cloches dans toutes les églises , et tous prosternés sur le visage , prie-

An de J -C 1031.1

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