‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1243 sur 2407 · XXVII. Saint Siraéon de Trêves · texte numérisé non relu

XXVII. Saint Siraéon de Trêves

Le moine Siméon , qui y fut cité comme témoin de la créance des Orientaux sur l'apostolat de saint Martial, étoit un des grands samis de ce siècle. Il naquit à Syracuse en Si- J^ile , de parents grecs et très-nobles , qui relevèrent chrétiennement (3). Il n'avoit que sept

(^) Sup. n. U. Vita Sffc.

6 Ben. p. 372. BoU. J juû.

to. 19, p. 87.

ans quand son père le mena à Constanlinople ou il le fit instruire par les plus savants maîtres. Etant devenu plus grand , l'exemple des Occidentaux qu il voyoit aller à Jérusalem lui donna le désir de faire le même voyage. Après avoir visité les saints lieux, il demeura en Palestine, et passa sept ans à conduire les pèlerins avec un saint homme nommé Hilaire ; puis il s'attacha à un reclus qui deraeuroit dans une tour, sur le bord du Jourdain. Un jour comme le jeune Siméon regardoit avec trop de curiosité par une fenêtre des femmes qui venoient abreuver des chameaux , le reclus qui etoit en haut l'appela , lui reprocha sans l'avoir vu ce qu'il avoit fait, et même ce qu'il avoit pense ; puis il ajouta : De quoi vous sert, mon lils, d'avoir quitté les biens de votre père, si vous gardez dans votre cœur les désirs du monde , et si vous êtes sensible aux appas de la chair.? Comme il vit que Siméon rougissoit il continua : Ne craignez point, mon enfant, j ai une bonne espérance de vous par la grâce de Dieu. C'est à vous de combattre l'ennemi, et à Dieu de vous donner son secours pour le vaincre. Je le prie de vous récompenser du service que vous m'avez rendu pendant ces années ; mais je ne puis plus souffrir le concours du peuple , il faut que je me retire. En effet , il se déroba de Siméon , et s'enfuit ailleurs.

Siméon avoit un grand désir d'être ermite ; mais, ayant appris, par la lecture de vies des pères, qu'il falloit commencer par pratiquer l'obéissance dans une communauté, il alla à Rethléem, et se rendit moine au monastère de SamtcvMarie, où il demeura deux ans, et exerça les fonctions de diacre. Ensuite il alla au monastère, qui étoit au pied du mont Sinaï, et , après y avoir demeuré quelques années, il se retira par permission de l'abbé dans une petite caverne , sur le bord de la mer Rouge , et y vécut seul près de deux ans. Mais, commençant à y être visité par ceux qui naviguoient sur cette mer, il revint au monastère, d'où il fut envoyé pour rétablir celui du haut de la montagne, qui étoit demeuré désert, à cause des courses des Arabes.

Cependant quelques-uns des frères avoient été envoyés en Occident pour les nécessités du monastère, c'est-à-dire [>our recevoir l'argent que leur envoyoit Richard II , duc de Normandie (1) ; car ce prince faisoit de grandes offrandes aux églises presque par tout le monde. Il envoya cent livres d'or au saint-sépulcre de Jérusalem, et faisoit des présents à tous ceux qui vouloient y aller en pèlerinage. Enfin, il venoit tous les ans à Rouen des moines du mont Sinaï recevoir les libéralités du duc, et ils en rapportoient quantité d'or et d'argent. Ceux donc qui avoient été envoyés pour recevoir cette rente étant morts, le duc garda l'argent , et manda qu'on envoyât un moine fi- ^^'^""''""""'''""'■""■^'■■'■'■"■"■*^""'""*""*"^™"^"""^ (1) Glab. lib. j,c. 5.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

dèlo pour l'emporter. Siméon fut choisi par un coraraun accord pour ce voyage, et, quoique avec répugnance, il obéit. Entre autres raisons qui purent le faire choisir, c'est qu il savoit cinq langues , l'égyptien , le syriaque , l a rabe , le grec et le latin.

Il 'passa en Egypte , et s'embarqua sur le Nil dans un vaisseau marchand de Venise. Mais ils furent rencontrés par des pirates , et tous massacrés , excepté Siméon , qui se sauva a la na^e et arriva à grande peine par terre a Antioche où les chrétiens le reçurent charitablement , et il fut bientôt connu des principaux et du patriarche même. Il y rencontra Richard , abbé de Saint-Vannes de Verdun , qui revenoit de Jérusalem , avec lequel il lia amitié et s'attacha à lui comme a son père (1). ^h méon amena d'Antioche un moine nomme Côme , avec lequel il arriva en France , et tut bien reçu par un comte, nomme Guillaume , flue l'on croit être le duc d'Aquitaine. Il demeura chez lui quelque temps , pendant leque le moine Côme mourut. Siméon vint donc seu à Rouen , où il trouva que le duc Richard etoit mort , et ne put apprendre aucune nouvelle de la rente ou aumône annuelle , qui eloit due au monastère de Sinaï. A Rouen, Simeon tut lo^'é par un seigneur, nommé Gosselin , qui , par son conseil , bâtit un monastère sur la montagne la plus proche de Rouen , en l honneur delà sainte trinité, et Siméon y laissa des reliques de sainte Catherine qu'il portoit avec lui. Cette église en garda le nom, et ce fut alors , si je ne me trompe , que sainte Catherine commença à être connue en France. Richard II, duc de Normandie, mourut en mil vingt-huit, et Robert II, son frère, lui suc-

Siméon , se voyant ainsi frustré (3) de ce qui éloit le sujet de son voyage , alla trouver l'abbe Richard a Verdun , et demeura long-temps auprès de lui. Cependant Poppon , archevêque de Trêves , ayant la dévotion d'aller à Jérusalem, le prit pour compagnon de son voyage, et , à son retour, lui olTrit tel lieu qu'il lui plairoit pour demeurer dans son diocèse. Siméon choisit une petite loge dans une tour, près une porte de la ville de Trêves, où l'archevêque l'enferma solennellement , en présence du clergé et du peuple, le jour de Samt-André mil vingt-huit. Siméon acheva saintement ses jours en cette réclusion , où il vécut près de sept ans.

XXYIII. Tentatives pour la paix.

[AndeJ.-C. 1031.

Dans les deux conciles de Bourges et de Limoges , tenus l'an mil trente-un , il est souvent parlé de la paix que les évêques vouloient établir en France. Pour en entendre le sujet, il faut se souvenir que , depuis près de deux

cents ans, c'est-à-dire depuis le règne foiblc de Louis le débonnaire, l'autorité souveraine étoit peu respectée par tout l'empire françois, en France, en Allemagne, en Italie : chaque seigneur prétendoit avoir droit de se faire justice à main armée; et, comme les seigneurs se multiplioient à l'infini, ce n'étoient que pillages et violences; elles avoient passé en coutume, et n'étoient plus regardées comme des crimt^. Ceux qui s'y trouvoient les plus exposés étoient les marchands , les artisans , les laboureurs et le reste du menu peuple , encore serf pour la plupart , mais surtout les moines et les clercs, à qui leur profession défendoit l'usage des j armes.

I On cherchoit depuis long-temps le remède à un mal si contraire, non-seulement à la religion chrétienne, mais à la société civile, dont il sapoit les fondements ; et nous avons vu , dés le régne de Charles le chauve , un grand nombre de décrets des conciles et d'ordonnances des princes contre les rapines, les oppressions des pauvres , et l'usurpation des biens consacrés à Dieu. Mais ces lois s'observoient mal , et ce fut du temps du roi Robert que l'on commença, principalement en Aquitaine, à employer un remède plus efficace. J'en trouve le premier règlement dans un synode tenu au diocèse d'Elne en Roussillon , l'an mil vingtsept , le seizième de mai (1).

Oliba, évêque d'Ausone, aujourd'hui Vie en Catalogne, présida à ce synode, au lieu de Bérenger, évêque d'Elne, absent outre-mer; l'archiprêtre, l'archidiacre et les autres chainoines y assistèrent , et le peuple y étoit présent (2). On confirma les statuts que ces deux évêques avoient déjà faits et qui étoient mal observés, et on ordonna que, dans tout le comté de Roussillon , personne n'attaqueroit son ennemi depuis l'heure de none de samedi jusqu'au lundi , à l'heure de prime , pour rendre au dimanche l'honneur convenable ; que personne n'attaqueroit, en quelque manière que ce fut , un moine ou un clerc marchant sans armes , ni un homme allant à l'église ou en revenant , ou marchant avec des femmes ; que personne n'attaqueroit une église ou les maisons d'alentour à trente pas; le tout sous peine d'excommunication, qui, au bout de trois mois, sera convertie en anathéme; mais pendant les trois mois on fera des prières publiques pour la conversion des excommuniés. Le moine Glabert , qui vivoit dans le même temps , rapporte que, vers l'an mil trente, le dérèglement des saisons causa une famine affreuse; jusque-là que plusieursen France furent brûlés publiquement pour avoir mangé de la chair humaine (3). Comme on ne pou voit suffire à enterrer les corps, des personnes chariiabhs bâtirent en quelques lieux des charniers , ou

(1^ Sud liv. Lvii, n. 57. Boll. p. 91, n. Mab. p. 370. ^2j Chron.\irdun.p.l82. (3) Vila n. 10.

An de J.-C. 1031 ]

on les jetoit en confusion. Pour subvenir à la misère publique, on vendit les ornements des églises, et on vida leurs trésors, suivant les décrets des pères. Cette calamité dura trois ansmais, loin de servir à la conversion des hommes , elle ne fit que les endurcir pour la plupart et les rendre insensibles.

La stérilité fut suivie d'une grande abondance ; et alors les évêques et les abbés commencèrent en Aquitaine à assembler des conciles (1). On ordonna ensuite d'en tenir dans la province d'Arles, dans celle de Lyon par tout le royaume de Bourgogne, et jusqu'aux extrémités de la France. Les seigneurs étoient invites a s y trouver avec les évêques et le peuple s'y rendit avec joie. Tous, grands et petits, etoient disposés à recevoir l'ordre des évêques, comme s'il venoit du ciel, tant ils craignoient de retomber dans la misère passée On dressa donc des articles , tant des crimes que 1 on devoit éviter, que des bonnes œuvres que 1 on devoit promettre à Dieu. Le principal article eloit de la paix que les hommes de l'une et de 1 autre condition, j'entends libres ou serfs , dévoient inviolablemenl garder marchant sans armes et sans crainte, quelque différent qu'ils eussent auparavant.

Glabert ajoute que ceux qui pilleroient ou usurperoient le bien d'autrui, dévoient être punis, suivant les lois, de peines pécuniaires ou corporelles. Que les églises dévoient être des lieux de siireté pour tous ceux qui s'v refugieroient , quelque crime dont ils fusserit prévenus, excepté d'avoir violé cette paix car ceux-là dévoient être pris même à l'autel' Les clercs, les moines et les religieuses dévoient être en sûreté avec ceux qui les accompagnoieiit par pays. On ordonna de plus que Voûtes les semaines on s'abstiendroit de vin le vendredi et de chair le samedi , sinon en cas de {,'rieve maladie ou de fêle solennelle qui se rencontrai ces jours-là. Celui qui en étoit dispense pour sa maladie, devoit nourrir trois pauvres ; enfin on ordonna que l'on s'assem- Dleroit tous les cinq ans pour renouveler la promesse de celle paix.

Baudri, évêque de Noyon, qui mourut au commencement du siècle suivant , aioute qu un évêque de France disoit avoir reçu des lot 1res du ciel, qui avertissoient de renouveler la paixsurla terre(2). Il lemandaaux autres, et leur donna ces préceptes pour les imposer aux peuples. Que personne ne portât les armes ^oit pour répéter ce qui lui avoit été pris '

HM ffT ""uv^'^^'J'' '^"^ ^^ ^«" P'-^'-e^t ; mais qu 11 fut oblige de pardonner aux meurtriers.

yue 1 on jeûnât tous les vendredis au pain et

al eau, et que l'on s'abstîntdechair le samedi

disant que ce jeûne sufiiroit pour la rémission

ac tous les péchés, sans y ajouter aucune autre

pénitence. Tout cela devoit être promis par

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