XLVII. Sylvestre III, puis Grégoire VI, papes
Cependant le pape Benoît IX se rendoit de jour en jour plus odieux par sa vie infâme, et par les rapines et les meurtres qu'il exerçoit contre le peuple romain, qui, ne pouvant plus J^ souffrir , Je chassa de Kome vers la fête de iVoël, l'an mil quarante-quatre, douzième de son pontificat. On mit à sa place Jean, évêque de Sabine , sous le nom de Sylvestre III , mais il n'entra pas gratuitement dans le saint-siége, et ne le tint que trois mois (3). Car Benoît, qui étoit de la famille des comtes de Tusculum , insultoit Rome avec le secours de ses parents' et fit si bien qu'il y rentra. Mais comme ii continuoit toujours sa vie scandaleuse, et se voyoit méprisé du clergé et du peuple, il convint de se retirer, pour s'abandonner plus librement à ses plaisirs; et moyennant une somme de quinze cents livres de deniers, il céda le pontificat à l'archiprêtre JeanGralien, qui étoit le plus estimé pour sa vertu de tout le clergé de Rome. Benoit se retira donc dans ses terres hors de la ville, et Jean Gratien fut ordonné pape le dimanche vingt-huitième d'avril mil quarante-cinq. Il prit le nom de Grégoire VI , et tint le saint-siége environ vingt mois. Le moine Glaber, auteur du temps, finit son histoire par ces mots, après avoir parlé de l'expulsion du pape Benoît :
(1) Horm. Chr. 10i2.
(-2) llerm. 10i3. Marian.
iOU.
(3) Papebr.Conat. Desid.
Lassin. lib. 3. Dialog. Saac, *, Op. Ecn. tora. 2, p. 451.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
On mit à sa place un homme très-pieux et d'une sainteté connue, Grégoire, Romam de naissance, dont la bonne réputation repara tout le scandale qu'avoit causé son prédécesseur. Pierre Daraien, abbé de Font-Avellane, personnage dèsl ors distingué par son mente, écrivit au pape Grégoire YI , sur sa promotion , pour lui en témoigner sa joie et celle de toute l'Eglise , par l'espérance de voir sous son pontificat abolir la simonie (1). Mais, ajoute-t-il, on jugera de ce que l'on en doit espérer par l'église de Pesaro ; car si elle n'est ôtée des mains de cet adultère , cet incestueux, ce parjure, ce voleur, l'espérance des peuples sera entièrement frustrée ; s'il est rétabli, on n'attendra plus du saint-siège rien de bon. Il écrivit encore au même pape une seconde lettre, où il dit : Sachez que pour nos péchés on ne trouve point de clercs en nos quartiers qui soient dignes de Fèpiscopat. Ils le désirent assez, mais ils ne cherchent pas à le mériter. Toutefois, selon la qualité du temps et la disette des sujets, il me semble que cet archi prêtre peut être promu à l'évêché de Fossembrune, quoiqu'il Tait ardemment désiré ; puisqu'il est un peu meilleur que les autres, et qu'il a l'élection du clergé et du peuple. Qu'il fasse pénitence de son ambition, et qu'il soit sacré selon ce que Dieu vous inspirera. Je vous prie seulement, si vous ne le sacrez pas, de ne point remplir ce siège sans m'avoir parlé.