‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1288 sur 2407 · LXX. Lettres à Bérenger · texte numérisé non relu

LXX. Lettres à Bérenger

En France, on parloit beaucoup de l'hérésie de Bérenger, qui commençoit à s'étendre secrètement , et les gens de bien en étoient alarmés (3). Le roi Henri , en ayant ouï parler, de l'avis des évêques et des seigneurs de son royaume , indiqua un concile à Paris pour le seizième d'octobre, et ordonna à Bérenger de s'y trouver. Cependant Bérenger écrivit en ces termes à Ascelin , moine du Bec , qui avoit assisté à la conférence de Brione :

11 auroit fallu vous écrire bien autrement si la puissance divine m'en avoit laissé la liberté; mais, puisque cela n'est pas, j'ai cru vous devoir écrire comme je puis (4). J'avois donc résolu , en passant chez vous , de ne traiter de I eucharistie avec qui que ce fût avant que de satisfaire, selon l'Evangile et l'apôtre, aux évêques que j'allois trouver. De là vient que je ne vous ai presque rien opposé ni accordé dans cette conférence, où vous étiez venu si indignement, pour ne pas dire le reste, comme vous verrez bien, si vous y faites réflexion. C'est la conférence de Brione. Il continue : De là vient aussi que je n'ai rien dit sur

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(1) Lanfr.c.i.Herm.Chr.

1050. Dandui. ap. Baron, an. 1050.

v2; Ital. Sîec. to. 5. p.

1189. Vita lib. ii, c. 6.

(3; Durand.

(i) Apud Lanfr. p. 21, to. 9, Conc. p. 1056.

fî,

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

celte proposition sacrilège de Guillaume , que toute personne doit s approcher à Pâques de la sainte table. Ce Guillaume éloit un autre morne du Bec , depuis abbé de Cormeilles. Bérenger

continue : . /- i

Pour venir donc au fait, j'ai appris que Guillaume m'accuse à présent de n'avoir pu nier que Jean Scot ne soit hérétique ; vous m'êtes témoin que cela est faux , si vous vous souvenez bien de mes paroles , quoique vous-même teniez Jean Scot pour hérétique. Je prie Dieu de ne vous pas permettre d'ignorer plus longtemps combien ce sentiment est inconsidéré , impie et indigne de votre sacerdoce ; car vous démentez toutes les raisons de la nature , la doctrine de l'Evangile et de l'apôtre , si vous croyez avec Pascase ce qu'il s'imagine lui seul, que, dans le sacrement du corps du Seigneur, la substance du pain se retire absolument. Or, voici ce que j'ai dit de Jean , que je n'avois pas vu entièrement tout ce qu'il a écrit , comme il est vrai encore à présent, et que ce que j'en avois vu sur ce sujet , je pouvois le montrer dans les écrits de ceux que l'on devoit tenir pour hérétiques si Jean l'étoit , comme j'avois marqué dans ma lettre à Lanfranc , c'est-àdire saint Ambroise, saint Jérôme et saint Augustin.

n continue : Je disois, au reste, que, si je trouvois dans Jean Scot quelque chose qui ne fût pas assez exact , je le désapprouverois facilement. En parlant ainsi je disois vrai, et jévitois d'entrer en passant dans aucune discussion , pour la raison que j ai dite. Ce brave homme, c'est Guillaume, avança seulement deux propositions qu'il avoit ouï-dire que je soutenois : que les paroles mêmes de la consécration prouvoient que la matière du pain ne se retire pas du sacrement, et que la verge épiscopale n'est pas le soin des àm^s. Quant à la première proposition, je l'ai soutenue, comme vous pouvez vous en souvenir, et elle est si claire qu'un jeune écolier peut la prouver, pourvu qu'il sache passablement la force de la construction des paroles. Quant à la se conde proposition, j'ai dit au contraire, et je le soutiens encore, que la verge épiscopale est le soin des âmes. Et maintenant ce que je devois dire devant les évêques , je voudrois , s'il y avoit sûreté , le dire au moins devant vous en présence de qui on voudroit. Mais, tant que je ne le puis, je vous conjure au nom du Seigneur de ne vous pas rendre faux témoin , en disant que j'ai condamné Jean Scot , et je vous avertis de craindre la malédiction de l'E vanvile contre ceux qui, ayant la clef de la science^ n'y entrent pas , et empêchent les autres d'y entrer, et le reproche du prophète contre ceux qui disent aux voyants de ne pas voir (1). Comme Arnoul me dit en votre présence de vous permettre de croire ce qu'on vous avoit

[ Andc J.-C 1050

(1) Luc. XI , 53. Isai XXX, 10.

appris, quoique toute mon application soit d'empêcher que l'on ne passe les bornes des pères, de l'évangéliste , de l'apôtre, de saint Ambroise, de saint Augustin, de saint Jérôme. Si j'ai la liberté d'en parler avec vous , je m'assure de votre pénétration, que vous le verrez plus clair que le jour. Je vous ai écrit comme j'ai pu, attendant du Seigneur la commodité de conférer avec vous. Adieu. Telle est la lettre de Bérenger, où l'on croit que les évêques dont il parle sont ceux qui doivent s assembler au concile de Paris.

Ascelin lui répondit : J'ai reçu votre lettre avec joie , espérant voir bientôt votre correction ; mais , l'ayant lue , ma joie s'est tournée en tristesse. 0 Dieu, où est cette vivacité, cette subtilité, ce bon sens dont vous étiez si bien pourvu ? puisque vous avez même oublié , si vous ne le feignez pas, ce qui s'est passé dans notre conférence , je veux dire cette proposition de Guillaume , que tout homme doit a Pâques s'approcher de la table du Seigneur; car nous sommes témoins qu il a dit seulement qu'on devoit s'en approcher, à moins que l'on eût commis quelque crime qui obligeât à s'en éloigner; ce qui ne se devoit faire que par l'ordre du confesseur , autrement c'est rendre inutiles les clefs de l Eglise.

Quant à moi , j'ai soutenu ce que, moyennant la grâce de Dieu, je croirai toute ma vie comme certain et indubitable, savoir, que le pain et le vin sur l'autel, par la vertu du Saint-Esprit et le ministère du prêtre, deviennent le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ. Et je ne juge point inconsidérément de Jean Scot, puisque je vois qu'il ne tend qu'à me persuader que ce que 1 on consacre sur l'autel n'est ni le vrai corps ni le vrai sang de Notre Seigneur. Ensuite vous dites que vous n'aviez pas lu son livre jusqu'à la On; en quoi je ne puis assez admirer qu'un homme aussi sensé que vous loue si fort ce qu'il ne connoît pas. Au reste , je crois avec Pascase et les autres catholiques que les fidèles reçoivent à l'autel le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ , et je ne combats point en cela les raisons de la nature, car je n'appelle nature que la volonté de Dieu, qui est toute puissante. Il lui soutient ensuite qu'il a été obligé d'abandonner Jean Scot sur un mauvais sens qu'il donnoit à une oraison de saint Grégoire. 11 lui reproche d'être d un autre sentiment que l'Eglise universelle, et soutient que le chantre Arnoul a eu raison de lui dire -. Laissez - nous croire comme nous avons été instruits. 11 vouloit, dit-il, vous détourner de changer ce chemin droit et battu que nous ont montré nos maîtres si saints, si siiges et si catholiques. H Gnit en l'exhortant à abandonner ce livre , qui avoit été condamne au concile de Yerceil, qu'il nomme concile plénier, et à revenir à la tradition catholique. Théoduin ou Déoduin , évêque de Liège, ayant appris que» Ion devoit tenir un concile a Paris sur l'affaire de Bérenger, écrivit ainsi à

AndeJ.-G. 1050.]

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