‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1289 sur 2407 · LIVRE CINQUANTE-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTE-NEUVIÈME

Henri, roi de France (1) : Le bruit s'est répandu au-delà des Gaules et dans toute la Germanie que Rrunon, évêque d'Angers, et Bérenger de Tours, renouvelant les anciennes hérésies, soutiennent que le corps du Seigneur n'est pas tant son corps que l'ombre et la flgure de son corps , détruisent les mariages légitimes, et renversent, autant qu'il est en eux , le baptême des enfants. On dit que, par le zèle que vous avez pour l'Eglise, vous avez convoqué un concile pour les convaincre publiquement, et délivrer de cet opprobre votre illustre royaume. Mais nous n'espérons pas qu'on le puisse faire, puisque Brunon est évêque, et qu'un évêque ne [)eut être condamné que par le pape. C est ce qui nous afflige sensiblement, tous tant que nous sommes d'enfants de l'Eglise; car nous craignons que, si ces malheureux sont ouïs dans un concile où ils ne peuvent être punis , leur impunité ne produise un grand scandale.

C'est pourquoi nous prions tous votre majesté de ne les point écouter, jusqu'à ce que vous ayez reçu du saint-siège le pouvoir de les condamner. Encore ne faudi oit-il point les entendre : il ne faut songer qu'à les punir. On a dû écouter les hérétiques , lorsque les questions n'avoient pas encore été bien examinées : maintenant tout est si bien éclairci par les conciles et par les écrits des pères , qu'il ne reste rien de douteux. Déoduin rapporte ensuite plusieurs passages des pères contre les erreurs de Bérenger, et conclut ainsi : Nous croirons donc que Brunon et Bérenger sont déjà anathéraatisés, et, par const'quent, vous n'avez qu'à délibérer avec >os évêques et les nôtres, avec l'empereur votre ami , et avec le pape même, de la punition qu'ils méritent.

On rapporte au même temps la lettre écrite à Bérenger par Adelman , alors scolastique ou écolàtre de Liège , et depuis évêque de Bresse, qui commence ainsi : Je vous nomme mon frère de lait, à cause de la douce société où nous avons si agréablement vécu à l'école de Chartres, vous plus jeune , moi un peu plus grand , sous noire vénérable Socrate , il veut dire Tévêque Fulbert. Ensuite , il fait souvenir Bérenger des entretiens que ce saint évêque avoit le soir avec eux en particulier dans un petit jardin près de la chapelle , où , leur parlant avec tant de tendresse, que souvent les larmes lui coupoient la proie ; il les exhortoit à suivre le grand chemin, et à marcher soigneusement sur les traces des pères, sans jamais s'en écarter. 11 ajoute : Dieu vous garde, mon saint frère, de donner dans les sentiers détournés; qu'il montre au contraire la fausseté des bruits qui se répandent de tous côtés contre vous, même en ABemagne, où je suis depuis long-temps comme étranger.

On prétend que vous vous êl(»s séparé de l'unité de l'Eglise, en disant que ce que l'on

vl) To. 9,Conc. p. 1061, to. i, Anaicct. p. 396.

immole tous les jours sur l'autel par toute la terre n'est pas le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, mais une figure et une ressemblance. L'ayant ouï-dire il y a deux ans, je résolus de vous écrire , et d'en apprendre de vous-même la vérité. Mais, sachant que votre ami Paulin , primicier de Metz , étoit un peu plus proche de vous , je le priai de s'en charger, et il le promit. 11 l'a négligé jusques ici , mais Dieu m'a fait trouver une autre occasion de vous écrire. Je vous conjure donc, par la miséricorde de Dieu et par la mémoire si chère de Fulbert, de ne point troubler la paix de l'Eglise catholique, pour laquelle tant de milliers de martyrs , et tant de saints docteurs , ont combattu , et qu'ils ont si bien défendue, que tous les hérétiques sont demeurés confondus. 11 établit ensuite la créance commune de l'eucharistie sur les paroles de l'Ecriture, et montre que c'est toujours Jésus- Christ qui consacre, comme c'est toujours lui qui baptise.

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