III. Menaces et promesses temporelles
Je vois bien le principal motif qui engageoit à relever avec tant de soin ces prétendus miracles. Onvouloit relenir.au moins par la crainte des peines temporelles , ceux qui éloient pou touchés des éternelles, maison ne s'apercevoit pas que c'éloit introduire une erreur dangereuse, en raisonnant sur ce faux principe, que Dieu punit ordinairement les méchants en cette vie. C'etoit ramener les chrétiens à l'état de l'ancien Testament, où les promesses et les menaces étoient temporelles. C'étoit exposer au mépris l'autorité de la religion, dont on prétendoit appuyer ces menaces, puisqu'elles étoient souvent démenties par l'expérience , et que l'on voyoit tous les jours les usurpateurs des biens de l'Eglise demeurer impunis, et vivre dans une santé et une prospérité par- I
faite.
Aussi n'étoit-ce pas la doctrine de l'antiquilé éclairée, et saint Augustin a prouvé solidement le contraire. Il a plu , dit-il (1) , à la divine Providence de préparer à l'avenir des biens pour les justes, dont les injustes ne jouiront point; et pour les impies des maux dont les bons ne seront point tourmentés. Mais quant à ces biens et ces maux temporels, il a voulu qu'ils fussent communs aux uns et aux autres , aOn que l'on ne désire pas trop ardemment des biens que l'on voit aussi entre les mains des méchants, et que Ion ne fasse rien de honteux pour éviter des maux que les bons même souffrent le plus souvent. Et encore, si tout péché étoit maintenant puni d'une peine manifeste , on croiroitque rien ne seroit réservé au dernier jugement ; et si Dieu ne punissoit maintenant aucun péché évidemment, on croiroit qu'il n'y auroit point de Providence. De même , pour les biens de cette vie, si Dieu ne les donnoit à quelques-uns de ceux qui les demandent, il sembleroit que ces biens ne dépendroient pas de lui : et, s'il les donnoit à tous ceux qui les demandent, nous croirions ne le devoir servir que pour ces récompenses , et au lieu d'être pieux nous serions avares.
Il montre ensuite que les plus gens de bien ne laissent pas de commettre des péchés, pour lesquels ils méritent des peines temporelles; et qu'il y a une autre raison pour les faire souffrir en cette vie comme Job , afin qu'ils connoissent le fond de leur cœur, et qu'ils ap-
prennent par expérience s'ils aiment Dieu par une piélé sincère et désintéressée. 11 enseigne aussi que Dieu récompense en cette vie les vertus purement humaines, comme celles des anciens Romains, parce qu'il ne leur réserve point d'autre récom|K»use. Enfin, il ajoute: Nous apprenons maintenant à souffrir patiemment les maux que souffrent même les bons , et à ne pas beaucoup estimer les biens que les méchants mêmes obtiennent. Ainsi , Dieu nous donne une instruction salutaire en nous cachant sa justice (1). Car nous ne savons par quel jugement de Dieu cet homme de bien est pauvre et ce méchant riche , pourquoi l'innocent est condamné et le criminel absous. Que si cette absurdité, pour ainsi dire, avoit toujours lieu en cette vie, on y pourroit trouver quelque raison de justice; mais il arrive souvent du mal aux méchants et du bien aux bons; ce qui rend les jugements de Dieu plus impénétrables.
11 semble qu'on eût oublié cette doctrine , quand les évc*ques et les papes mêmes employoient si hardiment les promesses temporelles pour engager les princes à les protéger; comme entre autres le pape Etienne 11, dans la lettre écrite aux François au nom de saint Pierre (2). Ces promesses et ces menaces peuvent imp<jser quelque temps à des ignorants; mais quand ils voient qu'elles sont sans effet , comme il arrive le plus souvent , elles ne sont propres qu'à les scandaliser et à ébranler leur foi , les faisant douter de la solidité des promesses et des menaces qui regardent l'autre vie. Cependant on a continué jusque dans les derniers siècles à suivre cette vieille prévention; et je ne puis assez m étonner qu'un homme aussi éclairé que le cardinal Baronius, relève avec tant de soin les mauvais succès arrivés aux ennemis de l'Eglise , particulièrement du saint-siège, comme autant de punitions divines, et les avantages des princes pieux, comme des preuves qu ils soutenoient la bonne cause. Toutefois, la vérité de l'histoire l'oblige souvent à recourir à la profondeur des jugements de Dieu pour sauver les disgràcesarri vées aux plus zélés catholiques; et il ne s'aperçoit pas qu'une preuve, qui n'est pas toujours concluante , ne Test jamais.
jusqu'à lan lluo.
DISCOURS