‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1307 sur 2407 · VI. Superstitions · texte numérisé non relu

VI. Superstitions

L'abus dans la vénération des reliques dégénéra en superstition , mais l'ignorance du moyen âge en attira de plus manifestes. Comme celle divination, nommée le sort des saints , dont Grégoire de Tours rapporte tant d exemples, et avec un sérieux à persuader qu'il y croyoit. Comme ces épreuves nommées, le jugement de Dieu, soit par l'eau, soit par le feu, soit par le combat singulier qu'Agobard condamnoit si fortement , mais qu'Hincmar soutenoit, et qui furent en usage si long-temps. Comme l'astrologie à laquelle on voit qu ils croyoient principalement aux effets des éclipses et des comètes (-2). Ces superstitions dans le fond étoient des restes du paganisme , comme d'autres plus manifesten «ni criminelles condamnées dans les conciles du même temps. En général, le plus mauvais effet des mauvaises études est de croire savoir ce que l'on ne sait point. C'est pis que la pure ignorance , puisque c'est y ajouter l'erreur et souvent la présomption.

VU. Etat de lOrient.

Je n'ai parlé jusqu'ici que de l'Occident : mais l'église orientale eut aussi ses tentations. L'empire grec ne fut pas entièrement détruit , mais il fut réduit à des bornes bien étroites , d'un côté par les conquêtes des Arabes musulmans 5 de l'autre par celles de divers Scythes, entre autres des Bulgares et des Russes. Ces deux derniers peuples se tirent chrétiens , et leur domination produisit à peu près les mêmes effets que celles des autres barbares septentrio-

(t) Greg.Ep.2,adLcon.

Hist. liv. XLii, n. 9. Morin.

lib. vil, c. t5. Capit. Aquis.

an. 780, c. 77. Sup. liv.

.\UV, n. 46.

(2) tlist. t. x\x, n. 1.

Greg. v, Hist. c. 14 tlist.

liv. XXXIV, n. 31. Hist. liv.

XLVI, u. 48; tiv. L, n. ïii.

naux ; mais les musulmans prétendoient convertir les autres, et prenoient pour prétexte de leurs conquêtes le zèle d'établir leur religion par toute la terre. Ils souffroient à la vérité les chrétiens ; mais ils employoient pour les pervertir tous les moyens possibles , excepté la persécution ouverte , en cela même plus dangereux que les païens. D'ailleurs leur religion a quelque chose de spécieux. Ils ne prêchent que l'unité de Dieu et l'horreur de l'idolAtrie; et ils ont imité plusieurs pratiques du christianisme , la prière à certaines heures réglées , le jeiine d'un mois , les pèh'rinages. Enfin leur indulgence pour la pluralité des femmes et des concubines attire les hommes sensuels. Ils employèrent entre autres un artifice extrêmement pernicieux au christianisme. La Syrie étoit pleine de nestoriens, l'Egypte d'eutychéens, les uns et les autres ennemis des patriarches de Constantinople et des empereurs qu'ils regardoient comme leurs persécuteurs. Les musulmans profitèrent de cette division , protégeant les hérétiques , et abaissant les catholiques qui étoient suspects, parleur attachement à l'empereur de Constantinople, d'où leur vint le nom de melquites , c'est-à-dire en arabe , royaux ou imp«Tiaux. C'est par-là que ces hérésies si anciennes subsistent encore, et que les chrétiens d'Orient ont des évêques et des patriarches de ces différentes sectes, melquites, nestoriens, jacobites , qui sont les eulychéens. Par ces divers moyens, les musulmans, sans exterminer absolument le christianisme , diminuèrent extrêmement le nombrt* des vrais chrétiens, elles réduisirent à une grande ignorance , par la servitude, qui leur ùtoit le courage et les commodités d'étudier. Le changement de langues y contribuoit. L'arabe, étant la langue des maîtres, devint celle de tout l'Orient, comm(î elle est encore : le grec ne fut conservé que par la religion, et chez les melquites seulement , car les nestoriens faisoient leur service en syriaque, et les jacobites en copte ou en ancien égyptien. Ainsi, comme tous les livres ecclésiastiques ou profanes étoient en grec, il fallut les traduire ou apprendre cette langue , ce qui rendit les études bien plus difficiles. De là vient qu'incontinent après la conquête des musulmans, nous perdons de vue ces anciennes églises d'Egypte , de Palestine, de Syrie, autrefois si florissantes; et que, faute d'écrivains , je n'ai pu vous en marquer la suite comme dans les siècles précédents. L'histoired'Eutychius,patriarched'Alexandrie est une preuve de ce que j'avance. Il l'a écrite en arabe, quoiqu'il fût melquite; et on y voit tant de fables et si peu d exactitude , même dans les faits de son temps , qu'elle marque assez l'imperfection des éludes de ces pauvres chrétiens. Elles s'affoiblirent notablement même chez les Grecs , soit par le commerce avec les barbares leurs voisins, soit par la domination des empereurs ignorants et brutaux, comme les peuples dont ils étoient sortis :

I^on Isaurien, son fils Copronymc, Léon l'Arménien. L'hérésie des iconoclastes que ces princes soutinrent avec tant de fureur , venoit dans le fond d'une ignorance grossière, qui leur faisoit prendre pour idolâtre le culte des saintes images, et céder aux reproches des juifs et des musulmans (1). Ils ne considéroiént pas que ce culte étoit reçu dansl'Eglise par une tradition immémoriale,' et que l'Eglise ne peut errer, qui est la grande preuve des pères du septième concile.

Mais les actes de ce même concile sont une preuve de la décadence des études par le grand nombre d'histoires douteuses, pour ne pas dire fabuleuses, et d'écrits suspects qui y sont cités , et qui montrent que les Grecs n'étoient pas meilleurs critiques que les Latins, ce qui toutefois ne fait rien pour le fond de la question , puisqu'ils rapj)ortent assez de preuves authentiques du culte des images, et fondent leur décision sur l'infaillibilité de l'Eglise. Un autre exemple illustre de la mauvaise critique des Grecs est la facilité avec laquelle ils reçurent les écrits attribués à saint Denis l'aréopagite. On les rejetoit du temps de Justinien , et , cent ans après, on ne les contestoil point aux monothéliles, qui faisoient un si grand fond sur l'opération Ihèandrique mentionnée dans cet auteur (2).

La persécution des iconoclastes a voit presque éteint les études dans l'empire grec ; mais elles se réveillèrent sous Basile Macédonien, par les soins du savant Photius , et continuèrent sous Léon le philosophe et ses successeurs. Toutefois, les écrivains de ce temps-là sont bien audessous de ceux de Tancienne Grèce. Leur langage est assez pur , mais leur style est façonné et affecté; ce ne sont que lieux communs, vaines déclamations , ostentation de leur savoir, réflexions inutiles. Le plus illustre exemple de ce mauvais style , et le plus de mon sujet , est celui de Métaphraste, qui nous a tant gâté de vies de saints, prétendant le^r rendre plus agréables , suivant le témoignage de Psellus, sou admirateur (3).

On voit chez les Grecs , pour le moins autant que chez les Latins, l'amour des fables et la superstition , l'un et l'autre enfants de l'ignorance. Pour les fables, je me contenterai de citer l'image miraculeuse d'Edesse, dont l'empereur Constantin Porphyrogenète a fait une si longue histoire , que j'ai rapportée exprès. Pour les superstitions, l'histoire byzantine en fournit des exemples à chaque page ; il n'y a point d'empereur qui monte; sur le trône ou qui en descendesans présage ou prédictions (4). 11 y a toujours quelque caloyer dans une île, fameux par raustérilé de sa vie, qui promet l'empire à un grand capitaine , et le nouvel

empereur le fait évêquc d'un grand siège. Mais ces prétendus prophètes étoient souvent des imposteurs. Je reviens maintenant à l'Occident.

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