‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1309 sur 2407 · IX. Seigneuries temporelles des églises · texte numérisé non relu

IX. Seigneuries temporelles des églises

Indépendamment de la p^ucrre, les seigneuries temporelles devinrent aux évéques une grande source de distraction. Les seigneurs avoient beaucoup départ aux affaires detat, qui se traitoient ou dans les assemblées générales, ou dans les conseils particuliers des prmces; et les évéques, comme lettrés, y étoient plus utiles que les autres seigneurs. Il falloit donc être presque toujours en voyage , car ni la cour du prince ni les assemblées ou parlements n'avoient point de lieu fixe. Charlemagne , par exemple , éloit tantôt deçà , tantôt delà le Rhin, tantôt en Italie, tantôt en Saxe, aujourd hui à Rome, dans Irois mois à Aix-la- Chapelle. Il menoit toujours avec lui grand nombre d'évèques, suivis de leurs vassaux et de leurs domestiques. Quelle perte de temps î quelle distraction ! Quand Irouvoient-ds du loisir pour visiter leurs diocèses , pour prêcher , pour étudier ? Les parlements ou assemblées générales étoient aussi des conciles ; mais ce n'étoient plus ces concilesélablis si sagement par les canons en chaque province entre les évéques voisins ; c'étoient des conciles nationaux de tout l'empire françois, où l'on voyoit ensemble larchevêque de Cologne avec ceux de Tours , de Narbonne et de Milan , les évéques d'Italie, de Saxe et d'Aquitaine. Les rtv glements en étoient plus uniformes, mais le peu de résidence des évéques nuisoit à l'exécution.

Ces assemblées étoient essentiellement parlements, et conciles par occasion, pour profiter de la rencontre de tant d'évèques ensemble. Le principal objet étoit donc le temporel et les affaires d'état ; et les évéques ne pouvoient se dispenser d'y prendre part , étant convoqués pour cet effet comme les autres seigneurs. De là vient ce mélange du temporel et du spirituel si pernicieux à la religion. J ai rapporté en leur temps les maximes des anciens sur la distinction des deux puissances ecclésiastiques et séculières : entre autres la lettre de Synésius, et le fameux passage du pape Gélase, tant de fois relevé dans la suite (2). Vous avez vu que ces saints docteurs étoient persuadés, qu'encore que les deux puissances eussent été jointes quelquefois avantla venue de Jésus-Christ, Dieu,coimoissant la foiblesse humaine , les a depuis entièrement séparées, et que comme les princes souverains , bien qu'établis par l'ordre de Dieu , n'ont aucune part au sacerdoce de la

[ Depuis l an ooo

jusqu'à l'an 1100.

DISCOURS

loi nouvelle : ainsi les évéques n'ont re(:u de Jésus-Christ aucun pouvoir sur les choses temporelles. En sorte qu'ils sont entièrement soumis aux princes à cet égard, comme pour le spirituel les princes sont entièrement soumis aux évéques. Voilà les maximes de la sainte antiquité , que nous voyons en leur entier au huitième siècle dans la seconde lettre du pape» Grégoire 111 à Léon Isaurien. Le pape INicolas les alléguoit encore au siècle suivant, écrivant à l'empereur de Conslanlinople. Avant Jésus-Christ, dit-il, il y avoit des rois qui étoient aussi prêtres, comme Melchisédec. Le diable l'a imité en la personne des empereurs païens, qui étoient souverains pontits ; mais, après la venue de celui qui est vérilablement roi et pontife, l'empereur ne s'est plus attribué les droits du pontife, ni le pontife les droits de l'empereur (1). Jésus-Christ a séparé les deux puissances ; en sorte que les empereurs chrétiens eussent besoin des pon tifes j)our la vie éternelle , et que les pontifes se servissent des lois des empereurs pour la vie et les affaires tem|X)relles. Ainsi parloit le pape ^icolas,que personne n'accuse d'avoir négligé les droits de son siège.

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