‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1310 sur 2407 · X. Confusion des deux puissances · texte numérisé non relu

X. Confusion des deux puissances

Mais depuis que les évéques se virent seigneurs et admis en part du gouvernement des états , ils crurent avoir, conmie évéqu(>s , ce qu'ils n'avoient que comme seigneurs : ils prétendirent juger les rois, non-s<»uleinent dans le tribunal de la pénitence , mais dans les conciles; et les rois, peu instruits de leurs droits, n'en disconvenoient pas , comme je l'ai rapporté, entre autres , de Charles le chauve et de Louis d'outremer. Lii cérémonie du sacre, introduite depuis le milieu du huitième siècle , servit encore de prétexte : les évéciues, en imposant la couronne, sembloient donner le rovaume de la part de Dieu (-2).

Dès auparavant, je trouve un attentat notable sur la dignité royale, que je compte pour le premier (3).C't»stla déposition de\amba, roides Visigoths en Espagne, au douzième concile de Tolède, l'an six cent quatre-vingt-un, sous prétexte qu'on l'avoit mis en pénitence et revêtu de l'habit monastique, (luoiqu'à son insu , parce qu'une maladie lui avoit fait p<Tdre connoissance. Le second exemple célèbre est la pénitence de Louis le débonnaire, après laquelle les évé-ques qui la lui imposèrent prètendoient qu'il ne lui étoit plus permis de reprendre la dignité royale (4). Saint Ambroise ne tira pas de telles conséquences de la pénitence de Théodose. Dira-t-on que ce grand saint manquât de courage pour faire valoir

(l) Hisl.l. XLV, n. 20.

(2) llist. liv. XII, n. 45; liv. x\\, n. 31.

(1) llist. liv. XLii, n. U.

Nie. Ep. 8, t. 8. Conc. p.

32i, B. llist. L, n. 41.

(2) Hisl. liv. XLix, n.

LU, n. 12; LV, n. 36.

(3) Liv. XI, n 29.

(i) Liv. XLVIl, n. 40.

Fautorité de l'Eglise, ou qu'il fût moins éclairé que les évéques goths du septième siècle, elles François du neuvième^

Le comte IJoniface, gouverneur d'Afrique, poussé à bout par les ennemis qu'il avoit à la cour, prit les armes pour sa sûreté, et consulta saint Augustin, son ami (1). Ce saint docteur lui donne des avis salutaires pour le règlement de ses mœurs et le bon usage de sa puissance; mais quant à la guerre qu'il avoit entreprise , il lui déclare nettement qu'il n'a point de conseil à lui donner, et qu'il ne veut point toucher cette matière. C'est qu'il savoil parfaitement les bornes de ses dt^voirs, et ne vouloit pas faire un pas au delà. jNos évéques. bien plus hardis, se déclarèrent contre Louis le débonnaire jK)ur ses enfants, et les animèrent à cette guerre civile, qui ruina l'empire Irançois. Les prétextes spécieux ne leur manquoient piis : Louis étoit un prince foible, gouverné par sa seconde femme, tout l'empire eloit en désordre; mais il falloit prévoiries conséquences , et ne pas pi étendre mettre en pénitence un s(3u>erain comme un simple moine.

Les papes , croyant avec raison avoir autant et même plus d'autorité que les évéques , entreprirent bientôt de .^é;çler les différents entre les souverains , non par voie de médialion et d'intercession seuleuient , mais par autorité : ce qui en effet étoit disposer des couronnes. C'est ainsi qu'Adrien II défendit à Charles le chauve de s'emparer du royaume de Lothaire, son neveu, " trouva fort mauvais qu'il n'eut pas laissé de s'en mettre en possession (2). Mais vous avez vu avec quelle vigueur llincmar répondit aux reproclM\s de ce pape, lorsqu'il lui disoil, sous le nom des seigneurs françois, que la coiuiuéte des royaumes de ce monde se fait par la guerre et par les victoires , et non par les excommunications du pap(» et des évéques. Et ensuite : Priez le pape de considérer qu'il ne peut être tout ensemble roi et évéque ; que ses prédécesseurs ont réglé l'Eglise et non pas l'état. Et encore : Il ne convient point à un évéque d'excommunier, pour ôter ou donner à quelqu'un un royaume temporel, et le pape ne nous persuadera pas que nous ne puissions arriver au royaume du ciel qu'en reœvant le roi qu'il nous voudra donner sur, la terre.

Voilà jusqu'où sont allés les inconvénients de celte alliance de l'épiscopiit avec la seigneurie temporelle. On a cru dans ces temps moins éclairés, qu'être évéque et seigneur, valoit mieux qu'être èvê^que simplement ; mais on n'a pas considéré que le seigneur nuit à l'évéque , comme nous ne > oyons que trop encore à présent en Allemagne et en Pologne.

(Ij Liv. XXIX, n. 51, bi.

Aug. Ep 220.

(2) Hist. liv. LI, n. 24; MI, n. 1 ; LU, n. 8. Iliucni.

Upu:»c. 4L

C'est en ces rencontres qu'a lieu la sage maxime d'Hésiode , que la moitié vaut mieux que le tout. Mais à quoi bon citer Hésiode, quand nous avons l'autorité de Jésus-Christ même , qui nous enseigne que la vertu toute seule vaux mieux que la vertu avec les richesses ?

Dans cette confusion des deux puissances , les séculiers empiétèrent aussi de leur côté. Souvent les seigneurs , sans la participation des évtk|ues , mettoient des prêtres dans les églises qui dépendoient de leurs terres ; et les rois, dés la première race, prètendoient disposer des évêchés, quoiqu'en même temps, dans les conciles tenus avec leur permission, oa recommandât la liberté des élections , dont la forme s'obser voit toujours (1). Le docte Florus, diacre de l'église de Lyon, remarque fort bien que, sous l'empire romain, ni les empereurs ni les magistrats ne se mêloient ordinairement d<' l'élection des évéques, non plus que de l'ordination des prêtres . c'est que les évéques n'a voient point de puissance temporelle, comme ils n'ont jamais eu dans l'empire grec. Mais, dans les royaumes formés du débris de l'empire d'Occident, les évéques étoient SI puissants, qu'il étoit de l'intérêt des rois de s'en assurer : c'est pourquoi, dans les élections les plus canoniques, le consentement du prince étoit nécessaire. 11 ne faut pas en cette matière prétendre établir le droit sur les faits souvent abusifs, mais sur les canons, les lois et les actes authentiques. Ce que j'ai dit des évéques doit s'entendre aussi desabbés à proportion (2). Quoiqu'ils fussent titulaires, et par conséquent moines , ils se trouvèrent seigneurs , à cause des terres que possédoient les monastères : ils eurent des vassaux et des troupes qu'ils menoient à la guerre : ils étoient souvent à la cour, et étoient appelés aux conseils des rois et aux parlements. On peut juger dans cette vie dissipée combien il étoit difficile à ces abbés d'observer leur règle; et non-seulement à. eux, mais aux moines dont ils menoient toujours quelques-uns à leur suite. Combien leur absence causoit de relâchement aux monastères , et leur retour de distraction. Ces abbés seigneurs , ayant besoin d'être riches pour fournir à tant de voyages et d'autres dépenses, se ser voient de leur crédit pour se faire donner plusieurs abbayes, et les gardoient sans scrupule.

L'abus alla plus loin : on donna des monastères à des évéques et à des clercs , quoique n'étant point moines, ils fussent incapable^s d'être abbés ; car les commandes n'ont été introduites que dans les derniers siècles. EnGn , les rois donnèrent des abbayes à des purs laïques, ou les prirent pour eux-mêmes , et cet abus dura publiquement depuis le huitième siècle

(1) Hist. 1. XXXII, n. 44, 535, c. 1. Conc. Auril. m, ° ^^^- ^. c. 3. Post. Agob to. 2^ p.

(2) Conc. Clarom. an. 254. Hisl. Jiv- XLVi, u. 47,

HISTOIRE DL CHKlSTlAiMSME.

jusqu'au dixième. Des seigneurs, sans autre formalité que la concession du prince, alloient se loî^er dans les monastères avec leurs femmes et leurs enfants, leurs vassaux et leurs domestiques, leurs chevaux et leurs chiens , consumant la plus grande partie du revenu, et laissant le reste à quelque peu de moines qu'ils y souffroient pour la forme , et qui se relàchoient de plus en plus.

Le même abus régnoit en Orient; mais l'origine en avoit été plus canonique (1). Les iconoclastes, ennemis déclarés de la profession monastique, avoient ruiné la plupart des monastères. Pour les rétablir, les empereurs et les patriarches de C(»nstanlinople chargèrent des évêques ou des laïques puissants den prendre soin , de conserver les revenus, retirer les biens aliénés, réparer les bâtiments, rassembler les moines. On appela ces administrateurs decharisticaires. Mais de protecteurs charitables ils devinrent bientôt des maîtres intéressés , qui traitoient les moines en esclaves, s'attribuant presque tous les revenus, et transportant même à d'autres le droit qu'ils avoient sur les monastères.

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