XIII. Incontinence du clergé
Les trois vices qui ravagèrent le plus l'église d'Occident dans ces malheureux temps lurent l'inœntinence des clercs, les pillages et les violences des laïques, et la simonie des uns et des autres , tous effets de l'ignorance. Les clercs avoient oublié la dignité de leur profession et les puissantes raisons de cette discipline de la continence. Ils ne sa voient pas que, dès 1 origine du christianisme, cette vertu angé-
(1) Capit. 2, ann. 811, n. 5. BoU. 5 jun. to. 19. Couc. Cabiil. au. 813, n. 5. (2> Uist. liv. LI.\, n Hisl. liv. XLV, u. 51, .\LVI, 42, 49.
(1) Hisl liv. XLix, n. 17; (2) Hist. liv. lfif, n. 3. »«v. u, n. 43. Slip. XIV, l.î, liv. L\, n. 13.
lique en a fait la gloire, et qu'on la montroit aux païens comme une des preuves des plus sensibles de son excellence. L'Eglise ayant donc toujours un grand nombre de personnes de l'un et de l'autre sexe qui se consacroient à Dieu par la continence parfaite , rien n'étoit plus raisonnable que de choisir ses principaux ministres dans cette partie la plus pure du troupeau. L'Eglise en étoit mieux servie par des hommes qui, dégagés des soins d^une famille, n'étoient point partagés et ne pensoient
Aussi avez-vous vu que cette sainte discipline du célibat des clercs supérieurs s'est toujours observée dans l'Eglise, quoiqu'avec plus ou moins d'exactitude, selon les temps et les lieux.
Mais nos clercs ignorants du neuvième et du dixième siècle regardoient cette loi comme un joug intolérable. Leurs fonctions étoient presque réduites à chanter des psaumes qu'ils n'entendoient pas, et pratiquer des cérémonies extérieures. Vivant au reste comme le peuple ils se persuadèrent aisément qu'ils dévoient aussi avoir des femmes; et la multitude des mauvais exemples leur fit regarder le célibat comme impossible, et par conséquent la loi qui 1 imposoit comme une tyrannie insupportable. Les Grecs furent les premiers qui , dés la lin du septième siècle, secouèrent ce jou"salutaire par le canon du concile de TruUe , ou ils permirent aux prêtres de garder leurs femmes, comme ils font encore, et ils prirent pour prétexte un canon de Carthage mal entendu et les scandales déjà trop fréquents chez les Utins. Mais le premier exemple formel en Occident est celui de ce curé du diocèse de Chàlons, qui voulut se marier publiquement, et contre lequel les gens de bien s'élevèrent comme on feroit aujourd'hui, tant on avoit d'horreur d'un mariage si nouveau (2).