XVII. Censures
L'autre remède contre les désordres du
(1) Hisl.liv. Lvm,n. 11. («) Alex, il, Ep^ 20, Mabill. Annal, tom. 2 , p. 30, elc Petr. Dam. Opusc. 230. VII, c, 10, 11.
(1) Hist. liv. Lvin, n. 52.
Kurch. liv. VI, c. 12, 14.
tVlr. Dam. Vila. SS. Rom.
ei Domiii. c. 8, 10.
(2) To. 6, Conc. p. 1505.
llist. l. xxxviu,n. U.
(3) Conc. Tolel. 6. Hist.
liv. LIV, n. 23, 2i. Conc.
Tribur. an. 89.^, c. 2.
(4) Hist. liv. LI, n. 8.
Nie. J, Ep. 60.
et les autres censures ecclésiastiques. Le remède eloit bon en soi , mais à force de le pousser on le rendit inutile. Les censures ne sont des peines que pour ceux qui les craignent ; car que serviroit de défendre à un juif ou à un mahometan l'entrée de l'église ou l'usage des sacrements? Donc quand un chrétien est assez méchant pour mépriser les censures , ou assez fort pour les violer impunément, elles ne font que 1 irriter sans le corriger , parce qu'elles ne sont fondées que sur la foi et sur le respect de la puissance de l'Eglise. Il n'en est pas de même des peines temporelles : tout homme craint naturellement la perte de ses biens , de sa liberté de sa vie. '
C'est sur ces principes que les anciens avoient SI sagement réglé l'usage des peines spirituelles i.a discipline ne fut jamais plus sévère que du temps des persécutions. Comme tous ceux qui se faisoient chrétiens le faisoient de bonne foi et après de longues épreuves ils étoient dociles et soumis a leurs supérieurs. Si quelqu'un ne vouloit pas obéir il avoit toute liberté de se retirer et de retourner au paganisme , sans être retenu par aucun respect humain, et 1 Eglise on eloit délivrée. Mais en ces temps-là même on evitoit , tant qu'il étoit possible, d'en venir a cette extrémité ; et l'Eglise soufîroit dans son sein jusqu'à de mauvais pasteurs, plutôt que de s exposer au péril de rompre l'unité (1)
Depuis que les chrétiens furent devenus le plus grand nombre , l'Eglise fut encore plus réservée à user de son autorité ; et saint Augustin nous apprend , non comme une discipline nouvelle, mais comme l'ancienne tradition qu'elle toléroit les péchés de la multitude (2) ' et n'employoit les peines que contre les particuliers : lorsqu'un méchant se trouvant seul au milieu d'un grand nombre de bons, il étoit vraisemblable qu'il se soumettoit , ou que tous seleveroient contre lui. Mais, ajoute-t-il quand le méchant est assez fort pour entraîner la multitude, ou quand c'est la multitude qui est coupable , il ne reste que de gémir devant liieu, et d'exhorter en général, profitant des occasions où le peuple est mieux disposé à s humilier, comme dans les calamités publiques.
Sui vant ces sages maximes , le pape Jules prit la défense de saint Athanase persécuté, et éeri* vit en sa faveur ; et le pape Innocent en usa de môme à l'égard de saint Chrysostôme (3) ; mais ils se gardèrent bien de prononcer ni déposition ni excommunication contre les évéques qui avoient condamné injustement ces grands saints , sachant bien qu'ils n'eussent pas été obéis , et que c'eût été commettre inutilement leur autorité. On étoit encore bien plus éloigné d'excommunier les empereurs, fussent-ils hé-
(1) Cyp. Serm de Laps. (2) Ibid. n. 13, 14, etc. Aug. lu, corn. Par. c. 2, (3) Hist. liy. kn/n. 4, " '*' 2i; liv. XXII, n. 4», 50.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
reliques et persécuteurs de l'Eglise , comme Constanliuset Valens; au contraire, sa'nt «»" sile reçut à lautel l'offrande de ce derm cr. C'est qu'on voyoit clairement qu une autre
conduite n'eût faitque les i'-.'-'"\'".?*''??'"rrhin' Il est vrai que saint Ambroise défendit a I heodose l'entrée de l'Eglise, parce qu'il connoissoit les pieuses dispositions de ce P"nce et savoit qu'il lamèneroit par cette rigueur a une
pénitence salutaire. •,„„j„i.
Mais je ne comprends pas ce que pretendoit obtenir le pape N icolas 1 ' ■ . par les lettres dures 5u'il écrivoil à l'empereur Michel FOle^;!^™r de Photius , cl
brûler publique. "^■" - ...
prince {2). Ne savoit-il pas que c etoil un jeune extravagant et un impie , comme je viens de le remarquer ^ A quoi bon user de tonsures contre Photius, dont il connoissoit l audace et la puissance^ Dès lors donc, c'est-à-dire vers e milieu du neuvième siècle, ovr"" K^^nn'n discrétion de la sage antiquité. Il sembloit qu il ne fût question que de piirler et d écrire , sans en prévoir les conséquence s : les formules ordinaires d'excommunication étant usées , comme trop fréquentes , on en ajouta de nouvelles , pour les rendre plus terribles : on employa les noms de Coré, Dathan et Abiron , et de Judas, avec toutes les malédictions (lu psaume cent huitième , accompagnées de 1 extinction des chandelles et du son des cloches. Je m'imagine voir un foible vieillard , qui se sentant méprisé de ses enfants et ne pouvant plus sortir de son lit pour les châtier comme auparavant, leur jette ce qu'il rencontre sous sa main, pour satisfaire sa colère impuissante; et, forçant le ton de sa voix, les charge de toutes les imprécations dont il se peut aviser. On s'éloigna de plus en plus de lancienne modération pendant le dixième et 1^ «nzieme sie^ de Les eviHiues ne consideroient point 1 ellet des censures, mais seulement leur pouvoir et la rigueur du droit, comme s'ils eussent ele forcés par une nécessité fatale à prononcer les peines canoniques contre tous ceux qui les auroient méritées. Ils ne voyoient pas que ces foudres spirituels portent à faux contre ceux qui ne veulent pas en avoir peur. Que loin de les corriger on ne fait que les endurcir, et leur donner occasion de commettre de nouveaux crimes ; que les censures au lieu d être u îles a l'Eglise lui deviennent pernicieuses, attirant le plus grand de tous les maux, qui est le schisme , et la désarmant à force de prodiguer ses armes. Enfin , que vouloir retrancher de l'Eglise tous les pécheurs, c'est laire comme un prince insensé , qui , trouvant la plupart de ses sujets coupables , les feroit passer au til del'épée, au hasard de dépeupler son état. Vous ne verrez que trop dans la suite de Ihistoire les effets de cette conduite.
[Depuis l'an 00(1
Les papes, il faut l'avouer, suivirent les Dréiuges de leur temps, et pousscTcnt encore plus loin que les autres l'usage des censures , il cause de l'autorité de leur siège , très-grande en elle-même et étendue au delà des anciennes bornes par les fausses décrétâtes. Les plus grands papes et les plus zélés, pour rétablir la discipline de l'Eglise et l'honneur du saint-
jusqàl'an 1100
uiM;ipline de l'Egl.^^ - - ..
siège après les désordres du dixième siècle, s'éloignèrent le plus de l'ancienne modération qu'ils ne connoissoient plus, ou qu ils ne croyoient pas convenable à h-ur temps ; et en-
Vl'empereur Michel , protecteur ^^^^^J^^jl^^J:::: et surtout par la menace de faire sures au dça de u q ^^^^^J> ^^^ ^^.
qiiement à Rome la .leUre de ce i^^P'Î^P'jî^^^^^^^^
avoit un zèle ardenl de purger 1 Eglise des vices dont il la vojoit infectée, parl-c"lierement de la simonie et de lincontmcncc du clergé ; mais , dans un siècle si peu éclaire , il n'avilit pas toutes les lumières nécessaires pour régler ^n zèle ; et , prenant quelquefois de fausses lueurs pour des ventes solides , il en tiroit sans hésiter les plus dangereuses conséquences. Son grand principe etoit qu un supérieur est obligé à punir tous les crimes qui viennent à sa connoissance , si us peine (le s'en rendre complice , et il répète sans cesse dans ses lettres cette parole du pro- Dhèted) • Maudit soit celui qui n ensanglante ïas son épée, c'est-à-dire qui n'exécute pas l'ordre de Dieu pour punir ses ennemis Sur ce fondement, silùt quunévéque lui etoit déféré comme coupable de simonie ou de quelque autre crime , il le citoit à Rome ; et, s il manquoit d'y comparoitre , pour la première lois il le suspc'ndoii de ses fonctions , pour la seconde il lexcommunioit ; si l'évéque persistoit dans sa contumace, le pape le déposoil, defendoit a son clergé et à son peuple de lui obéir, sous peine d'excommunication . leur ordonnoit d (lire un autre évéque , et s'ils y manquoient , i leur en donnoil un lui-même : c'est ainsi qu U procéda contre Guibert , archevêque de Ravenne, qui lui rendit bien la pareille, en se faisant élire pape par le parti du roi Henri Je suis effrayé quand je vois dans les lettres de Grégoire VU les censures pleuvoir pour ainsi dire de tous côtés, tant d'év(>ques déposes partout en Lombardie , en Allemagne , en France.
XVUI. Déposition des rois.
Le plus grand mal , c'est qu'il voulut soute; nir les peines spirituelles par les temporelles, qui n'étoientpasdesacompétence.D'autr.>slavoient
déjà tenté ; j'ai marqué que les évoques imploroient le secours du bras séculier pour forcer les pécheurs à la pénitence ; et que les papes avoient commencé plus de deux cents ans auparavantà vouloir régler par autorité les droiis
(1) LiY. XVI, n. 48.
(î) Nie I. Epist. 8, ').
Hisl. liv. 1, n. il, 54.
des couronnes. Grégoire VII suivit ces non
îlnUo^T ?,T!;'î""^'" •I"*'' comme pape, i kîmi^'vK^'^'n'''' '^'^ souverains rebel è inem s^iviî""''^ '""^ prétention principalement sur 1 excommunication. On doit éviter les excommuniés, n'avoir aucun commerce avïc eux , ne pas leur parler, ne pas même leur dire bonjour, suivant l'apôtre (1,. Donc un prince excommunié doit être abandonné de ton (kmonde : il n'est plus permis de lui ob.Hr de
cTus7e";orur'''"'^V '' '■'PP'-»^"»'- = " «^l exclus de toule société avec les chréllens II esl
vrai que Grégoire VII n'a jamais fd" aucune
r |p *'„f °"'*"«^« formellement dans aucun concile ni par aucune décrélale , que le nano n droit de déposer les rois ; màis^" l'i supLé pour constant, comme d'autres maximes au"s^ peu fondées, qu'il crojoitcerlaines l/a côm me^nce par les faits et par .'exécu.ioii i-t II laul avouer qu'on éloit alors tellement
du roi Henri se relranchoient à dire qu'un son vera.n ne pouvoit être excommuniera) Mai Il eloit fade à Grégoire VII démontrer que La Prir'*'î''''''"'*'*''''^''*^^'-««'*^'d«nnéeauS
é[comn"ron'"H'r'" '•' «''"^e''«'P"on depersonnes clcomprendlespnncescommelesaulres.Lemai aue''l"F!i'J""'"" "r P'-'>Po^"ions excesS
lûler le' f ' »™' ,«>••«" à plus forte raison de
<isie esl au-dessus des empereurs nnisnn ii commande aux démons -. que la Voff e Wage du démon, fondéLur lorShu
r fin r" '•"" '", ««cerdoce est l'ouvrage de Dieu ; enfin , que le moindre chrétien vxtlueux est plus véritablement roi qu^n roi criminel , parce que ce prince n'est^ plus un ïvni.^v, •" ^""""^ "•''"''""' que Nicolas I-
fion. nL ,T ''" '■^'■^ apocryphe des constilu"
ment "n °„ q^'T'i""/"" '•' """uve expressément (.i). On peut lui donner un bon sens la
prenant pour une expression hyperbolique comme quand on dit q'u'un mécha^nî hoTmè n est pas un homme ; mais de telles hyperboles ne doivent pas être réduites en pratique. C^st fou efois sur ces fondemenis que Grégoire VII pretendoil en général que, suivant le bon ordre, c'éloit l'Eglise quiVoitdislribuerles couronnes et juger les souverains; et en parcuher il prétendoit que tous les princes c^ré-
dévoient prêter serment de fidélité, et payer
l'ons sur 1 empire, et sur la plupart des foyaumes de l'Europe (4). ^
DISCOURS
(t^ Jerom. XLVili, 10.
, >« Greg. IV EDijt s «' r^*'' "'* ^''''''"'- """■
(3) Hist I ; n » K- '^P»*' ""• VMl, c. 2.
W ilist. 1. 1, „. u. Nie. ^4) Hisl. I. Lxm , n. M.
TOKE IV.
Ha
VTiS.' ïï'i»'?'"" 'es conséquences de ces SKilsr^meV^À^N-tr^^^^^^
&cUé à'Vor •"■'•""^^ PoinÙe JustSfitJ:
cond if e n n"™" P'""" '■^'"'••e compte de sa conduite, 1 ne comparoît point Aorès ni»
sieurs citations, le pape l'exœmmunie U Se' prise la censure. Le pape le déclare dérh„H; la royauté, absout ses sujets du serment de fi
pour 1 accuser d'être indigne de sa plaro iic i déposeront bien ou mal et feroni ..„.'• ^'* '^ comme Guibert, que le ro ^„ ^""-Pape mettra en possessCà ma^'ar^V'^'^cteur,
Allons plus loin. Un roi dépose^nVc i
Plutarque la vie de Timok?on^uT Brû^„tf persuade que rien n'est plus glorieux o^H^ délivrer sa patrie ; ou qui prenant H» .^ **" les exemples de 'Ecriture^ !ô u ""^^ers o^mme A^od, ou commSuh' pou Zf' chir le peuple de Dieu - voilà lâ\^^i "^'^^U" tendu tyran, exposé^au Sice deîv' P'^" naire, qui croira faire une irîlh "^ '*'**"gagne'rla couronne du martvren"';?"'"'' '' par malheur que trop d"exempies da' I l'hi/ toire des derniers si(^les et Jli«. ! *"?■ ces suites affreuses des opilS ouïrez™"
S"rr'SSnc?--^^=i^
^rCïv^e^SXttS:
comme un particulier, je le veux m? ."
TérlTsl''"^^ Preie jaS d'user £ ce droit. Supposez le cas très-rare coZZu^ 1 evêque aussi bien qu'au pam eilTT!' n'en seroient que spirituels rwi î 1- *"*"*
ne seroit plusVrCs au princi e1œm2"„'" de participer aux sacrements d'enTr^rda:*
les plus éclairés , qu'un part iViilît „ ^^^'^ nié perdit la propriété de séste„srH """esclaves , ou la puissance patSle «f ^''^ enfants. Jésus-Christ en élahiic.^ , ^'îf *** gile, n'a rien fait par force l" '".'""- , persuasion, suivant la reSi.erc'?".' P'""" I .ustin. Il a dit que sorr^ltS^p-
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ Depuis Van 600
jusqu'à l'anl 100. ]
DISCOURS
de ce monde , et n'a pas voulu se donner s^- J- P-rS^^,'^^^^^^^^
leraent l'autorité darb.lre entre deux frères^ vous pomyous ^^^^^^^^^^^^^ ^„^ „
Il a ordonné de rendre à César ce qui etoil a César , quoique ce César fût TilKTe , non-seulement païen , mais le plus méchant de tous les hommes (t). En un mot , il est venu reformer le monde en convertissant les cœurs, sans rien chanîçer dans l'ordre extérieur des choses humaines. Ses ap(Mres et leurs successeurs ont suivi le même plan, et ont toujours prêché aux particuliers d'ohi'ir aux magistrats et aux princes; et aux esclaves delre soumis à leurs maîtres, bons ou mauvais, chrétiens ou infidèles. Ce n'est qu aprc^ plus de mille ans, vous l'avez vu, qu'on s est avise de former un nouveau système , et d ériger le chef de l'Eglise en monarque souveram, supérieur à tous les souverains , même quant hx temporel (i) ; car s'il a le pouvoir de les établir et de les déposer, en quelque cas et avec quelque formalité que ce soit , par puis- ^ sance directe ou indirecte ; s'il a, dis-je, ce pouvoir, il faut dire sans détour, il est seul véritablement souverain; et, pendant mille ans , l'Eglise a ignoré ou néglige ses droits.
Grégoire YII se laissa encore entraîner a la prévention déjà reçue, que Dieu deyoït faire éclater sa justice en cette vie. Delà vient que dans ses lettres, il promet, à ceux qui seront fidèles à saint Pierre , la prospérité temporelle , en attendant la vie éternelle ; et menace les rebelles de la perte de l'une et de 1 autre
vims pour vous-même :' oi vous n vu uisposez pas, pourquoi les promettez- vous aux autres? Choisissez entre le personnage d apôtre ou de conquérant : le premier n'a de grandeur et de puissance qu'intérieure et spirituelle ; au dehors ce n'est que foiblesse et (lue soullrance-, le second a besoin de tout ce qui frappe l(»s sens, des royaumes, désarmées, des trésors mmr les entretenir. Vous ne pouvez allier deux états si opposés, ni vous faire honneur des souffrances que vous attirent des entreprisc»s mal concertées. Jusqu'ici j'ai principalement considéré le relâchement de l ancienne discipline, et les autres tentations dont Dkui a permis que son Eglise fut attaquée depuis le le sixième siècle jusqu'au douzième \ oyons maintenant les moyens par lesquels il a conservée pour accomplir sa promesse d être toujours avec elle, et de ne jamais permettre qu'elle succombât aux puissances de l enter.