VII. Réponse à Nicélas Pectoral
Humbert répondit aussi à un écrit composé contre les Latins (3), par un moine de Stude , qui étoit en grande réputation chez les Grecs, nommé Nicélas et surnommé Stéthatos, que les Latins avoient traduit par pectoral. Cet écrit contenoit les mêmes reproches que celui de Michel Cérularius et sur les mêmes preuves ; mais Nicétas ajoutoit que les Latins rompoient le jeûne en célébrant la messe tous les jours de carême, parce que, la disant à l'heure de tierce, suivant la règle, ils ne jeunoient pas iusqu'à none, au lieu que les Grecs , les jours de jeûne , ne cèlèbroient que la messe des pre-
(1) P. 696. Levil. vil, 13; (2) P. JOI. XXIII, 17. (^^ *'"^-
sanctifiés sans consacrer, et à Iheurc de none , comme ils font encore. Nicétas soutient ensuite les mariages des prêtres , attribuant le canon qui les autorise au sixième concile , où il dit que présidoit le pape Agalhon, et il se fonde partout sur des pièces apocryphes, comme les canons et les constitutions attribuées aux apôtres (1 ) . Ce fut à Constantinople que le cardinal Humbert lui répondit , et d'un style encore plus aigre que celui de Nicétas. Il le reprend de ce qu'il cite des écrils apocryphes, mais il en cite aussi lui-même Au reste, il relève fort bien sur le pape Agathon, qui ne présida pas au sixièmeconcileen personne, mais seulementpar ses légats ; toutefois, il ajoute ce que nous ne trouvons point dans les actes de ce concile, que l'empereur Constantin Pogonat interrogea les légatsdela manière dont l'église romaine offroit le saint sacrifice, etqu'ils répondirent (2) : Dans le calice on ne doit pas offrir du vin pur, mais mêlé d'eau; l'hostie, au contraire, ne doit avoir aucun mélange de levain , et le saint sacrifice ne doit pas être célébré sur de la soie ou sur une étoffe teinte, mais sur un linge blanc qui représente le linceul de lasépulture, comme nous lisons que saint Sylvestre l'a ordonné. Humbert rejette ensuite l'autorité des canons deTruUe, attribués par les Grecs au sixième concile, et soutient qu'ils n'ont jamais été reçus par l'église romaine (3), ajoutant que si le pape Agathon avoit voulu changer les traditions de ses prédécesseurs, les Romains ne l'auroient pas écouté.
Il dit ensuite : Nous jeûnons exactement tous les jours de carême , jusqu'à faire quelquefois jeûner avec nous des enfants de dix ans. Nous n'en exceptons que le dimanche, suivant l'autorité des pères , particulièrement du concile de Gangres, qui ne défendent de jeûner que ce saint jour, et non pas le samedi. II traite ensuite Nicétas de stercoraniste , nom que l'on donnoit à ceux qui croyoient que 1 eucharistie comme les autres viandes étoit sujette à la digestion et à toutes ses suites : ce qu'il ne paroit pas que Nicétas ait jamais dit ; mais Humbert lire cette conséquence de ce qu'il dit que la communion rompt le jeûne.
Or, dit-il, qui reçoit le corps de Jésus-Christ reçoit la vie éternelle et non pas une viande corruptible. Nous le prenons, ajoute-t-il , en très-petite quantité , pour n'en pas dégoûter les hommes charnels , et il ne faut pas douter que dans la moindre particule on ne reçoive la vie tout entière , c'est-à-dire Jésus-Christ. Mais soit que nous disions la messe à tierce, à none ou à quelqu'autre heure, nous la célébrons parfaite, et nous ne réservons point une partie de l'oblalion pour célébrer cinq jours durant une messe imparfaite , parce que nous ne lisons point que les apôtres en aient usé de la sorte. Notre Seigneur lui-même, après avoir
(2) P. 715. Sup. liv XL, (3) Sup. llV. XL, n. 54.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
An de J-C. I05i.
AndcJ.-C. 105t. ]