‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1340 sur 2407 · XI. Lettre de Pierre d'Antioche à Dominique de Grade · texte numérisé non relu

XI. Lettre de Pierre d'Antioche à Dominique de Grade

On voit encore comment Michel Cérularius racontoit ce qui s'ètoit passé entre lui et les légats du pape, par les lettres qu'il écrivit celle même année à Pierre, patriarche d'An-

(2) Menolog.

tioche , et dont voici Poccasion. Dominique, patriarche de Grade, écrivit au même Pierre , disant que sur sa réputation il désiroit d'être connu de lui , et d'obtenir son amitié , comme étant patriarche en Italie , et assis à la droite du pape dans les conciles (1). Mais, ajoutoit-il, je ne puis vous dissimuler ce que j'ai appris des reproches que le clergé de Constantinople fiûtà l'église romaine. Ils blâment les azymes dont nous usons pour consacrer le corps de Jésus-t:hrist, et nous croient pour ce sujet séparés de l'Eglise : au lieu que c'est principalement en vue de l'unité que nous conservons cet usage, comme une tradition des apôtrt^s et de Jésus-Christ même. Toutefois, nous approuvons aussi la coutume des églises orientales d'user de pain levé, et donnons à l'un et à l'autre des significations mystiques. Vous devez donc réprimer ceux qui combattent si imprudemment les ordonnances des apôtres , et qui , pensant édifier, détruisent et renversent même les fondements. Car en vain saint Pierre et saint Paul ont prêché en Italie, si toute l'église d'Occident est privée de la vie éternelle, n'ayant point au saint sacrifice le corps de Jésus-Christ. Nous désirons d'être instruits par votre réponse.

Le patriarche Pierre lui répondit par une lettre, où, après quelques discours de civilité , il dit (2) : J'ai été nourri dans les saintes lettres depuis mon enfance jusqu'à la vieillesse, mais je n'ai point encore ouï-dire que l'évêque d'Aquilée de la Vénélie fût nommé patriarche. Car il n'y a que cinq patriarches dans le monde par la disposition divine, savoir : ceux de Kome, de Constantinople, d'Alexandrie, d'Anlioche et de Jérusalem. Encore n'y a-t-il que celui d'Antioche qui s'appelle proprement patriarche , ceux de Rome et d'Alexandrie s'appellent papes , ceux de Constantinople et de Jérusalem archevêques. Et ensuite : Il y a dans le monde plusieurs provinces plus grandes que la votre, qui ne sont gouvernées que par des métropolitains et des archevêques, comme la Bulgarie, la province de Rabylone, la Co rosane et les autres d'Orient, où nous envoyons des archevêques et des catholiques , qui ont sous eux des métropolitains. On nommoit en Orient catholiques, c'est-à-dire généraux, certains évêques plus distingués.

Quant aux azymes , Pierre d'Antioche dit (3) : Le patriarche de Constantinople n'attaque pas si violemment que vous dites votre réputation , et ne vous retranche pas de l'Eglise. Il sait bien que vous êtes orthodoxes et que vous croyez, comme nous, la Irinité et l incarnation ; mais il est affligé de ce que vous manquez en ce seul point , n'ofTrant pas le sacrifice comme le reste de l'Eglise, et comme les quatre patriarches. Pierre d'Antioche s'étend ensuite à combattre les azymes ,

insistant principalement sur Texemple de Jésus-Christ, et soutenant qu'il institua l'eucharistie avec du pain levé , et qu'il prévint la pàque des juifs : puisque saint Jean dit qu'il fit la cène avant la fêle de Pâques (1) , et que les juifs ne voulurent point entrer dans le prétoire pour pouvoir manger la pàque. Il ajoute que, si saint Pierre et saint Paul ont établi l'usage des azymes, ils l'ont fait par cette condescendance qui leur faisoit tolérer dans les commencements quelques observances judaïques.

Il dit ensuite (2) : Au commencement de mon pontificat, j'écrivis au pape de Rome une lettre de recommandation que j'envoyai par un de ceux qui viennent accomplir leur vœu à Jérusalem , et je l'adressai à Argyre , duc d'Italie, pour la faire tenir à sa sainteté ; mais il s'est passé deux ans depuis sans que j'en aie pu rien apprendre. Je vous en envoieune copie , afin que vous la fassiez tenir à sa béatitude, el que vous m'en envoyez la réponse ; et si vous voulez bien lui envoyier aussi celleci après l'avoir lue, vous me ferez un grand plaisir. Peut-être sera-t-il content de ce qui y est écrit , et se conformera-t-il à nous, pour nous réunir tous dans les mêmes sentiments, et offcir à Dieu le même sacrifice.

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