‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1341 sur 2407 · XII. Lettre de Michel Cérularius à Pierre d'Antioche · texte numérisé non relu

XII. Lettre de Michel Cérularius à Pierre d'Antioche

Michel Cérularius ayant vu cette lettre, et de son coté en ayant reçu une de Pierre d'Anlioche sur une affaire* parliculière, lui écrivit une lettre , où, après avoir répondu sur cette afliiire, il ajoule (3) : II y a quelque temps qu ayant appris de ceux qui viennent ici de lancienne Rome, la vertu, la noblesse et la science du pape qui vient de mourir , je lui écrivis assez amplement et avec beaucoup d humililc touchant la concorde et la réunion sur les sujets de scandale contre la foi qu'on leur attribue, comme vous pourrez voir vousmême par la lettre. Mon intention étoit tant de gagner le pape lui-même, que de nous attirer par son moyen du secours contre les Francs, c'est-à-dire contre les Normands d'Italie , contre lesquels les Grecs savoient que le pape étoit irrité, et qu'il avoit grand crédit auprès de l'empereur Henri.

Michel continue : Je donnai cette lettre au vestiarite, qui étoit chargé de celle de l'empereur au pape , espérant qu'il les lui rendroit l'une et l'autre , et nous en rapporteroil la réponse. Mais cet officier, étant arrivé auprès d'Argyre, duc d'Italie , se laissa surprendre et lui remit les lettres, sous prétexte de les envoyer au pape plus promptement. Cependant Argyre, comme nous en sommes très-bien informés , étant toujours mal intentionné pour

(1) Monum. Gr. Colel.

to. ï, p. 108.

(i) Ibid. p. 112.

(1) Jo. Mil, 1; XVIll, 28, (2) C. 6.

' *♦• (3) Ibid. p. 135, n. 3, 13.

TOMK IV.

Fempirc, prit l'argent que l'empereur envoyoit et le tourna à son profit, et quant aux lettres il usa de cet artifice. Il se fit venir des gens en qui il avoit une confiance parliculiére dont l'un avoit été évêque d'Amalfi , et depuis chasse de cette église pour de bonnes raisons en sorte qu'il est demeuré fugitif depuis cinq ans, l'autre a seulement le nom d'archevêque et on ne peut dire où est son évêché. C'est le cardinal Humbert , dont l'évêché de Sainte- Russie étoit dés lors peu de chose. Il donna au troisième le titre de chancelier de l'église romaine pour s'en servira ses desseins comme d unelorteresse imprenable. Ensuite, ayant ouvert ma lettre, il en composa une pour moi sous le nom du pape, et, en ayant chargé ces misérables , voyez la malice et la fourberie , il leur persuada de me les apporter à Constantinople. Quand ils y furent arrivés , ils se présentèrent premièrement à l'empereur, avec un air, un habit, une démarche d'une extrême arrogance. Mais quand ils vinrent me trouver, qui pourroit exprimer leur insolence leur vanité, leur effronterie ? Ils ne me dirent pas une parole, ils ne firent pas la moindre mclination de tête, et ne voulurent pas me rendre le salut accoutumé, ni s'asseoir derrière les métropohtains qui étoient avec moi dans la salle. Ils le prenoient à injure. Pourquoi ne dis-je pas ce qui est encore plus insensé ? Ils ne s'humilièrent pas même devant lempereur ; ils entrèrent dans le palais avec la croix et des bâtons à la main. Ils se contentèrent donc de me donner une lettre scellée et se retirèrent aussitôt ; mais , l'ayant considérée attentivement pour l'ouvrir, je trouvai le sceau falsifié et la lettre pleine d'artifice et de fourberie. Car elle contenoit nettement ce qy Argyre m'avoit dit souvent étant à Constantinople, principalement touchant les azymes ce qui ma obligé de l'excommunier jusqu'à quatre fois. Je vous envoie la copie de ma lettre au pape et la traduction grecque de celle du pape, que m'ont apportée ces scélérats, afin que vous connoissiez mieux la vérité. Cette fourberie a été encore mieux découverte par l'archevc^ue de Trani, qui est venu ici et nous a tout déclaré comme je l'ai dit à l'empereur.

Au reste , il m'est revenu que vous, le patriarche d'Alexandrie et celui de Jérusalem , avez mis ce pape dans les sacrés diptyques. Mais vous êtes trop instruit pour ne pas savoir que depuis le sixième concile le pape a été ôté des dipliques dans nos églises , à cause que Vigile, qui l'étoit alors, ne voulut pas venir à ce concile et anathématiser les écrits de Théodorct, de Cyrille et d'Ibas. On dit aussi que ces deux prélats reçoivent ceux qui mangent des azymes, et qu'eux-mêmes emploient quelquefois des azymes au saint sacrifice. Mais comme je n'ai personne en main pour m'en informer, et que je ne m'en fierois pas à d'autres , je vous prîe de vous

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

en enquérir exactement, et de me le faire

savoir. , . ,, , •

Or, le duc d'Antioche, Î5>clerus, m'a mis entre les mains une copie de la lettre ( 1 ) que vous avez écrite à l'évêque de Grade ou d'Aquilée; et, l'ayant parcourue , j'ai trouvé que vous y parlez au long des azymes , sans rien dire des autres erreurs des Romains, qui sont bien

[An deJ.-C. 105i.

ni à aucun autre de ses évéques, hors la lettre dont je vous envoie copie; et l'on voit par leurs écrits et leurs actions que ce ne sont que des menteurs et des fourbes. Sachez donc qu'outre cette erreur touchant les azymes, connue de tout le monde , les Romains en ont plusieurs qui obligent à s'éloigner d'eux.

Ils judaisent en plusieurs autres manières. En mangeant dos viandes suffoquées , en se rasant en gardant le sabbat, en mangeant des viandes immondes, en ce que leurs moines mangent de la chair et du lard (-2). La première semaine de carême, ils ne quittent la chair qu'avec les laitages. Ils mangent de la chair le mercredi , le vendredi ils mangent du fromage et des œufs, et jeûnent le samedi tout le jour. Il est étonnant que Michel trai(e ces observances de cérémonies judaïques. 11 continue, parlant toujours des Latins : Ils ont fait cette addition au symbole et au Saint-Esprit seigneur et vivifiant, qui procède du père et du ûls. Et à la messt» ils chantent : Un saint , un seigneur Jésus-Christ pour la gloire du père par le Saint-Esprit. De plus, ils défendent le mariage aux prêtres , c'esl- | à-dire qu'ils ne veulent point que ceux qui ont des femmes reçoivent l'ordination 5 deux frères épousent les deux sœurs. A la messe, au temps de la communion, un des ofliriants embrasse les autres. Leurs évéques portent des anneaux aux mains pour marque , disentils que leurs églises sont leurs épouses ; ils vont à la guerre, souillent leurs mains de san" et sont tués après avoir tué leurs Ames. On "nous a assuré qu'ils donnent le bapléme par une seule immersion , et qu'ils emplissent de sel la bouche de ceux qu'ils baptisent. Au lieu de lire dans l'apôtre (3) : Un peu de le^ vain lève toute la pâte , ils lisent qu il la corrompt en haine du levain. Ils n'honorent point les reliques des saints, et quelques-uns n'honorent pas même les images. Ils ne comptent pas entre les saints, saint Grégoire le théologien, saint Basile et saint Chrysoslùme, et font encore d'autres choses qu'il seroit diflicile de rapporter par le menu. Et ensuite (4) : Ce qui est de plus insupportable, c'est qu'ils disent qu'ils ne sont pas venus ici pour être instruits, mais pour nous instruire et nous faire embrasser leurs opinions.

XllI. Réponse de Pierre d'Anlioche.

Pierre d'Antioche , répondant à cette lettre, commence par l'article des diptyques , et dit : J'en suis honteux , et je ne sais comment vous le dire , et encore plus si vous avez écrit de même aux autres patriarches , que vous ayez ainsi cru sur un vain rapport ce qui n'est pas sans l'avoir examiné (1). Car comment aurois-je mis le pape dans les diptyques où votre sainte Eglise ne l'a [Knul mis? moi qui suis élève de votre Eglise et jaloux autant que personne de ses privilèges. Mais ce que votre lettre rapporte de Vigile témoigne une étrange inapplication de votre cartophylace, qui fait plus de rhétorique que d'histoire (ecclésiastique. C'est ainsi que Pierre d'Antioche détourne sur \c secrétaire l'ignorance grossière de Michel Cérularius (i). Il explique ensuite comment h' pape \ igile étoit du temps du cinquième concile, et cent vingt -neuf ans avant le sixième tenu sous le pape Agathon.

Il ajoute : Je suis témoin irréprochable , et plusieurs autres ecclésiastiques considérables avec moi, que, du temps de Jean, d'heureuse mémoire , patriarche d'Antioche , le pape de Uome , nommé aussi Jean , étoit dans les sacrés diptyques ; et, étant allé à Constantinople, il y a quarante ans, sous le patriarc he Sergius , je trouvai que le même pape étoit nommé à la messe avec les autres patriarches. Ces quarante-cinq ans remontent à l'an mil neuf et au pontificat de Jean XVlll. Pierre d'Antioche continue : jMais comment le nom du pape en a été ùlé ou pour quelle cause, je n'en sais rien . et je ne crois pas que vous deviez vous mettre plus en peine sur cet article.

J'ai parcouru les autres abus des Romains dont vous faites le dénombrement , et il m'a paru que l'on en doit éviter quelques-uns , que l'on peut remédiera d'autres, et qu il y en a qu'on doit dissimuler. Car, que nous importe que leurs évéques rasent leurs barbes , et portent des anneau\ pour marque qu ils ont épousé l'Eglise ;*x\ous nous faisons aussi une couronne sur la tête en riionneur de saint Pierre , et nous portons de l'or à nos ornements. Quant à ce qu'ils mangent des viandes immondes, et que leurs moines mangent de la chair et du lard, vous trouverez, si vous l examinez bien, qu(^ les nôtres en usent de même ; car on ne doit rejeter aucune créature de Dieu quand on la prend avec action de grâce. H ajoute que les pÎTCs ont permis de mettre un p<ni de lard aux légumes quand on mange de biuine huile, et

An (io J.-C. lo.if J

Page 1