‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1382 sur 2407 · XLIX. Dispute synodale de Pierre Damien · texte numérisé non relu

XLIX. Dispute synodale de Pierre Damien

L'avocat : Vous avez intronisé le pape sans le consentement du roi , au mépris de la majesté royale. Or, selon les canons, l'évêque doit être élu par ceux qui lui doivent obéir, et le roi , comme chef du peuple romain, doit obéir au pape ; son consentement est donc nécessaire pour Teleclion du pape. Le défenseur : Saint Etienne, saint Corneille, saint Clément, saint Pierre même, n'étoient donc pas papes, puisqu'ils n'ont pas été élus par les empereurs de leurs temps ? L'avocat : Ces empereurs étoient païens ; mais les empereurs chrétiens ont toujours élu les papes Le défenseur : Parcourez avec moi le catalogue des papes, vous en trouverez très-peu qui aient été élus du consentement des princes. 11 nommi» la plupart des papes depuis saint Damase jusqu'à saint Grégoire, et les empereurs chrétiens du même temps, dont il soutient que le consentement n'a point été requis pour leur élection ; puis il ajoute : Quant à ce que nous lisons, que TenipiTeur Maurice a donné son consentement pour l'élection de saint Grégoire, et quelques autres princes en petit nombre pour l'élection de quelques papes, le malheur des temps, troubles par les guerres , en a élé cause (-2). Il allègue ensuite la donation de Constantin, qui n'éloil pas contestée.

L'avocat : Vous ne pouvez nier au moins qiie l'empereur, père du roi mon maître, a été fait patrice des Komains, et a reçu d'eux le premier rang dans l'élection du pape. Et ce qui est plus fort, c'est que le pape Nicolas a accorde au nw ce privilège, qu'il lenoil déjà de son père, et l'a confirmé par un décret synodal (3). Comment donc le roi , mon maîlre , a-t-il perdu ce droit' Le défenseur : Nous soutenons aussi que notre roi a ce privilège , et nous souhaitons qu'il en jouisse toujours ; mais l'église romaine. dans 1 occasion présente, a agi en qualile de sa mère et sa tutrice, cl a suppléé à son bas âge qui le rendoit incapable d'élire un évéque : d'ailleurs les circonstances du temps obligent quelquefois à changer de conduite. Quand le pape a été élu, les citoyens romains étoient si animés l'un contre l'autre, et le peuple si divisé, que nous ne pouvions attendre la réponse du roi d'un pays si éloigné sans nous exposer à une guerre civile.

L'avocat : Vous dites que vous n'avez pas

(1) Heim. et Lamb.

(2) Sup. I. Lix, n. 'il.

(1) Gesta Pontif. Opusc.

IV; lo. y, Conc. p. 1156.

(8) Sup. I. xxxv, n. 1.

(3) Sup. n. .0.

eu le temps d'attendre le consentement du roi ; cependant il est certain qu'il s'est passé environ trois mois depuis la morl du pape Nicolas, jusqu'au premier d'octobre où celui-ci a succédé. Le défenseur : Vous me contraignez à dire publiquement ce que j a vois résolu de passer sous silence , par respect pour la cour. Car vous, qui la gouverniez, avez assemblé un concile avec quelques évêqucs d'Allemagne, où vous avez condamné le pape et cassé tout ce qu'il avoit ordonné, et par conséquent le privilège qu'il avoit accordé au roi. Mais Dieu nous garde de nous prévaloir de la témérité de qui que ce soit, pour faire perdre son droit au roi qui en étoit innocent, et que nous espérons voir élevé à la dignité impériale. Mais, afin de parcourir toute l'histoire de nos malheurs, Etienne, prêtre-cardinal, dont le mérite est si connu, étant envoyé à la cour avec des lettres apostoliques, ceux qui gouvernoient lui refusèrent audience, et il demeura à la porte pendant près de cinq jours, au grand mépris du saint-siège. 11 le souffrit paisiblement comme étant un homme grave et patient , mais il ne put accomplir sa légation , et rapporta les lettres dont il étoit chargé toutes scellées, parce que les courtisans ne lui avoient pas permis de voir le roi. Nous n'en accusons ni le roi ni l'impératrice, sa mère ; elle est excusable par la loiblesse de son sexe et lui par son âge Mais enfin, pourquoi avezvous osé élire un pape à Tinsu de Rome ?

L'avocat : Il y avoit long-temps que le comte Gérard et d'autres Romains, comme l'abbé du mont Scaurus, nous pressoient de faire cette élection , nous ne l'avons donc pas faite comme vous dites à l'insu de Rome. Le défenseur : Vous faites pour moi en déclarant avoir communiqué avec Gérard. Car, pour ne point parler encore de l'abbé et des autres, Gérard étoit excommunié presque par tous les papes qui ont élé de son temps. Enfin, il le fut un peu avant sa mort, à cause d un comte et d'un archevêque, tous deux Anglois, qu'il insulta et dépouilla comme ils revenoient de Rome, et leur ôla jusqu'à mille livres d'argent, monnoie de Pavie (1). Pourcesujet, il fut excommunié dans un concile plénier, où présidoit le pape Nicolas, et condamné à un anathème perpétuel, avec extinction de luminaire. Un tel homme devoit-il donner un chef à l'église romaine, donl il éloit l'ennemi déclaré, et qu'il a toujours cruellement persécutée? Ne faut-il pas plutôt reconnoître celui que les cardinaux -évéques ont élu tout d'une voix, suivant le désir du clergé et du peuple, qui n a pas été tiré de l'extrémité de la terre, mais de Rome même ? Il est vrai que l'Eglise, ayant plusieurs bons sujets dans son clergé , leur a préféré celui-ci, pour témoigner son affection envers le roi, dont il étoit comme domestique.

(1) Sup. n. 44.

A ce discours, l'avocat du roi Henri témoigne être satisfait ; mais il faut se souvenir que c'est Pierre Damien qui le fait parler. Il conclut par exhorter les ministres de la cour et ceux du saint-siésre à conspirer ensemble pour l'union du sacerdoce et de l'empire, aiin que le genre humain , gouverné par ces deux souverames puissances, ne soit jamais divisé, et qu'elles se soutiennent l'une l'aulre; en sorte que le pape, quand il sera besoin, réprime les criminels par la loi du prince, et que le roi ordonne avec ses évèques ce qui concerne le salut des âmes suivant les canons. Que le pape, comme le père, ait la prééminence ; que le roi , comme un fils unique et bien aimé , repose toujours dans son sein , et qu ils concourent ensemble à faire refleurir la religion.

Nous ne savons de quel usage fut cet écrit de Pierre Damien (1) ; mais nous savons par lui-même que Cadalous, dans Tannée de son élection, et la veille de Saint-Simon et Saint- Jude , c'est-a-dire le ving-septième d'octobre mil soixante-deux, fut condamné (»t déposé par tous les évéques d'Allemairne et d'Italie en présence du roi. Par-là Pierre prétendit sauver la prédiction qu'il avoit faite si hardiment, que Cadalous mourroit dans l'an disant qu'il étoit mort à sa dignité et à' son honneur.

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