‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1384 sur 2407 · LIVRE SOIXANTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTIEME

(1) Opusc. xvi.r, n. 8.

(2) Opusc. XX.M.

ensuite : Qui a reçu des présents n'ose plus parler contre son bienfaiteur; et , quand il no les auroit reçus qu'après le jugement , il s'engage p)our les afl'aires suivantes.

Et encore : Ce n'est point pour subvenir aux besoms de la nature que les hommes cherchent les richesses, mais afin que les bassins combles de viandes sentent les épiceries des Indes, et que le vin emmiellé brille dans des vases de cristal (1). Afin que partout où ils arrivent on revête aussitôt les murailles et les plalonds de leurs chambres de tapisseries magnifiques, et leurs sièges de riches tapis. Leurs serviteurs sont partagés : les uns demeurent en respect devant eux, attentifs à leurs moindres signes : les autres courent de tous côtés avec empressement pour leurs services. Leurs lits sont plus richement parés que des autels. La pourpre paroit trop simple, on y emploie des etofl'es de diverses couleurs. On méprise la dépouille des agneaux, et on fait venir de bien loin les fourrures de maries et d'hermines. Je ne parle point des chappes ornées d'or et de pierreries , des crosses entièrement revêtues d'or, et des anneaux chargés de pierres énormes.

Pierre Damien se plaint encore du luxe des évêques, et des défauts de la cour de Rome, dans un des écrits qu'il lit pour justifier sa renonciation à l'épiscopat. Le temps n'est plus, dit-il (2) , où l'on puisse garder la modestie, la mortification, la sévérité sacerdotale. Moimême, quand je viens vous trouver (il parle au pape et à llildebrand ) , vous voyez aussitôt sortir en foule les railleries, les plaisanteries, les bons mots, les questions sans nombre et les paroles inutiles, la dissipation, qui éteint la dévotion et ruine le bon exemple. Si nous ne nous laissons aller à ces excès , on nous accuse de dureté et d inhumanité. J'ai honte de parler des désordres plus honteux, la chasse, la fauconnerie, la fureur des jeux de hasard ou des échecs, qui font un bouffon d'un évêque. Un jour, comme j'étois en voyage avec l'évêque de ITorence, on vint me dire qu'il jouoit aux échecs. Ce discours me perça le cœur. Je pris mon temps pour lui montrer Tindécence de cet amusement, en un homme dont la main offre le corps de Notre Seigneur, et dont la langue le rend médiateur enln» Dieu et les hommes, vu principalement que les canons défendent le jeu aux évêques. L'évêque prétendit qu'ils ne défendoient que les jeux de basai d; mais je soutins qu'ils dévoient s entendre en général de tous les jeux. Il se rendit, et me pria de lui imposer une pénitence. Je lui ordonnai de réciter trois fois le psautier, laver les pieds à douze pauvres, et leur

donner chacun un denier , afin de réparer le péché qu'il avoit commis par la langue et par les mains.

Dans un autre écrit, Pierre Damien se plaint de la manière dont plusieurs parvenoient à répiscx)pat, qui étoit en s'attachant à la cour des princes (1). Ils quittent l'Eglise, dil-il, parce qu'ils veulent dominer dans l'Eglise , et deviennent laïques afin d'être évêques. Or, je soutiens qu'ils sont coupables de toutes les espèces de simonie (2). Ils donnent de l'argent pour acquérir les dignités ecclésiastiques, par les dépenses qu'ils font en voyages et en habits précieux. Supposons deux clercs, qui ayant chacun cent livres de deniers, dont l'un aille à la cour d'un roi et y dépense petit à petit ce qu'il avoit amassé, l'autre demeure chez lui et garde son argent. Qu'on leur donne ensuite en même jour chacun un évêché, l'un donne pour l'acheter tout son argent à la fois, l'autre ne donne rien de nouveau, parce qu'il a long-temps servi à la cour. Lequel des deux, je vous prie, a le plus chèrement acheté son évêché ? n'est-ce pas celui à qui , outre son argent, il a tant coûté de travail, plutôt que celui qui est demeuré en repos, et n'a donné que son argent ?

Quant aux deux autres espèces de simonie de la langue et des services , il est évident que les clercs courtisans en sont coupables (3). Ils ne font continuellement que flatter le prince, étudier ses inclinations, obéira ses moindres signes, applaudir à tousses discours, lui complaire en tout. Us lui sont soumis avec la dernière bassesse; et comme ils se ruinent dans la vue de devenir riches , l'envie de dominer les rend esclaves. Or, c'est acheter chèrement les dignités, que de les acquérir par une longue servitude et faire le métier de parasite et de bouffon pour devenir évêque. Ceux qui sont ainsi parvenus à l'épiscopat, prodiguent ensuite les biens de l'Eglise pour se faire des amis et gagner ceux qui auroient dû les élire. Ce qui les rend coupables de simonie, quand ils ne l'auroient pas été auparavant , puisqu'ils donnent en vue de posséder paisiblement l'évêché; et il importe peu que l'on donne devant ou après le sacre.

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