LIVRE SOIXANTIÈME
(1) Opusc. LI, c. 8.
(3) P.22.0pusc.\ni, C.C.
(4) Lib IV, Ep. il.
nitence, comme il paroît par les écrits même de Pierre Damien (1). Car, dans une lettre au cierge de Florence, il se plaint de ce que l'on a rendu public ce qu'il a écrit sur le sujet des disciplines, quoiqu'il ne l'ail écrit ni pour les laïques m pour les clercs, mais seulement pour les moines; et qu'il n'ait représenté que ce qu'ils pratiquent tous les jours. Puis, faisant parler ceux qui blâmoient cet usage, il ajoute : Voilà, disent-ils, une pénitence nouvelle et mouie jusqu'à présent pendant tant de siècles; SI on l'admet une fois, on détruit tous les canons, et on anéantit la tradition. Ils vouloient dire que par ces compensations on aboliroit les pénitences canoniques, en quoi ils ne se trompoient pas, comme révénement a fait voir.
LUI. Flagellations.
Mais , répond Pierre Damien , notre sauveur n'a-t-il pas été flagellé:^ Saint Paul n'at-il pas reçu cinq fois les trente-neuf coups de fouet (2;? Tous les apôtres n'ont-ils pas été fouettés? Combien de martvrs ont souffert le même supplia» ! On rapporte que saint Jérôme et d'autres ont été fouettés par ordre de Dieu. On dira que tous cesj saints ont été fouettés per d'autres et non par eux-mêmes. Je réponds qu'il ne faut donc plus aussi porter notre croix, puisqu'il n'y a plus de persécuteurs pour nous crucifier, et que comme on n'accuse point de témérité celui qui jeune volontairement sans qu'un prêtre le lui ait ordonné, on ne doit pas non plus condamner celui qui se donne la discipline de ses propres mains. C'est une très-bonne pénitence de châtier la chair pour réparer la perte que l'on a faite en cherchant les plaisirs de la chair.
Que si cette discipline à coups de verges paroit nouvelle, et par conséquent répréhensible à ceux qui ne la pratiquent pas, faut-il aussi reprendre le vénérable Uède, qui ordonne, après les anciens canons, de mettre aux fers certains pénitents? L'auteur ajoute quelques exemples d'austérités singulières, tirés de la vie des pères; mais il n'en rapporte aucun de flagellations; ainsi il convienl tacitement de leur nouveauté. Tout ce qu'il conclut, c'est qu'il est permis de pratiquer des pénitences qui ne sont pas spécifiées dans les canons. Aussi ne trouvai-je point d'exemples de flagellations volontaires avant cet onzième siècle, et les premiers que l'on rapporte sont de saint Guy, abbé de Pomposie, mort en mil quarante-six, et de saint Poppon, abbé de Stavels, mort en mil quarante-huit (3).
Pierre Damien continue : Quand les évêques prescrivent à quelques pécheurs une pénitence de plusieurs années, ne leur taxent-ils pas quelquefois une somme d'argent pour en ra-
cheter le temps et pour les dispenser des jeûnes qui leur font tiop de peine? Condamnerat-on ce rachat de pénitence à prix d'argent, parce qu'il ne se trouve point dans les an ciens canons? Que si on permet aux laïques de racheter leurs péchés par des aumônes, que doit-(m ordonnera un moine, à qui il reste une longue pénitence à acquitter, et qui a autrefois abandonné tout son bien? Ne pourrat-il pas racheter ses péchés en mortifiant sa chair?
11 traite encore cette matière dans une lettre à un moine, nommé Pierre Teslu, qui avoit écrit aigrement contre ces disciplines, dont toutefois il ne blàmoit que l'excès et la longueur (1). Mais, dit Pierre Damien, s'il est permis de donner cinquante coups de discipline, pourquoi n'endonnera-t-on pas soixante, ou même cent? Si on en peut donner cent, pourquoi non cinq cents ou mille? Ce qui est bon ne peut être poussé trop loin. Si le jeûne d'un jour est bon, celui de deux ou de trois jours est le meilleur. Suivant ce principe, la perfection seroit de se laisser mourir de faim , ou d'expirer sous les coups de discipline. Mais ce n'est pas dans les écrits de Pierre Damien qu'il faut chercher la justesse du raisonnement.
Les moines du mont Cassin avoient embrassé cette pratique de la discipline avec le jeûne du vendredi , à la persuasion de Pierre Damien ; et, à leur exemple, cette dévotion s'étoit étendue, non-seulement aux monastères de leur observance, mais encore aux villes et aux villages (2). Toutefois , quelques-uns au mont Cassin s'élevèrent contre la pratique des flagellations, disant qu'il étoit malhonnête de paroîlre nu en présence d'une grande communauté, car la discipline se donnoit ordinairement en plein chapitre. Celui qui s'y opposa le plus fut le cardinal Etienne, qui avoit été moine du mont Cassin ; et il défendit d'y pratiquer davantage cette pénitence. Pierre Damien écrivit sur ce sujet à la communauté (3), soutenant qu il est honnête et salutaire de soufl'rir par pénitence la confusion de la nudité. Et comme le cardinal Etienne étoit mort assez subitement peu de temps après qu il eut blâmé cette pa trique, il dit que ce peut bien être en punition de cet attentat , quoique d'ailleurs il avoue que ce cardinal avoit de la vertu.