LIVRE SOIXANTIÈME
(1) Opusc. xxxiif, n. 3.
(2) Vita n. H. Sup. lib.
LV, n. 46; lib. vi, Epist. 29.
Opusc. x,c. 17.
(3) Sup.n. 45.VilaVulf.
c. 10, San;. 6, Ben. part.
les avoit amenés , les présenta au roi Edouard; et ce prince les ayant reçus avec un trèsgrand honneur, suivant sa piété ordinaire, les renvoya chez Tarchevêque, avec lequel ils avoient fait connoissance p<*ndant le voyage , en attendant le parlement de Pâques , où ils reviendroient à sa cour et auroient audience. L'archevêque Aldred , ayant suivi l'ordre du pape et parcouru avec les légats presque toute l'Angleterre, vint à \N orchester, aux approches du carême de l'année mil soixantedeux , et delà, étant allé dans ses terres , il laissa les légats dans le monastère de la cathédrale , dont Yulstan étoit prévôt.
Il les traita avec toute l'humanité et la libéralité possible, sans toutefois rien relâcher de sa régularité et de son austérité. Il passoit les nuits à chanter des psaumes avec de fréquentes génuflexions : trois jours de la semaine il ne prenoit aucune nourriture, et gardoit le silence ; les trois autres jours il mangeoit des choux ou des poireaux avec son pain , le dimanche du poisson , et bu voit du vin. Tous les jours, il nourrissoit trois pauvres, et leur lavoit les pieds. Les légats admirèrent cette manière de vie, et les instructions que Yulstan soutenoit d'un tel exemple. Etant donc retournés «î la cour , comme il fut question de choisir un évêque de Worchesler, ils proposèrent Yulstan, et, faisant connoitre son mérite, ils obtinrent aisément l'agrément du bon roi Edouard. Les deux archevêques Stigand de Canlorbéry et Aldred d'York, y consentirent , et ce qui détermina ce dernier, c'est qu'il rcgardoit Yulstan comme un homme simple , qui souffriroit les usurpations sur l'église de \\ orchesler, dont il prétendoit retenir les revenus.
On manda Yulstan en diligence; mais, quand il fut arrivé à la cour , la difficulté fut de lui faire accepter l'évêché. Il fallut que les légats y employassent toute l'autorité du pape. Un reclus, nommé Yulfin, qui vivoit en solitude depuis plus de quarante ans , aida à le déterminer , lui reprochant vivement son obstination et sa désobéissance (1). Le roi lui donna donc l'investiture de l'évêché de Worchesler ; et il fut sacré à York par l'archevêque Aldred, le dimanche huitième de septembre mil soixante-deux. Ilauroit dii être sacré par l'archevêque de Canlorbéry , dont il étoit sufFragant ; mais Stigand , qui remplissoit alors ce siège , avoit été interdit par le pape, pour l'avoir usurpé du vivant de Robert, son prédécesseur. Toutefois, ce fut à lui que Yulstan promit obéissance; et Aldred déclara qu'il ne prétendoit point que cette ordination lui donnât aucun droit sur le nouvel évêque.
Yulstan étoit alors âgé d'environ cinquante ans, né dans le comté de Warvick, de parents très-pieux , qui sur la fin de leurs jours embrassèrent l'un et l'autre la vie monastique.
(1) Vita ap. Bol. 19 jau. to. 2, p. 22<J.
Après leur mort, il s'attacha à Brithège, évêque de Worchesler, qui, touché de son mérite, l'ordonna prêtre encore jeune , et lui offrit une cure d'un bon revenu, prés de la ville ; mais Yulstan la refusa , et peu de temps après il embrassa la vie monastique dans la cathédrale de la même ville. 11 passa par les charges du monastère , fut maître des enfants , chantre et sacristain. Tous les jours , il disoit les sept psaumes , avec une génuflexion à chaque verset , et toutes les nuits il disoit de même le grand psaume cent dix-huitième , et se prosternoit sept fois le jour devant chacun des dix-huit autels de l'église.
On le fit enfin prévôt du monastère vers l'an mil quarante-six, et en cette place il prenoit soin non-seulement des moines , mais du peuple. Dès le matin, il se présentoit à la porte de l'église pour secourir les opprimés , ou baptiser les enfants des pauvres , car les prêtres avoient déjà introduit la mauvaise coutume de ne point baptiser gratis. Cette charité de Yulstan attira un grand concours de peuple des villes et de la campagne , des riches comme des pauvres; et il sembloit qu'il n'y eût point d'enfant bien baptisé sil ne fétoit de sa main, tant étoit grande l'opinion de sa sainteté. Yoyant aussi la corruption des mœurs que causoit le défaut d'instruction, il se mit à prêcher dans l'église tous les dimanches et les jours solennels. Un moine savant et éloquent lui en fit des reproches, comme d'une entreprise sur les fonctions épiscopales , mais il fut réduit à lui demander pardon. Tel étoit le prévôt Yulstan quand il fut ordonné évêque de Worchesler, dont il remplit le siège trentequatre ans.