‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1389 sur 2407 · LVI. Saint Edouard, roi d'Angleterre · texte numérisé non relu

LVI. Saint Edouard, roi d'Angleterre

Saint Edouard , qui régnoit en Angleterre depuis vingt ans, étoit fils du roi Ethelred et d Emme, sœur de Richard duc deNormandie( 1 ) . L'an mil treize, peu de temps après sa naissance, le roi, son père, l'envoya avec sa mère en Normandie, pour éviter la violence des Danois ; et il y demeura pendant le règne de Canut le grand , et de ses deux fils, Harold et Canut 11. Après leur mort , il fut rappelé en mil quarante-deux, par Godouin comte de Kent , qui avoit épousé la fille de Canut 1" , et qui donna sa sœur à Edouard ; mais il garda toute l'autorité. Car Edouard étoit un homme très-simple, et qui avoit plus de piété que de capacité pour le gouvernement ; mais on vit une protection particulière de Dieu sur lui , en ce que l'Angleterre fut tranquille pendant plus de vingt-trois ans qu'il régna , tant il étoit respecté des siens et craint des étrangers.

Dès la preuiière année de son règne , il se

laissa tellement prévenir par Godouin contre la reine , sa mère, qu'il lui ôta tous ses biens l'enferma dans un monastère , et l'obligea de se purger par le fer chaud du mauvais commerce dont on l'accusoit avec l'évêquede Winchester. La reine Emme soutint l'épreuve et marcha nu-pieds sur neuf contres de charrue ardents , sans se brûler. Le roi lui demanda pardon , reçut la discipline de la main des deux accusés , c'est-à-dire de l'évéque et de sa mère, et leur rendit ce qu'il leur avoit ôté. Il rédigea les lois qu'avoit publiées le roi Edgar, son aïeul, et que la domination des Danois avoit abolies. Elles comprenoient en substance ce que les rois plus anciens avoient ordonné, et contenoient plusieurs règlements sur les matières ecclésiastiques (Ij. Ces lois du roi Edouard furent fameuses et respectées dans toute la suite des temps.

Ce saint roi , voulant reconnoître la grâce que Dieu leur avoit faite de l'avoir rétabli sur le trône de ses pères, fit vœu d aller à Rome en pèlerinage, et prépara les frais du voyage et les offrandes qu'il devoit faire aux saints apôtres (2). Mais les seigneurs anglois, se souvenant des troubles passés , et craignant que son absence n'en causât de nouveaux, vu principalement qu'il n'avoit point d'enfants , le prièrent instamment d'abandonner ce dessein, offrant de satisfaire à Dieu pour son vœu , par des messes, des prières et des aumônes, (^omme le roi ne se rendoit point, on convint enfin d'envoyer de part et d'autre deux députésà Rome, savoir: Elred, évêque de Worchesler, et depuis archevêque de Canlorbéry , et Herman , évêque de Shireburne , avec deux abbés. Ces quatre députés dévoient exposer au pape le vœu du roi et l'opposition des seigneurs ; et le roi promit de s en tenir à la décision du pape.

C'étoit Léon IX , et quand les députés arrivèrent à Rome , ils trouvèrent qu'il tenoit un concile avec deux cent cinquante évêques , devant lesquels ils exposèrent le sujet de leur voyage; et le pape, de l'avis du concile, écrivit au roi Edouard une lettre portant en subslance : Puisqu'il est certain que Dieu est proche de tous ceux qui l'invoquent sincèrement en quelque lieu que ce soit , et que l'Angleterre seroit en péril par votre absence , nous vous absolvons, par l'autorité de Dieu et du concile , du péché que vous craignez d'encourir à cause de votre vœu ; et nous vous ordonnons pour pénitence de donner aux pauvres ce que vous aviez préparé pour la dépense de ce voyage , et de fonder un monastère en l'honneur de saint Pierre , soit que vous en bâtissiez un nouveau , soit que vous en répariez un ancien. Nous confirmons dés à présent toutes les donations et les privilèges que vous lui accorderez; et nous voulons

(I) Vita ap. Boll. 5 jan. t.t, p.230. Sup. liv. nx,n. U.

(t) To. 9,Conc. p. 1010. (2) Chartal. Eduardi, to.

9; Conc. p. 1189.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

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