‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1402 sur 2407 · VI. Chanoines réguliers · texte numérisé non relu

VI. Chanoines réguliers

Un écrit de Pierre Damien, adressé au pape Alexandre II, l'excita sans doute à faire cette ordonnance. Le but de cet écrit est de montrer que les chanoines ne doivent rien avoir en propre, et il le prouve principalement par 1 autorité de saint Augustin , dans les sermons de la vie commune, qui ont servi de fondement à la règle des chanoines (2), Car ce saint docteur y dit expressément qu'il ne veut garder dans la communauté des clercs qui vivent avec lui que ceux qui n'auront rien en propre. Les chanoines si* défendoient par leur régie, qui étoit celle d' Aix-la-Chapelle , dressée et approuvée en huit cent seize à la poursuite de l'empereur Louis le débonnaire. Car celte règle leur permet d'avoir des biens en propre, soit de leur patrimoine, soit desoblations, ou des autres revenus de l'Eglise (3). Mais Pierre Damien dit qu'il n'approuve cette règle qu'en tant qu'elle s'accorde avec les saints docteurs de l'Eglise, et que dans le reste il la rejette avec mépris. Il l'approuve en ce qu'elle dit que les clercs doivent se contenter de la nourriture et du vêtement; mais il la traite d'absurde , en ce qu'elle leur accorde de plus leur part des oblalions, et prétend qu'elle se contredit en leur donnant du superflu , après les avoir réduits au nécessaire.

Il remonte ensuite à l'origine de la vie commune , qui est l'exemple des chrétiens de Jérusalem , rapporté dans les Actes des Apôtres, et ajoute (4) qu'un clerc qui garde son bien ne suit pas le conseil de la perfection évangélique ; et que si après l'avoir quitté il veut profiter du bien de l'Eglise, ce n'est pas

mépriser les richesses, mais les chercher. H remarque les inconvénients de la propriété, qui rend les clercs désobéissants à leur évêque , soumis aux séculiers et moins propres au ministère de la parole. 11 conclut en exhortant le pape à réprimer cet abus.

Dès la fin du dixième siècle, plusieurs chapitres de cathédrales et plusieurs abbayes de chanoines avoient repris la vie cx)mmune par les soins de leurs év^H^ues , comme l'église du Puy, celle deTroyeset celle d'Apt, vers neuf cent quatre-vingt-dix; Màcon en mil dix (1); Angoulême en mil vingt-sept; Auch en mil quarante; Maguelone en mil cinquantequatre ; l'abbaye de Dorât en neuf cent quatrevingt-sept; Saint -Ambroise de Bourges en mil douze ; Sancère en mil vingt-cinq ; Epernay en mil trente-deux ; Saint-Sauveur de Melun en mil quarante-sept. Mais ces réformes n'étoient que suivant la règle d'Aixla-Chapelle. Depuis le concile de Rome, de l'an mil soixante-trois, on poussa la réforme des chanoines jusqu'à l'exclusion de toute propriété, les rendant en ce point conformes aux moines. Ceux qui embrassèrent cette réforme furent nommés chanoines religieux ou chanoines réguliers, et ce dernier nom leur est demeuré.

(1) Sup. lib. XI, n. 30.

Ci; Cîpii>c. xxiv. Sup. 1.

xxiv,n.40,41. Aug. Serm.

(3) Sup. lib. XLVI, n. 23.

Conc. Aquisgr. c. 115, 120; lo. 7, Couc p 138y.

(i) C. i. Aci. IV, 31, sa.

Luc. XII; 33.

Page 1