VII. Concile de Châlons
Hugues, abbé de Clugny, vint à ce concile de Rome, et se plaignit de la violence de Drogon, évêque de Màcon, qui, à la persuasion de ses domestiques, principalement de ses clercs, prétendoit établir sii juridiction sur le monastère de Clugny (2). Il y vint donc cette année mil soixante-trois, accompagné de gens armés, pour prêcher dans l'église de Sainl- Mayeul, se disant autorisé par le jugement d un concile. C'étoitapparemment celui d'Anse, tenu en mil vingt-cinq, qui avoit adjugé a Goslin, évêque de Màcon, le droit d'ordonner les moines de Clugny. L'éveque Drogon prétendoit donc maintenir sa juridiction sur ce monastère, non comme un droit nouveau, mais comme une ancienne possession ; toutefois il trouva une telle résistance, qu'il ne put entrer dans l'église.
Cette entreprise fut le sujet de la plainte que l'abbé Hugues forma devant le concile de Rome. Plusieurs en furent touchés , et témoignèrent s'intéresser pour la liberté d'un monastère si célèbre, et Pierre Damien, entre les aulres. alla jusqu'à s'offrir à faire pour ce sujet i^ voyage de Clugny , dans un âge fort avance- Ce n'est pas qu il n'eut grande répugnance a quitter sa chère solitude de Fontavellan<N "•'^'•; l'abbé Hugues lui promit qu'il seroit de retour
(1) Moulinet. Refl. i,
. p. ii-
I (i) Bibl.CIuniac.p. 509;
lom. 9,Conc. p. 17';'^ W, p. 85U. Sup. lib. ux»
au premier d'août ; et toutefois il ne put être en Italie qu'à la fin d'octobre. Il vint donc en France en qualité de légat du saint-siège, et assembla un concile à Chàlons-sur-Saône , où il corrigea plusieurs abus par l'autorité des canons, et jugea la cause du monastère deClugny, qui étoit le principal sujet de son voyage. On lut en présence de tout le concile la charte de la fondation du monastère , faite par Guillaume, duc d'Aquitaine, en neuf cent dix, qui ne laisse aucun droit sur cette maison à aucun homme ni à aucune église, excepté au pape seul (1). On lut aussi les privilèges des papes pour la protection et la liberté perpétuelle de ce monastère. On demanda à tous les évoques s'ils consentoient à l'exécution de ces privilèges, et ils déclarèrent qu'ils l'ordonnoient, non-seulement par une acclamation commune, mais chacun par un suffrage particulier, même l'éveque de Màcon comme les autres. Il avoit excommunié les moines de Clugny , mais sous condition , en cette forme : S'il y a dans ce monastère des personnes de ma juridiction qu'il me soit permis d'excommunier , je les excommunie. On prétendit toutefois qu'il avoit contrevenu aux privilèges des papes, qui défendoient, sous peine d'anathème, à quelqu'évêque que ce fût, de porter une sentence d'excommunication contre les moines de Clugny. Et quoique l'éveque de Màcon soutînt qu'il n'avoit point eu de connoissance de ces privilèges, le concile ne laissa pas de l'obliger à faire un serment sur les Evangiles, par lequel il disoit : Quand je vins à Clugny avec émotion , je ne le fis pas au mépris du saint-siége , ni du pape Alexandre, et je n'a vois pas une entière connoissance des privilèges qui viennent d'être lus. Après lui quatre clercs de son église firent le même serment ; mais le légat en dispensa deux autres, qui dévoient aussi le faire. Aussitôt l'éveque de Màcon se prosterna sur le pavé , demanda pardon , confessant qu'il avoit péché, et reçut une pénitence de sept jours, pendant lesquels il devoit jeûner au pain et à l'eau.
Le lendemain, à l'instante poursuite de ses clercs, il demanda qu'on lût aussi dans le concile le privilège accordé autrefois à son église par le pape Agapit. Mais on n'y trouva rien outre le droit commun de toutes les églises ; et tous les évêques du concile jugèrent qu'il n'y avoit point eu de raison de le lire, parce qu'il ne dérogeoit en rien aux privilèges du monastère, lus le jour précédent. Ainsi la liberté de Clugny fut confirmée , et le différent entre l'éveque de Màcon et l'abbé entièrement terminé.
VlU. Lettres d'Aleiandre IL
La légation de Pierre Damien s'étendoit par toute la France, comme il paroît par la lettre
(1) Sup. Ub. Liv, D. 45.
du pape Alexandre , adressée aux cinq archevêques Gervais de Reims, Richcr de Sens, Rarthélemy de Tours, Aymon de Rourges et Gosselin de Rordeaux (1). Le pape leur ordonne de recevoir Pierre comme lui-même , et d'obéir à ses jugements, sous peine d'encourir la disgrâce du saint-siége. Par une autre lettre à l'archevêque de Reims en particulier, il paroît que Iladéric , évêque d'Orléans, avoit été accusé de sim(mie au concile de Chàlons, et pour couvrir son crime avoit trompé Pierre Damien par un Taux serment. Ensuite il refusa d'obéir aux lettres par lesquelles le pape l'appeloit pour en rendre compte. C'est pourquoi le pape ordonna à l'archevêque de Sens de l'excommunier, et exhorta l'archevêque de Reims à l'aider dans cette affaire. Il le remercia en même temps d'avoir concouru à chasser du siège de Chartres un usurpateur intrus par simonie , et d'avoir conseillé au roi Philippe de mettre à sa place un digne sujet. Dans une autre lettre, il lui ordonne d'anatliématiser Renauld {^), qui avoit envahi par simonie Tabbaye de Sainl- Médard , et avoit été condamné en concile par Pierre Damien et par lui ; ce qui montre, ou que Gervais assista au concile de Màcon , ou que Pierre Damien en tint plusieurs pendant cette légation en France.
Vers le temps du concile de Rome , le pape Alexandre réunit les deux églises de Dioclée et d'Antibari en Epire. Dioclée étoit mélropol<' depuis environ deux cents ans; mais ayant été ruinée, les archevêques s'étoient retirés à Antibari , ville forte, dans la même province (3). Pierre remplissoit alors ce siège, et ce fut à sa prière que le pape fit cette réunion. 11 donne à l'archevêque autorité sur tous les monastères de Latins, de Grecs et de Sclaves, car la province étoit mêlée de ces trois nations. Il lui accorde le pallinm et le droit de faire porter la croix devant lui par toute la Dalmatie et l'Esclavonie. La bulle est datée du dix-huitième de mars, la seconde année du pontificat d'Alexandre, qui est Lan mil soixante- trois.