‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1406 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-LMEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-LMEME

(1) Lamb.

»2 Sup. I. lA, n. -46; lib.

Ml, Ep. 10. Ibid. Ep. 3.

parti de l'antipape. En cette lettre, il parle ainsi des deux puissances , la royale et la sacerdotale : Comme elles S4)nt unies en Jésus-Christ, Hles ont aussi un«* alliance mutuelle dans le pi'uple chrétien , chacune a besoin de l'autre ; Je sacerdoce est protégé par la royauté, et la royauté appuyée sur la sainteté du sacerdoce. Le roi porte lèpèe pour s'op|K)ser aux ennemis de l'Eglise, le pontife veille et prie pour rendre Dieu propice au roi et au peuple. L'un doit terminer par la justice les alTaires terrestres, l'autre doit nourrir les peuples afliuuès de la doctrine céleste ; l'un est établi pour réprimer les méchants par l'autorité des lois, l'autre a reçu les clefs pour user ou de la sévérité des canons, ou de l'indulgence de l'Eglise. Pierre Damien écrivit aussi sur ce sujet à Annon, archevêque de Cologne, dont il connoissoit le crédit auprès du roi , le priant de procurer au plus tôt la tenue d'un concile universel pour réprimer l'insolence de Cadaloûs et finir le schisme (1).

On sa voit , à la cour de Saxe , que les Romains étoient toujours mal contents de ce que le roi avoit voulu faire Cadaloûs pape sans les consulter , et ils sembloient disposes à se révolter pour ce sujet. C'est pourquoi la cour jugea à propos d'envoyer à Rome Annon , archevêque de Cologne. 11 quitta donc les affaires d'Allemagne, entra en Lonibardie, et, traversant la Toscane , se rendit promplement à Rome (2). Le pape le reçut humainement , et l'archevêque lui dit , avec douceur et modestie: Mon frère Alexandre, comment avez-vous reçu le pontificat sans l'ordre et le consentement du roi mon maître ? c^r les rois sont depuis long-temps en possession incontestable de ce droit; et, commençant par les patrices et les empereurs , il nomma ceux par l'ordre et leconsentement desquels plusieurs papes étoient entrés dans le saint-siège, mais l'archidiacre Hildrbrand , et les évêques cardinaux dirent à l'archevêque de Cologne : Soyez fermement persuadé que , selon les canons , les rois n'ont aucun droit à l'élection des papes , et ils rapportèrent plusieurs décrets des pères, entre autres celui de Nicolas II, souscrit de cent treize èvc^ues (3). Enfin , après plusieurs contestations , l'archevêque de Cologne demeura si bien convaincu , disent les Romains , qu'il n'avoit rien de raisonnable à leur opposer ; mais il pria le pape de vouloir bien célébrer un concile en Lombardie pour y montrer la juslice de son élection. Le pape prètendoit que cette proposition ètoit nouvelle et contrains à sa dignité : toutefois, considérant le malheur du temps, il convoqua le concile de Mantoue.

Il voulut que Pierre Damien y assistât (4) , et , pour cet effet , il lui ordonna de venir à Rome ; mais Pierre, déjà vieux , et attaché à

son désert de Fontavellane , s'en excusa , et promit seulement d'aller à Mantoue. Le temps marqué étant venu, le pape Alexandre s'y rendit avec les évêques et les cardinaux : tous les évêques de Lombardie s'y trouvèrent , hors Cadaloiis , quoique Tarchevêque de Cologne lui eût ordonné d'y venir. En ce concile , le pape Alexandre se purgea p«ir serment de la simonie dont il ètoit accusé, et prouva, par de si bonnes raisons , la validité de son élection , qu'il se réconcilia les évêques de Lombardie , qui lui avoient été opposés (1 : au contraire , Cadaloûs fut condamne tout d'une voix comme simoniaque.

11 ne se rendit pas néanmoins; mais, après que l'archevêque de Cologne fut parti , il vint à Rome une seconde fois en cachette, et, ayant gagné les capitaines et distribué de l'argent aux soldats, il entra de nuit dans la cité Léonine, et s'empara de l'église de Saint-Pierre 1 2). Le matin, le bruit s'en étant répandu dans Rome, le peuple accourut en foule à Saint-Pierre : ce qui épouvanta tellement les soldats qui étoient venus avec Cadaloûs, qu'ils l'abandonnèrent tous et se cachèrent dans des caves et d'autres lieux. Alors Cencius, fils du préfet, méchant homme, vint au secours de Cadaloiis, le reçut dans le château Saint-Ange, et lui promit par serment de le défendre. Il y demeura deux ans assiégé par les serviteurs du pape Alexandre, et n'en sortit qu'en se rachetant de Cencius moyennant trois cents livres d'argent. Il se retira, lui troisième, en cachette, parmi les pèlerins, pauvre et dépouillé de tout , et arriva au montBardon, puis au bourg de Baretle. Durant le peu de temps qu'il survécut, il continua toujours de se porter pour pape légitime sous le nom d'Jlonorius II, et de traiter Alexandre d'antipape, faisant des ordinations et envoyant ses décrets et ses lettres aux églises (3).

Hugues le blanc , qui avoit été fait cardinal par Léon IX , homme séditieux et double, s étoit allaché à Cadaloûs, et avoit souffert beaucoup de maux sous lui ; enfin il demanda pardon au pape Alexandre et l'obtint après une satisfaction convenable. Mais Henri, archevêque de Ravenne, persista au moins quelque temps dans le schisme; et étant excommunié , loin de demander l'absolution , il excommunioit les autres (4).

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