XXI. Réponse aux passages des pères
Bérenger. Par la consécration le pain et le vin deviennent le sacrement de la religion non pour cesser d'être ce qu'ils étoient , mais pour être ce qu'ils étoient et être changes en autre chose, comme dit saint Ambroisc au livre des sacrements. Lanfranc se récrie sur cette citation, et rapporte un autre passage de saint Ambroise, où il dit nettement que leucharistie n'est plus ce que la nature avoit formé, mais ce que la bénédiction a cx)nsacré (2). Puis, revenant au passage cité par Bérenger, il le rapporte tout entier, et montre que saint Ambroise compare le miracle de l'eucharistie avec la création, et dit : Si donc la parole du seigneur Jésus est assez puissante pour faire que ce qui n'étoit point ait commencé d'être , combien plus peut-elle faire que ce qui étoit subsiste, et soit changé en autre chose? A quoi il ajoute: Saint Ambroise témoigne que ce qui étoit subsiste, selon l'apparence visible, mais que, selon l'essence intérieure , il est changé dans la nature de ce qu'il n'étoit pas auparavanl. Et il remarque qu'en d'autres exemplaires on lisoit ainsi la fin de ce passage : Que ce qui étoit soit changé en autre chose.
Bérenger. Le sacrement de l'Eglise est compose de deux parties, Tune visible et l autre invisible, le signe et la chose. La chose est le corps de Jésus-Christ, qui seroit visible s'il étoit devant les yeux ; mais il est élevé au ciel et assis à la droite du père; et jusqu'au temps du rétablissement de toutes choses, comme dit saint Pierre, on ne pourra l'en faire descendre. Lanfranc (3). C'est aussi ce que nous soutenons, que le sacrifice de l'Eglise est composé de deux parties, de l'apparence visible des éléments et de la chair et du sang de Jésus-Christ, qui sont invisibles, du signe et de la chose signifiée, c'est-à-dire du corps de Jé-
(1) V. c. 20, T, 8. 2) De]VIysler.c.9,n.50.
Sup. I. xviii, n. 54. DeSa-
cram. lib. iv, c. i, n. 15.
Edit Beoedictin. V. notas.
(3) Act. m, SI.
sus-Christ , qui est mangé sur la terre, quoiqu'il demeure au ciel. Si vous demandez comment cela se peut faire , je réponds que c'est un mystère de foi, et qu'il est salutaire de le croire , et non pas utile de l'examiner.
Il répond ensuite à quelques passages de saint Augustin , et dit par occasion que le sang est versé du calice dans la bouche des fidèles : ce qui semble montrer que l'on communioit encore ordinairement sous les deux espèces (1). Quant au passage tiré de l'épltre à l'évêque Boniface , où saint Augustin dit que le sacrement du corps de Jésus-Christ est en quelque manière le corps de Jésus- Christ , Lanfranc répond que le corps de Jésus-Christ, invisible et couvert de la forme du pain, est le sacrement et le signe de ce même corps visible et palpable, tel qu'il fut immolé sur la croix , et que la célébration du sacrement est la représentation de ce premier sacrifice. Et pour montrer qu'il n'y a point d'inconvénient que la chair et le sang de Jésus-Christ , pris à un certain égard , soient les signes d'eux-mêmes pris selon un autre égard , il apporte l'exemple de Jésus-Christ, qui, lorsqu'il apparut aux disciples allant à Emmaus et feignit d'aller plus loin, étoit, selon saint Augustin, la figure de lui-même montant au ciel (2).
Bérenger. Saint Augustin, dans la même lettre à Boniface , dit que Jésus-Christ a été immolé une fois en lui-même, et que néanmoins il est immolé tous les jours en sacrement. Lanfranc. C'est-à-dire, que Jésus-Christ n'a é(é immolé qu une fois, montrant son corps à découvert sur la croix , lorsqu'il s'offrit à son père , étant passible et mortel. Mais , dans le sacrement que l'Eglise célèbre en mémoire de cette action, sa chair est tous les jours immolée, partagée , mangée, et son sang passe du calice dans la bouche des fidèles; l'un et l'autre véritable, l'un et l'autre tiré de la vierge.
Bérenger disoit que l'église romaine étoit l'assemblée des méchants , et que le siège apostolique étoit le siège de Satan (3). Lanfranc répond que jamais aucun hérétique, schismatique ou mauvais chrétien , n'a encore parlé de la sorte , et qu'ils ont tous rc»specté le siège de saint Pierre.
Bérenger (4). Qui peut comprendre par la raison , ou convenir qu'il se puisse faire par miracle, que le pain soit rompu dans le corps de Jésus-Christ, qui, depuis sa résurrection , est absolument incorruptible et demeure au ciel jusqu'à la fin du monde? Lanfranc. Le juste, qui vit de la foi, n'examine point et ne cherche point à concevoir par la raison comment le pain devient chair et le vin sang, changeant l'un et lautre essentiellement de nature. 11 aime mieux croire les mystères célestes, pour
Wî
Cl) c. 13, 15, U Epist.
•8, al. 23, n. 9. V. Perron.
pass. c. 3.
(i) Luc. XXIV, 13, 28.
Aug. Conc. Mend. c. 13. n.
obtenir un jour la récompense de la foi , que de travailler en vain pour comprendre ce qui est incompréhensible. Mais c'est le propre des hérétiques de se moquer de la foi des simples et vouloir tout comprendre par la raison. Au reste , quand nous croyons que Jésus-Christ est mangé sur la terre véritablement et utilement pour ceux qui le reçoivent dignement nous ne laissons pas de croire très-certaine^ ment qu'il est entier et incorruptible dans le ciel (1 ). Il apporte ensuite l'autorité du concile d'Ephèse et de saint Cyrille d'Alexandrie.