XXXIX. Charles nommé à I évéclié de Constance
En Allemagne , Ruraold , évêque de Constance, étant mort dès la fin de l'an mil soixante-neuf, le roi Henri lui donna pour successeur Charles, chanoine de Magdebourg, qui d'abord fut bien reçu par le clergé de Constance ; mais dans la suite, comme avant même que d'être sacré, il j-ouvernoit par caprice plutôt que par raison , son clergé irrité se sépara de sa communion , sur ce que l'on disoit qu*il avoit obtenu l'évêché par simonie ,*,et détourné furtivement la plus grande partie des trésors de l'Eglise. Ces accusations ayant été portées à Rome , où Sigefroy , archevêque de iVIayence, étoit alors, le pape lui défendit de vive voix de sacrer Charles évêque de Constance, jusqu'à ce qu'il fût justifié (1). Et comme Charles faisoit de grandes instances auprès du pape pour être sacré, et que le clergé de Constance continuoit de s'y opposer vivement, le papa réitéra par écrit la défense à l'archevêque de passer outre , et lui ordonna d'assembler un concile , où il invileroit l'archevêque de Cologne pour examiner et terminer cette affaire. L'archevêque de M ayencc obéit, et s'attira par-là l'indignation du roi, qui vouloit soutenir l'évêque Charles, qu'il avoit choisi. Il envoya souvent à l'archevêque des ordres de le sacrer, il empêcha la tenue du concile, par le commandement qu'il fit aux évéques de le suivre à la guerre, et il voulut envoyer Charles à Rome, pour le faire sacrer par le pape. L'archevêque de Mayence écrivit au pape de n'en rien faire, pour ne pas donner au roi sujet de croire qu'il n'avoit refusé de le sacrer que par animosité. Mais, ajoutoit-il, si vous le trouvez innocent , renvoyez-le-moi pour le sacrer selon les canons.
En effet, l'archevêque tint pour cette'affaire un concile à Mayence le quinzième d'août mil soixante-onze, qui étoit la douzième année de son pontificat (2). Avec lui assistèrent deux archevêques, Gèbehard de Juvave ou Saltzbourg, et U don de Trêves, et neuf autres évéques, savoir : ceux deWirtzbourg, d'Eicstet, d'Augsbourg, de Bamberg, de Strasbourg, de Spire , d'Osnabruc , de Sion et de Modène : c'étoient douze évéques en tout. Il y avoit des députés chargés des excuses des suffragants de Mayence, qui étoient absents. Le premier jour du concile fut la fête de la dormition de la Sainte-Vierge , comme portent les actes, où, à cause de la solennité du jour, on ne fit qu'entamer la matière avant la célébration de l'office. Le lendemain, chaque évêque proposa les difficultés qu'il trouvoit dans son diocèse , et
(1) Slip, LX, n. 29 < h (2) G. 2i.
Cass.lll,c.l6,t7,elc.i. (3; C. «ô.
(1) Cas.
(4) Gaufr. de Malater.
Ilb. II, c. 45.
(5) Clir. Gass.c. 30, 31.
(1) Lambert. 1 069. Epist.
Sigefr. to. 0, Gonc. p. 1205.
Lamb. 1701.
(2) To 9, p. laOfl.
HISTOIRE DU CHRIST] AMSME
on termina plusieurs affaires particulières. On commenra aussi à examiner celle de l'évèque de Constance, mais le roi la lit remellre au lendemain ; car il éloil à Mayence, et cnvoyoit des messa^resaux évèques pour'les intimider cl empêcher le jugement de cette affaire. C est ce qui lit que les deux premières séances se passèrent sans rien conclure. Le troisième jour, les évèques allèrent trouver le roi, et lui représentèrent avec zèle linlérél qu'il avoit luimême de faire observer les canons pour le salut de son àme et pour la paix de l'Eglise et de l'état. 11 les écouta plus tranquillement que ne promettoit son naturel violent et son âge, car il n'avoit que vingt ans. 11 soutint qu'il avoit donné gratuitement à Charles l'évéché de Constance, et n'avoit fait avec lui aucune convention. 31ais, ajouta-t-il , si quelqu'un de mes domestiques a lait avec lui quelque traité pour le servir en cette rencontre, ce n'est pas a moi de l'en accuser ou de l'en justifier : c'est son affaire. Après avoir ainsi parlé aux évèques, il vint avec eux au concile, et on y lit entrer Charles et les clercs de Constance. Leur chef présenta un libelle contenant les causes d'opposition au sacre de Chi.rles, savoir la simonie et la déprédation des biens del'Eglise; ils présentèrent aussi les noms et les qualités des témoins, par lesquels ils offroient de prouver chacun des chefs d'accusation.
Charles proposoil contre eux divers reproches, et prolestoit de son innocence; le roi prenoit son parti et s'efforçoit de le justifier, ou du moinsd'affoiblir l'accusation pardesdiscoursartificieux. Et quand les accusateurs vouloient insister et s'élever avec force, il employoitl'au tonte pour les retenir. On disputa si long-temps sur le nombre et la qualité des accusateurs et des témoins, et sur les reproches de l'accusé, que la séance dura bien avant dans la nuit, et on fut obligé de la terminer sans rien conclure. ^lais le lendemain Charles, qui pendant la nuit avoit lait de sérieuses réflexions, remit l'anneau et le bâton pastoral entre les mains du roi, disant que, selon les décrets du pape Célestin, il nevouloit point être évèquc de ceux qui ne vouloient point de lui. Les pères du concile rendirent grâces à Dieu de les avoir tirés de cet embarras d'une manière si peu attendue, ils ordonnèrent que les actes de ce coîîcile seroient gardés dans les archives de r(;5'lisede ]Mayence, et que l'on en rendroil compte au pape pour lui en demander la confirmation. Charles étant retourné dans le diocèse de Magdebourg, d'où il avoit été tiré, y mourut quatre mois après (1 ).