‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1447 sur 2407 · XLIX. Suénon, roi de Danemarck · texte numérisé non relu

XLIX. Suénon, roi de Danemarck

Le roi de Danemarck 5 dont Adam avoit

[An de J.-C.l07i.

appris tant de faits importants (1), éloit Suenon, surnommé d'Estrithe, à cause de sa mère, sœur de Canut le grand. Il commença a régner vers Fan mil quarante-huit, el, peu de temps après le siège de Roschild ayant vaque, on y mit Guillaume, Anglois de naissance, qui avoit été secrétaire et chapelain du même Canut, et qui avoit la capacité et la vertu nécessaire pour l'épiscopat (2). Le pays de Schonen, qui jusque-là avoit été du diocèse de Roschild, commença du temps de ce prélat a avoir des évêchés, et on en établit deux en deux villes fort proches, Lundon et Dalbi. IMais Henri, évêque de Halbi, étant mort a force de boire, Egin, évêque de Lundon, réunit en lui toute Fautoritè, et la mort honteuse du prélat causa la suppression du siège. Sous ce règne, furent aussi érigés deux évêchés dans le iNord-.îutland, savoir , Wibourg et Rurglave, depuis transféré à Albor (3). Suénon aiïermit beaucoup la religion dans son royaume, par sa libéralité à orner et à bàtir les églises, et son alTection pour les ecclésiastiques savants et vertueux , mais il déshonora ses vertus par son incontinence. On compte jusqu'à onze tils et une fille qu'il eut de diverses concubines, et pas un enfant légitime. Car, ayant voulu enlin se marier, il ejKmsa Gulhe, sa parente, fille du roi de Suéde. Les deux évêques , Egin et (;uillaume, l'en reprirent avec fermeté, et firent tous leurs ellorts pour l'obliger à rompre ce mariage ; mais, voyant qu'ils n y gagnoient rien , ils portèrent leurs plaintes à Farchevêque de Rrême, oui pressa le roi de se séparer de la princesse. Le roi irrité menaça Fanhevêque de lui faire la guerre, en sorte que le prélat , ne se croyant pas en sûreté à Hambourg , .-e retira à Rrême. Enfin Févêque Guillaume fit comprendre au roi Finjustice de son ressentiment, et lui persuada d'obéir aux lois de l'Eglise. Il renvoya donciluthe, (lui, étant retournée chez son père, prit l'babit de veuve, et passa le reste de sa vie dans la continence, s'occupant à faire des ornements pour les églises.

L'autorité de l'évêque Guillaume sur le roi parut prini ipalementen cette occasion (4). Dans un festin que le roi donna aux grands , il découvrit que quelques-uns d entre eux avoient mal parlé de lui en secret , et en fut tellement irrité qu'il les fit tuer le lendemain matin, jour de la Circoncision, dans l'église cathédrale, dédiée à la trinité. L'évêque Guillaume ne témoigna à personne la douleur qu il sentoit de ce sacrilège, et se prépara à ofticier nontificalement. lAIais, quand on l'avertit que le roi venoit à l'église, il n'alla point le recevoir et , quand il voulut entrer, il l'arrêta avec sa crosse, dont il lui appuya la pointe contre reslomac, le traitant de bourreau , qui yenoU de répandre du sang humain. Enfin il le déclara excommunié.

(1) Saxo. Grain. liv. M. (3) Pontan. p. m.

(2) Pontan. lib.v, p. 180. U) Saxo. lib. xi, p. m-

An Je J.-C. 1072.]

LIYRE SOIXANTE UNIÈME.

Les gardes du roi environnèrent le prélat Fépée à la main , le voulant tuer ; mais le roi les en empêcha , et , reconnoissant sa faute , retourna à son palais , où il ôta ses ornements royaux et prit un habit de pénitent. Cependant i'évcHiue fit commencer la messe, et, comme il alloit chanter Gloria in ejccelsis , on lui dit que le roi étoit à la porte en posture de suppliant. Il fil cesser le chant, et, s'étant avancé, il demanda au roi pourquoi il s'étoit mis en cet état. Le roi, prosterné, confessa son crime et en demanda pardon , promettant de réparer le scandale qu'il avoit donné, et FévtHiue leva aussitôt l'excommunication , releva le roi en l'embrassant, essuya ses larmes, et lui ordonna d'aller reprendre son habit royal. Après lui avoir imposé la pénitence, il fit avancer le clergé pour le recevoir en chantant , et l'amena jusqu'à l'autel, où il continua la messe. Le peuple témoigna sa joie par de grands applaudissements.

Le troisième jour après, le roi vint encore a l'eglise en habit royal, et pendant la messe il monta a la tribune , et , ayant fait faire silence par un héraut, il confessa publiquement la grandeur de sa faute et du scandale qu'il avoit donné. Il loua lindulgence de Févêque, et déclara que, pour réparation du crime commis par son ordre, il donnoit à l'église moitié de la province de Steffen. Depuis ce temps le roi honora et aima Févê(iue de plus en plus, et ils vécurent toujours dans une parfaite union.

LL Concile d'Angleterre.

Le pape Alexandre avoit renvoyé au concile d Angleterre la connoissance du différent entre les deux archevêques de Cantorbéry et d'York ce qui fut ainsi exécuté (1). A PAques de cette année mil soixante-douze, le roi Guillaume tint sa cour à Winchester, où se trouvèrent quinze évêques , plusieurs abbés et plusieurs seigneurs , avec Hubert , lecteur de l'église romaine et légat du pape. Ils s'assemblèrent en concile dans la chapelle du roi , qui étoit présent, et qui les conjura, par la foi qu'ils lui avoient jurée , d'écouler cette affaire avec une grande application, et de la juger sans favoriser les parties. Ils promirent Fun et l'autre On apporta l'histoire ecclésiastique de 13ède, et on en lut des passages, par lesquels iî narut que depuis saint Augustin , premier évêque de Cantorbéry, jusqu'à la fin de la vie de Bède, qui est un espace d'environ cent quarante ans

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