LIVRE SOIXAÎNiTE-UNlÈME
les pays depuis les confins de levêchede Licefeld et du grand lleuve d'Humber , jusqu a l'extrémité de lEcosse, et tout ce qui appartient de droit au diocèse d'York , de ce côte-la du fleuve. Enfin farchevêque de Cantorbéry peut assembler un concile partout ou il lui plaira, et l'archevêque d'York sera tenu de s'y trouver avec tous les évêques qui lui sont soumis , et d'obéir à ses ordonnances canoniques. . .
Lanfranc a prouvé par l'ancienne coutume que l'archevêque d'York doit faire sa soumission avec serment à l'archevêque de Cantorbéry ; mais, pour l'amour du roi , il a remis le serment à l'archevêque Thomas, et s est contenté de recevoir sa soumission par écrit sans porter préjudice à ses successeurs, s ils veulent exiger le serment des successeurs de Thomas. Si farchevêque de Cantorbéry vient à mourir, l'aiTlievêque d'York viendra a Cantorbéry, et avec les autres évêques de cette étatise il sacrera comme son primat celui qui sera éîu. Mais, si l'archevêque d'York décède, celui
qui sera élu pour lui succéder, ayant reçu du roi le don de l'archevêché, viendra à Cantorbéry, ou en tel lieu qu'il plaira à l'archevêque, et recevra de lui f ordination canonique. Ce décret fut souscrit par le roi Guillaume, la reine Mathilde, son épouse, Hubert, légat du pape l'archevêque Lanfranc , Guillaume, evêque de Londres , saint Yulstan de Rochester, neuf autres d'Angleterre , et deux de Normandie, qui avoient suivi le roi, savoir, Odon de Rayeux, son frère utérin, comte de Kent, et Geoffroy de Coutance, en qualité de seigneur en Angleterre. C'étoient quinze évêques en tout. Ensuite souscrivirent onze abbés. LarclievêKjuc Thomas donna sa déclaration séparément, conforme au décret du concile. On envoya des copies de ce décret aux principales églises d'An gleterre, et Lanfranc en envoya une au pape , avec une lettre contenant la relation de ce qui s'étoit passé au cimcile, le priant de lui envoyer un privilège, c'est-à-dire une bulle, pour la conlirmalion de son droit. Il envoya en même temps son écrit contre Rèrenger, que le pape lui avoit demandé.
Lanfranc écrivit aussi à l'archidiacre Hildebrand, qui avoit à Rome la plus grande autorité après le pape, le priant de lire la lettro qu'il envoyoit au pape, afin de voir ce que le pape lui devoit accorder (!). Hildebrand lui répondit : Nous avons été affligé de ne pouvoir satisfaire vos députés, en vous envoyant, quoiqu'absent , un privilège comme ils le demandoient , et vous ne le devez pas trouver mauvais; car si nous avions vu que de notre temps on f eut accordé à quelqu'archevêque absent, nous vous aurions volontiers rendu cet honneur sans vous fatiguer. C'est pourquoi il nous paroit nécessaire que vous veniez à Rome, tant pour ce sujet que pour délibérer avec nous plus efficacement sur tout le reste.
LU. Lettre de Lanfranc au pape.
Nous avons deux autres lettres de LanfraiK au pape Alexandre. Dans la première , il Im représente la manière dont il a été eleve malgré lui sur le siège de Cantorbéry ; puis H ajoute (2) : J'y souffre tous les jours en moimême tant de peines, d'ennuis et de déchet du bien de mon àme, je vois, j'entends , je sens continuellement dans les autres tant de troubles, d'afllictions, de pertes, d'cndurciss(^menl, de passion, d'impureté, une telle décadenee de l'Eglise, que la vie m'est à charge, et je gémis d'être venu jusqu'à ce temps. Car ce que f on voit à présent est mauvais, mais on eu prévoit des suites bien plus mauvaises pour l'avenir. Je vous conjure donc, au nom de Hu'U.
(t) xn,Kp. 15.Sup.lil). U) To. 0,p. 1211 XXWI, U. 37.
que, comme vous m'avez impose ce lardcau par votre autorité, à laquelle il ne m a pas eit
ri) Vila Lanfr n.28,2\>. (2) El»i=it- !• ^"P* "' ^''* Lanfr. Kpist. 5, 0.
permis de résister , vous m'en déchargiez par la même autorité, et me permettiez de retourner à la vie monastique, que j'aime sur toutes choses. Vous ne devez pas refuser une demande si juste et si nécessaire. Et ensuite : Si vous croyez la devoir refuser pour l'utilité des autres, vous devez craindre qu'en pensant mériter devant Dieu, vous ne vous rendiez coupable. Car je ne fais en ce pays aucun profit aux ûmcs, ou il est si petit qu'il n'est pas comparable à la perte que je souffre. 11 conclut en priant le pape de prier pour la longue vie du roi d'Angleterre. Car, ajoute-t-il, de son vivant nous avons quelque sorte de paix; mais, après sa mort, nous n'espérons ni paix ni au- (iin bien. Lanfranc n'obtint pas la liberté qu'il dèsiroit, et il demeura archevêque toute sa vie. Dans fautre, il consulte le pape au sujet de doux évêques d'Angleterre (1). HermandeWinchester avoit déjà quitté autrefois l'épiscopat pour embrasser la vie monastique, et le vouloit quitter encore, parce qu'étant accablé de vieillesse et de maladie, il ne cherchoit qu'à se préparer à la mort ; ce que Lanfranc jugeoit raisonnable. L'autre étoit l'évêque de Lichfeld, qu'il ne nomme pas, qui, étant accusé devant les légats du pape de concubinage public et d'autres crimes, ne vint point au concile où il étoit appelé, et fut excommunié. Ensuite il vint trouver le roi, tenant sa cour à la fête de PAques, et, dans l'assemblée des évêques et des seigneurs, lui remit l'évôchè, et se relira dans un monastère, où il avoit été élevé dès l'enfance. Lanfranc déclare quêtant peu instruit des affaires d'Angleterre, il n'ose sacrer un évêque à la place de c(»lui-ci, jusqu'à ce qu'il ait reçu l'ordre du pape.
LUI. Moines aux cathédrales d'Angleterre.
Enffn, Lanfranc obtint du pape Alexandre II la conservation des moines dans les cathédrales d'Angleterre, llsy étoient, comme nous avons vu, dès la fondation de ces églises ; mais les clercs séculiers en étoient jaloux, et ils voulurent profiter du changement de domination, pour entrer en leur place, par l'autorité du nouveau roi. Car il avoit tiré d'entre le clergé presque tous les évêques qu'il avoit mis en Angleterre. Les clercs se tenoient si assurés de réussir, queVauquelme, évêque de Winchester, avoit déjà rassc^mblé près de quarante clercs qu'il tenoit tout prêts avec la tonsure et f habit de chanoines. 11 ne restoit qu'à obtenir le consentement de Lanfranc, qu'il croyoït facile ; mais il y fut bien trompé. Car Lanfranc, ayant appris ie dessein de l'évêque, en eut horreur, et déclara que de son vivant on ne f exécuteroit jamais. On fit de plus grands efforts pour chasser les moines de Saint-Sauveur de Cantorbéry, qui étoit l'église primaliale , car on
(1) Epist.2.
alléguoit la dignité de cette église, qui avoit l'inspection sur toutes les autres, et plusieurs fonctions plus convenables à des clercs qu'à des moines. Lanfranc s'y opposa vigoureusement, nonobstant faulorilè du roi et le consentement des seigneurs ; et, craignant qu'après sa mort on ne fit ce changement, qu'il espéroit bien empêcher pendant sa vie, il fit confirmer l'ancienne possession des moines par fautorité du pape.
Nous avons la constitution du pape Alexandre sur ce sujet ; elle est adressée à Lanfranc ; mais le pape ne marque point qu'elle soit donnée à sa prière (1). Il dit seulement avoir appris que quelques clercs, avec le secours de la puissance séculière, veulent chasser les moines de Saint-Sauveur de Cantorbéry pour y mettre des clercs , et faire le même changement dans toutes les cathédrales d'Angleterre. Il rapporte ensuite l'extrait de la lettre de saint Grégoire , par laquelle il ordonne à saint Augustin d'établir des moines en sa cathédrale, et de la lettre de Boni face V, qui confirmoit cette constitution (2). Le pape Alexandre la confirme aussi sous peine d'anathème, et les moines sont demeurés dans les cathédrales d'Angleterre jusqu'au schisme de Henri YIII.