VIII. Le pape travaillée pacifier rAllemagne
Le pape Grégoire témoignoit toujours une grande affection pour Henri, roi d'Allemagne et un grand désir de le voir revenu de ses désordres, et bien uni avec l'église romaine. On le voit par ses lettres à Rodolphe, duc de Souabe à Raynald, èvèquede Come, directeur d(; l'impératrice Agnès , et à Rrunon, évèque de Vérone. Enfin, ayant appris que toute la Saxe étoit révoltée contre le roi , il écrivit à Vocelinou Vézel, archevêque de Magdebourg, à Bourchard ou Rucco, èvêque d'iialberstat, au marquis Dédi et aux autres seigneurs de Saxe pour les exhorter à une suspension d'armes ,' comme il y avoit exhorté le roi , jusqu'à ce qu il envoyât des nonces en Allemagne pour prendre connoissance des causes de cette division et y rétablir la paix ^2). Le pape promet dans cette lettre de faire justice à ceux qui se trouveront lésés , sans crainte ni égard pour personne.
Mais, avant que d'envoyer en Allemagne , il résolut de tenir un concile à Rome la première semaine de carême; et il y invita les évêques et les abbés de Lombardie par deux lettres, l'une
(1) Ap. Mabill. Praef. 2, (2) Ep. 19, 20. 24. 39 V S«c. 6, n. 84. Laml>. an. 1073.
Le concile se tint en effet la première semaine de carême , comme il paroît par trois lettres du quatorze de mars mil soixante-quatorze. Il fut ordonné que ceux qui seroient entrés dans les ordres sacrés par simonie seroient à l'avenir privés de toute fonction ; que ceux qui avoient donné de l'argent pour obtenir des églises les perdroient ; que ceux qui vivoient dans le concubinage ne pourroient célébrer la messe ou servir à l'autel pour les fonctions inférieures, autrement , que le peuple n'assisteroit point à leurs offices. C'est ainsi que le pape lui-même marque le précis de ce qui fut réglé en ce concile dans une lettre à Olhon, èvêque de Constance (2).
En ce même concile, le papeGrégoire excommunia RobertGuichard, duc de Fouille, de Calabre et de Sicile , avec tous ses adhérants , parce que ce prince étoit entré dans la Campanie, et avoit pris quelques terres d(» l'Eglise (3), ce qui avoit obligé le pape d'y aller l'été précédent et faire du séjour à Capoue , pour diviser les princes normands et s'opposer à leur progrès.
On régla aussi en ce concile plusieurs affaires particulières de France (4). On y lut entre autres des lettres de Guillaume, èvêque de Reauvais, par lesquelles il prioit le pape d'absoudre son clergé et son peuple de l'excommunication qu'ils avoient encourue ixmr les mauvais traitements qu'ils lui avoient faits : ce qui lui fut accordé. Il s'y trouva des èviHjues d'Espagne, qui, suivant l'ordonnance du concile, promirent par écrit de recevoir l'oflice romain au lieu de celui de Tolède, c'est-à-dire du mosarabique. On confirma aussi l'excommunication prononcée l'année précédente par les légats Giraud , èvêque d'Ostie , et Raimbaud , contre Munion , simoniaque, qui avoit usurpe le siège d'Huesca sur Siméon, èv(>que légitime; comme il paroît par la lettre du pape à Alphonse, roi de Castille, et à Sanche, roi d'Aragon, en date du dixième de mars mil soixante-quatorze. On reçut en ce concile des lettres de Geisa , duc de Hongrie , à qui le pape promit son amitié et sa protection , lui indiquant le marquis Azon comme celui qu'il chérissoit le plus entre les princes d'Italie, afin que Geisa s'adressât à lui quand il auroit quelqu'affairc à poursuivre devant le saint-siège (5).