‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1472 sur 2407 · XIII. Lettre du pape pour l'Allemagne · texte numérisé non relu

XIII. Lettre du pape pour l'Allemagne

Le pape, ayant appris le peu de succès de sa légation en Allemagne , écrivit à l'archevêque de Mayence en ces termes : Nous croyons que vous vous souvenez combien vous nous avez aimé sincèrement avant que nous fussions chargé de cette administration, et avec quelle confiance vous preniez notre conseil sur vos affaires les plus secrètes ; nous avions encore plus d'espérance en votre piété depuis que vous avez voulu vous retireràClugny(2).Mais nous avons appris que vous n'avez pas rempli nos espérances, et nous manquerions à l'amitié si nous négligions de vous en avertir. C'est pourquoi nous vous admonestons de venir si vous pouvez au concile que nous célébrerons, Dieu aidant , la première semaine de carême , et d'y venir avec vos suffragants, savoir :Othon de Constance , Garnier de Strasbourg , Henri de Spire, Herman de Ramberg, Imbric d'Augsbourg, Adalbert de Wirtzbourg. Que si vous ne pouvez venir, vous nous enverrez des députés suffisants. Au reste , ne cédez ni aux prières nia la faveur, pour ne pas vous informer trèsexactement de l'entrée des évêques dans l'é-

« (1) Vita ap. Tegnag. (2) Lib. ir, Ep. 29. Sup. P- ^0. liv. LXI, D. 56.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

TOScopat et de leur «onduitc , et nous en instruire par vos députés. Et ne vous étonnez pas que nous en punissions un plus grand nombre de votre province que des autres , elle est plus ^ande , et il y a quelques évèques 4ont la réputation n'est pas louable.

Il écrivit plus fortement à Liémar, archevêque de Brème. Il l'accusa d'ingratitude , et d avmr trompé la confiance qu'il avoit en lui , fomme devant être un ferme défenseur de l'église romaine (1). Au contraire , dit-il , vous vous êtes opposé à nos légats, Albert de Preneste et Giraud d'Ostie; vous avez cmpêeiic tfue l'on ne tînt un concile , et n'êtes point venu à Rome au jour où ils vous avoient cité, c'est-à-dire à la Saint- André. Nous vous ordonnons donc de venir au prochain concile, et cependant nous vous suspendons de toute fonction épiscopale. Ces deux lettres sont du quatrième de décembre mil soixante-quatorze.

Le pape écrivit du même style à Olhon, évêque de Constance. Après avoir fait, dit-il , un décret contre la simonie et contre l'mconlinence des clercs , nous l'avons envoyé à l'archevêque de Mayence , qui a un grand nombre de sufîragants , et fort dispersés , afin qu il le proposât pour être inviolablement observe (2). Par la même raison de la grande étendue de votre diocèse , nous vous avons adressé ce décret par des lettres particulières. Le pape prouve ensuite que les clercs sont obligés a la continence, insistant principalement sur l'autorité de saint Léon et desamt Grégmre qui défendent le mariage même aux sous-diacres.Puis il aioule : Nous avons appris que contre ce décret vous avez permis aux clercs qui sont dans les ordres sacrés de garder leurs concubmes ou d'en prendre, s'ils n'en ont pas encore (3). C'est pourquoi bous vous ordonnons de vous présenter au concile que nous tiendrons la première semaine de carême. Il écrivit en même temps au clergé et au peuple de Constance pour leur défendre de ne plus rendre aucuue obéissance à leur évêque, s il pcrsistoit dans son opiniâtreté et sa désobéissance au

^int-siége. . . i - . i

Il écrivit de même en gênerai a tous les clercs et les laïques d'Allemagne, de ne plus xeconnoitre les évèques qui permettoient a leur clerffé d avoir des concubines , et en particulier à Rodolphe , duc de Souabe , et a BertLw^ducde Carinthie. Etant persuade du «èle de ces deux seigneurs pour 1 Eglise , i k«r représente que les évèques ne cherchent a»ela gloire et les plaisirs du siècle, et enlraine«t le peuple dans le péché par leiir mauvais exemple (4). Et ils ne pèchent pas ajoutet-il par ignorance, mais par obstination. Ils

[Ande J.-C.IWi.

(1) Ep. 28.

^) ViU 4iwg. c. i, el Chr. Verdun, p. «10.

(3) Léo Ep. 2, a . 02.

Ad Rustic Kp. 12, »«• ^'

Anast.Sup.l.xxxvi, 11.53.

Greg. Uv.i.Ep. 42,111, Ep.

iî.Sup. 1. XXXVI, n. 38.

{i) Lib. H, Ep. 45.

savent que ceux qui sont entrés dans les ordres par simonie n'en doivent exercer aucune fonction, et que ceux qui vivent dans l'incontinence ne doivent ui célébrer la messe ni servir à l'autel. Et bien que depuis le temps du pape Léon , c'est Léon IX , l'église rooîaine les ait souvent avertis dans les œnciles par ses légats et par ses lettres, d'observer ce$ anciennes règles , ils demeurent en<»re désobéissants , excepté un trcs-p^Hit nombre , sans se mettre en ptiine d arrêter ni de punir cette détestable coutume.

Puis donc qu'ils méprisent les ordres du saint-siège, nous sommes obligé d'employer contre eux toutes sortes d'autres moyt^s; car il nous paraît beaucoup meilleur de ramener la iustiœ de Dieu, n>ême par de nouvelles voies, que de laisser périr les i\mes avec les lois. C est pourquoi nous nous adressons maintenant à vous et à tous ceux en qui nous avons confiance, comme nous étant fidèles et dévoués, vous priant et vous admonestant par 1 autorité apostolique que , quoi que puissent dire les év^ues, vous ne reciîviez point l'office de ceux que vous saurez avoir été promus par simonie ou vivre dans l'incontinence, et que vous les empêchiez , autant qu'il vous sera possible, de servir aux saints mystères , tant à la cour que dans les diètes du royaume et dans les autres lieux , usant pour cet effet de persuasion et même de force, s'il est besoin. Que si quelques-uns en murmurent, comme si vous excédiez votre pouvoir, répondez - leur qw c'est par notre ordre, et les renvoyez en dispute avec nous. Celte lettre est du oiiwe^ne de janvier mil soixante-quinze, et, ce qu'elle a de plus remarquable , c'est que le pape reconftotl la nouveauté de ce moyen , de faire observer les canons par la force du bras séculier ; mais il le croyoit nécessaire en ces temps malheureux.

Dés le septième de décembre mu soixantequatorze, il avoit écrit deux lettres au roi Henri. Dans la première, il le loue du bon accueil qu'il a fait à ses légats, et de la ferme résolution qu'il a témoignét» d extir|)er de s<mi royaume la simonie et l'inamtinence des clercs (1). Nous avons senti une grande joie, aioute-t-il , de ce que la comtesse Béalrix et sa fille Mathilde nous ont écrit de votre sincère amitié, et c'est par leur conseil et par la persuasion de l'impératrice , votre raère , que nous vous écrivons cette leftire. C'e^ pourquoi nous faisions mémoire àe vious à la meese sur le corps des ap^Hres , priant Dieu de voos affermir dans ces hoimes résolutions. Il l'exhorte ensuite à premlre («onseil des personnes d^'Sintéressées , et qui ne cherchent que son salut. Enfin il le prie de faire venir au concile de Rome les évèques de la province de Mayence qu'il y avoit appelés.

An (loJ.-C. 1074 j LIVRE SOIXAJVTE-DEUXIÈME.

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