LIVRE SOIXANTE^DEUXIEME
osoit-on sortir de sa maison et entrer chez son voisin pour quelque nécessité de la vie. Cencius, averti par ses espions, vint à l'éj^lise avec une troupe de gens armés et revêtus de cuirasses , ayant des chevaux prêts pour s'enfuir avec ses complices en cas de besoin.
Le pape célébroit la première messe dans la chapelle de la crèche. 11 avoit déjà communié et le clergé aussi , et il en étoit à la communion du peuple, quand tout d'un coup on entendit de grands cris. Les conjurés parcoururent toute l'église Tépée à la main, frappant ceu\ qu'ils pouvoient , et se rassemblèrent à la chapelle de la crèche, dont ils rompirent les petites portes. Là, ils prirent le pape, et un d'eux, voulant lui couper la tête , lui fit une assez grande blessure au front. Ils l'arrachèrent du saint lieu , le tirant par les cheveux et le frappant , sans qu'il leur résistât ou leur dît une parole , il levoit seulement les yeux au ciel ; ils lui ôtèrent le pallium , la chasuble , la dal ma tique et la tunique, lui laissant seulement l'aube et l'élole, et un d'entre eux le traînoit derrière lui.
Le bruit de cette violence s'élant répandu dans la ville, on cessa l'office par toutes les églises , et on dépouilla les autels , on sonna les cloches elles trompettes , on mit des gardes à toutes les portes pour empêcher qu'on n'enlevât le pape hors de Rome, car on ne sa voit ce qu'il étoit devenu. Enfin, le peuple étant assemblé au Capi tôle, quelques-uns rapportèrent qu'on le tenoil prisonnier dans la tour de Cencius. Sitôt que le jour parut , ils coururent en foule à sa maison ; on commença à combattre , mais au premier choc les conjurés s'enfuirent et s'enfermèrent dans la tour. On l'assiégea , on amena des machines et des béliers , on alluma le feu à l'entour. Cependant un homme qui avoit suivi le pape avec une femme noble Iravailloient dans la tour à le réchauffer avec des fourrures et à panser sa plaie, mais la sœur de Cencius disoit des injures au pape ; et un de ses serviteurs, tenant l'épée nue, disoit en blasphémant que le jour même il lui couperoit la tête. Celui-ci fut tué incontinent après d'un coup de lance dans la gorge.
Cencius, voyant que sa louralloit être prise, se jeta aux pieds du pape et lui demanda pardon, promettant de faire telle pénitence qu'il lui prescriroit. Le pape lui ordonna de faire le voyage de Jérusalem, et il le promit- Alors le pape se mit à une lenêtre, où étendant les mains il fit signe au peuple de s'apaiser, et demanda que quelques-uns des principaux montassent à la tour. Les autres, croyant qu'il les exhortoit à achever de la prendre , l'escaladèrent et tirèrent le pape dehors. Le peuple fut extrêmement louché de le voir couvert de sang. On le ramena à Sainte-Marie-Majeure , où il acheva la messe et donna la bénédiction au peuple , puis il retourna au palais de l^itran, et donna le festin solennel, selon la coutume.
Cependant Cencius s'enfuit avec sa femme, ses enfants et ses frères, i^e reste des conjurés prit aussi la fuite; on pilla tous leurs biens, car le pape leur sauva la vie. Mais le lendemain de la fête, le peuple condamna Cencius à être banni de Rome pour toujours, et ruina par le fer et le feu sa tour et tout ce qu'il avoit dans la ville et dehors. Cencius aussi , de son côté , détruisit tout ce qu'il put des terres de l'Eglise. Ainsi les effets de cette sédition continuèrent quelque temps.
Ensuite l'archevêque Guibert demanda au pape la permission de retourner à Ravenne , et y étant arrivé il conspira secrètement contre le pape avec Thédalde , archevêque de Milan , et les autres évêques révoltés de Lombardie , ce qui fit manquer l'entreprise que le pape avoit formée contre les JXormands. Au contraire Guilbert se servit du cardinal Hugues le blanc pour exciter contre le pape Robert Guischard et le roi Henri, qui n'y éloient déjà que trop disposés.
XXVU. Lettre du pape au roi Henri.
Cependant le pape, avant que d'avoir la réponse de ses légats auprès du roi , lui écrivit une lettre où il disoit en substance : On dit que vous communiquez avec ceux que le saintsiège a excommuniés (1). Si cela est vrai, vous ne pouvez re<'evoir notre bénédiction que vous ne les ayez séparés de vous et contraints à faire pénitence, et que vous ne l'ayez faite vous-même. Adressez-vous donc à quelque pieux èvêque, qui vous absolve de notre part et nous rende compte de votre satisfaction. Au reste, nous sommes fort étonné qu'après nous avoir écrit tant de lettres pleines d'amitié et de soumission, vous agissiez d'une manière si dure et si contraire aux saints décrets. Car, pour ne point parler du reste , on voit par les effets quelles étoient les promesses que vous nous aviez faites tom haut l'affaire de Milan , et vous venez encore de doimer l'église de Fermo et celle de Spolète à des personnes qui nous sont inconnues. Et ensuite :
Nous avons assemblé cette année un concile où ont assisté quelques-uns delvos sujets; et, pour relever la discipline de l'Eglise, nous y avons fait un décret qui ne contient rien de nouveau ni de notre invention, mais seulement les anciennes règles ( c'est le décret contre les clercs concubinaires ) et nous avons ordonné qu'il fut reçu et observé dans votre royaume et chez tous les autres princes chrétiens. Mais, comme ce décret paroissoit impraticable à quelques-uns à cause de la mauvaise coutume, nous vous avons mandé de nous envoyer des hommes savants et pieux de votre royaume pour nous montrer ce que nous pouvions faire en conscience afin de modérer ce décret. Ce
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que vous avez fait depuis montre combien . souscrire la condamnation du pape. Un AUevous avez considéré nos avis. Il finit en l'ex- mand , nommé Eberard, fut chargé de cette
commission; et les évêques de ces provinces,
déjà mal intentionnés, s'assemblèrent à Pavie, où ils jurèrent, sur les Evangiles, qu'ils ne reconnoitroienl plus Grégoire pour pape, et en-
hortant à favoriser la liberté de l'Eglise et reconnoître la grâce que Dieu lui a faite en lui donnant la victoire sur ses ennemis. Ce sont les Saxons qu'il avoit défaits l'automne précédent. Car cette lettre est du huitième de janvier mil soixante-seize.