‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1490 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-DEUXIÈME

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qui lui composoienl cette lettre , qu'un prince qui renonce à la religion peut être légitimement déposé. Nous n'avons pas les lettres du concile de \V ormes , mais elles contenoient à peu près les mêmes choses. On y dénoncoit au pape qu'il eût à céder le pontificat , qu'il avoit eovalii contre les lois de l'Eglise; et qu'il sut qu'on tiendroit pour nul tout ce qu'il ordonueroit depuis ce jour. Un clerc de Parme, nommé Roland, fut chargé de ces lettres, et il prit si bien ses mesures, quil arriva à Rome la veille de louverlure du concile, que le pape avoit indiqué pour la première semaine de carême.

Le concile donc étant commencé, Roland de Parme y entra, et présenta au pape les lettres du roi et du concile de VV ormes, en disant: Le roi, mon maître, et tous lesévêques ullramontains et italiens , vous ordonnent de quitter présentement le saint-siège , que vous avez Bsurpé; et, se retournant vers le clergé de Rome , il ajouta : Vous êtes avertis , mes frères, de vous trouver à la Pentecôte en la présence du roi, pour recevoir un pape de sa main, puisque celui-ci n'est pas un pape , mais un loup ravissant. Alors Jean, évéque de Porto, se leva et s'écria : Qu'on le prenne. Le préfet de Rome , avec la milice , se jetèrent sur Roland, l'épée à la main , le voulant tuer dans Téglise du Sauveur, où se tenoit le concile : mais le pape se mit au devant, et, le couvrant de son corps lui sauva la vie.

Ayant à grande peine fait faire silence , il dit : Mes enfants , ne troublez pas la paix de l'Eglise par une sédition. Yoici les temps dangereux dont parle l'Ecriture (1) , où il y aura des hommes amateurs d'eux-mêmes, avares, superbes et désobéissants à leurs parents. Il faut qu'il arrive des scandales, et le Seigneur a dit qu'il nous envoyoit comme des brebis au milieu des loups. Nous devons donc avoir la douceur de la colombe avec la prudence du serpent, et, sans haïr personne, supporter les insensés qui veulent violer la loi de Dieu. Nous avons assez long-temps vécu en paix, Dieu veut recommencer à arroser sa moissc>n du sang des saints. Préparons-nous au martyre , s'il est besoin , pour la loi de Dieu , et que rien ne nous sépare de la charité de Jésus- Christ.

Nous avons entre les mains un signe que Dieu nous a donné de la victoire de son église. C'éloit un œuf de poule trouvé près de l'église de Saint-Pierre , autour duquel on voyoit en relief un serpent armé d'une èpée et d'un écu, q«i, voulant s'élever au haut de l'œuf, étoit forcé de se replier en bas. Le pape avoit d'abord montré cet œuf dans le concile , et il en lit dans son discours une explication mystérieuse ; puis il conclut ainsi : Il faut donc maintenant employer le glaive de la parole pour frapper le serpent à la tête et venger

(1) 2 Tim. III, 1*

l'Eglise : nous n'avons que trop de patience. Tout le concile approuva cette avis du pape , déclarant qu'ils étoient prêts à sf)uffrir la mort pour une si bonne cause ; et il fut conclu que llenri seroit privé de la dignité royale et anathématisé avec tous ses complices.

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