‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1498 sur 2407 · XXXV. Samuel de Maroc · texte numérisé non relu

XXXV. Samuel de Maroc

En ces temp, vivoit Samuel de Maroc, juif converti , dont nous avons un traité de controverse contre les juifs. Il l'adresse à un autre iuif, nommé Isaac , dont il loue extrêmement le savoir, et lui propose ses objections par manière de doutes et de difficultés , qui le remplissent de crainte et d inquiétude (5). D'où vient, dit-il, que nous autres juifs sommes

généralement frappés de Dieu dans cette captivité qui dure depuis plus de mille ans, au lieu que nos pères, qui avoient adoré les idoles , tué les prophètes et rejeté la loi de Dieu , ne furent punis que pendant soixante-dix ans dans la captivité de Babylone; toutefois, l'Ecriture marque cette punition comme le plus grand effet de la colère de Dieu , et nous ne voyons aucun terme prescrit à celle-ci , ni dans la loi ni dans les prophètes. Il faut donc que nous ayons commis depuis quelque péché plus grand que n'étoit l'idolâtrie de nos pères, car c'est sans doute cette désolation qui, suivant le prophète Daniel , doit durer jusqu'à la fin.

Je crains, ajoute-t-il, que ce péché ne soit d'avoir vendu et mis à mort ce Jésus, que les chrétiens adorent. Sur quoi il apporte plusieurs passages d'Isaie, et des autres prophètes, touchant la passion de Jésus-Christ, et marque que ce qui en est raconté dans notre Evangile s'y accorde parfaitement. 11 insiste sur la prophétie de Daniel touchant les soixante-dix semaines , après lesquelles il dit que le Christ sera tué, la ville détruite, et le sacrifice aboli (1). Je ne vois point, dit-il, d'évasion contre cette prophétie accomplie, il y a plus de mille ans, par les mains de Titus et des Romains. Il dislingue les deux avènements du messie : l'un dans l'humilité, l'autre dans la gloire, et les prouve par les prophètes; il prouve aussi la réprobation des juifs et l'élection des gentils (2).

A la fin de cet écrit, Samuel emploie contre les juifs ce qui est dit de Jésus-Christ dans l'Alcoran et ses commentaires. Les Sarrasins, dit-il, reconnoissent qu'il étoit le messie prédit, et qu'il avoit reçu de Dieu le pouvoir de fîiire des miracles, d<' guérir toutes les maladies, chasser les démons et ressusciter les morts ;qu il savoit tout, et coniM)issoit le secret des cœurs; qu il a méprisé les riclu^ses et les plaisirs sensuels; entin qu il est le verbe de Dieu. Or, dit-il, quoique les chrétiens ne nous allèguent pas ce témoignage, qui na pas plus d autorité chez eux que chez nous, il ne laisse pas d'être embarrassant pour nous et avantageux pour eux.

^1) Lib. 1, Ep. 22.

(2) I, Ep.23.

(3) UI, Ep. 19.

(i) in,Ep. 23, 21.

(5) Bibl. PP. Paris tom.

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