‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1499 sur 2407 · XXXVI. Assemblée de Tribur contre Henri · texte numérisé non relu

XXXVI. Assemblée de Tribur contre Henri

^Rodolphe, duc de Souabe(3), Guelfe, duc de Bavière, Berthold, ducdeCarinthie, Adalbéron, évêquede Wirtzbourg, Adalbert, évêque de Wormes, et quelques autres seigneurs, s'assemblèrent à Ulm, et résolurent que tous ceux qui vouloient le bien de l état s'assembleroient à Tribur, près de Mayence, le seizième d'octobre, pour remédier aux maux dont la paix de l'Eglise étoit troublée depuis tant

(l) C. 2. Dan. i\, 27, c.

7,8. Dan. l\, 20.

(3) Lamb. p. 242.

d'aiîîîées, et ils le dénoncèrent aux seigneurs de Souabe, de Bavière, de Saxe, de Lorraine et de Franconie, les conjurant au nom de Dieu de quitter toutes leurs alTaires particulières, afin de faire cette dernière tentative pour le bien public. Les esprits furent tellement frappés par 1 attente de cette assemblée, que l'archevêque de Mayence et grand nombre d'autres qui jusque-là avoient été fort attachés au parti du roi , le quittèrent pour se joindre aux seigneurs.

Au jour nommé, les soigneurs de Souabe et de Saxe se trouvèrent à Tribur en très grand nombre, résolus absolument à déposer le roi Henri et en élire un autre ; il y avoit aussi deux légat^u saint-siége , Sigehard , patriarche d'Aquilée, et Altman, évêque de Passau, homme d une vie apostolique et d'une vertu singulière. Le roi Henri l ayant chassé de sa ville à main armée, il se retira en Saxe, sa patrie ; ensuite il alla à Rome et exposa au pape (irégoire le sujet de son voyage et la niîmière dont d avoit été traité (1) ; il renonça même à lévêché entre les mains du pape, faisant scrupule d'en avoir reçu l'investiture de la main d'un laïque. Un jour, comme le pape délibéroit avec les cardinaux sur la restitution d'Altman, qui s'y opposoit, une colombe, vo- Innt par 1 église, vint s'arrêter sur la tête de 1 humble évêque. Alors le pape, sans plus hésiter, ôta sa mitre et la mit sur la tête d'Altman , le déclarant en même temps évêque et légat du saint-siége , et le renvoya en Allemagne avec sa bénédiction.

A l'assemblée de Trihuf, les légats étoient accompagnés de quelques laïques , qui , ayant quitté de grands biens , s'étoienl réduits pour lamour d(» Dieu à une vie privée et pauvre. Le pape les avoit envoyés pour déclarer à tout le monde que le roi Henri avoit été excommunié pour de justes causes , et promettre le consentement et l'autorité du pape pour lélection d'un autre roi. Ces bons laïques ne vouloient communiquer avec personne qui eût communiqué en quelque manière que ce fût avec le roi Henri depuis son excommunication , jusqu'à ce que celui-là eût été absous par l'évêque Altman. Ils évitoient de même ceux qui avoient communiqué dans la prière avec les prêtres mariés ou les simoniaques.

On délibéra sept jours de suite sur les moyens de prévenir la ruine de l'état. On représentoit toute la vie du roi Henri, les crimes infâmes dont il s'étoit déshonoré dès sa première jeunesse, les injustices qu il avoit faites à chacun en particulier et à tous en commun. Qu'ayant éloigné d'auprès de lui les seigneurs, il avoit élevé aux premières dignités des hommes sans naissance, avec lesquels il délibéroit jour et nuit sur les moyens d'exterminer la noblesse. Que, laissant en paix les nations barbares, il

avoit armé contre ses propres sujets, rempli de sang et de divisions le royaume que ses pèreS lui avoient laissé très-florissant , ruiné les églises et les monastères, et employé la subsistance des personn( s consacrées à Dieii à payer ses troupes et à bâtir des forteresses, non pout* arrêter les courses des étrangers , toais pour troubler la tranquillité du pays, et réduire une nation libre à une dure servitude Qu'il n'y avoit plus nulle part ni consolation pour les veuves et les orphelins, ni refuge contre l'oppression et la calomnie, ni respect pour les lois, ni discipline dans les mœurs, ni autoHté dans l'Eglise, ni dignité dans l'état, tant liraprudence d'un seul homme avoit apporté dé confusion. Ils concluoienl que l'unique remède à tant de maux étoit de mettre au plus tôt à sa place un autre roi, capable d'arrêter la licence et de raffermir l'état chancelant.

Pendant que l'on délibéroit ainsi à Tribur, le roi Henri, avec ceux de son parti, êloiertl a Oppenheim, en deçà du Rhin, un peu plus haut, d'où il leur énvoyoit souvent des députés pour leur faire de belles promesses (1) ; il en vint jusqu'à leur offrir d'abandonner le gouvernement de l'état, pourvu qu'ils lui laissassent seulement les noms et les marques delà royauté. Ils répondirent qu'après les avoir larit de fois trompés par ses promesses et par ses serments, il ne pou voit plus leur donner aucune assurance ; qu'il ne leur étoit pas même permis, en conscience, de communiquer avec lui depuis qu'il étoit excommunié, et que le pape les ayant absous des serments qu ils lui avoient faits, ils dévoient profiler d'une si belle occasion pour Se donner un digne chef.

EnOn , comme ils étoient prêts à passer le Rhin et aller attaquer le roi , ils lui envoyèrent dire pour la dernière fois qu'ils vouloieût bien s'en rapporter au jugement du pape ; qu'ils l'engageroient à venir à Augsbourg a la Purification delà vierge; que l'on y tiendroit une assemblée de tousles seigneurs du royaume, où le pape, ayant ouï les raîsofts des deux parties, condamneroit Henri ou lé renverr^rft absous. Que si par sa faute iï n'oblenôit pas son absolution avant l'an et jour de son excommunication, il seroità jamais déchu du royaume, sans aucune espérance de retout. Si le roi açceptoit cette proposition ^ ils demandoient poiir preuve de sa bonne volonté qu'il renvoya^ àW^sitôt d'auprès de lui tous les excoûimtiMés , qu'il retirât sa garnison de Wormes, et y Rétablit lévêque.

Le roi , trop heureux de sortir même h dS^s conditions honteuses du péril où il se trouvoît promit tout ce qu'on voulut , et fit aussitôt sortir de son camp l'archevêque de Cologne, les évêques de Bamberg , de Strasbourg , de Bâle , de Spire, d^ Lausanne, de Ceitz, d'Osnabruc et les autres excommuniés. Il rendit Wormes à

(1) P. 345. Sup. 1. LVl, n. 12. Vita ap. Tegnag. p.i8. (1) Lamb. p. 24i

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

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l'cvéque , se relira à Spire et y vécut comme les seigneurs lui avoient prescrit. Les Suèves et les Saxons s'en retournèrent triomphants chez eux , et envoyèrent des députés à Ronae pour instruire le pape de ce qui s'étoit passé , et le prier instamment de vouloir bien se rendre à Augsbourg au jour nommé.

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