XLIII. Rodolphe élu roi
Le lendemain, ils allèrent trouver les légats à leur logis, et leur représentèrent qu'ils exposoient le royaume à une division sans remède s'ils n'élisoient un roi dans celte même assemblée. Les légats répondirent : 11 nous semble que ce seroit le meilleur, si vous le pouviez sans péril, de différer l'élection jusqu'à l'arrivée du pape; mais vous avez lautorité entre les mains, et vous connoissez mieux que nous l'intérêt de l'état. Les seigneurs donc , incertains de l'arrivée du pape et assurés du péril qu'il y avoit à différer, s'assemblèrent chez Tarchevêque de Mayence, et considérèrent que le pape avoit laissé le délai à leur choix , qu'il leur avoit défendu de reconnoitre Henri pour roi, et que depuis il ne lui avoit rendu que la communion et non pas la couronne. Ainsi, se trouvant entièrement libres, ils élurent pour roi Rodolphe, duc de Souabe , quoiqu'il y résistât et demandât au moins une heure pour délibérer, et ils lui firent serment de fidélité. H ne voulut point assurer la succession à son fils, mais il déclara qu'après sa mort les seigneurs éliroient celui qu'ils jugeroient le plus digne. 11 fut élu à Forsheim le quinzième de mars mil soixante-dix-sept, et douze jours après , savoir, le dimanche vingt-septième du même mois , qui étoit la rai-carême , il fut sacré
à Mayence par les archevêques de Mayence et de jMagdebourg, avec leurs suffragants, en présence des légats.
Le jour même du sacre , le roi Rodolphe , pour montrer sa soumission a x ordres du pape, voyant un sous-diacre qu'il savoit être simoniaque se présenter revêtu des ornements pour chanter l'épître à la messe, refusa de l'entendre; en sorte que l'archevêque Sigefroy fut obligé de le faire retirer et d'en mettre un autre à sa place (1). Cette action rendit le roi Rodolphe fort odieux aux clercs simoniaques et incontinents; et dès le jour même le clergé de Mayence excita une sédition contre l'archevêque, le roi elles seigneurs; en sorte que, quand le roi descendit du palais après le dîner pour aller à vêpres, le peuple en furie voulut se saisir de i'église et du palais , mais il fut repoussé par les chevaliers qui accompagnoieiit le roi, quoiqu'ils fussent sans armes, car c'étoit la coutume de n'en point porter en carême. Il est vrai qu'après vêpres les séditieux étant revenus à la charge, il y en eut plus de cent tant tués que noyés, et les légats imposèrent pour pénitence, à ceux qui les avoient tués , de jeûner quarante jours ou de nourrir quarante pauvres Le roi Rodoljjhe envoya aussitôt une ambassade au pape , pour lui donner part de son élection et luiprometlre obéissance.