XXXIII. Lettre du pape Zacharie
Le pape Zacharie, par sa réponse, approuva l'établissement des trois nouveaux évéchés, avertissant toutefois saint Boniface de se souvenir des canons , qui défendent d'en ériger dans les lieux trop petits , et peut-être est-ce la raison qui a fait éteindre ceux de Burabourg et d'Erfort (5). Il ordonne que l'on tienne un concile suivant le désir de Carloman. Car, ajoute-t-il, c'est le seul moyen de connoitre le sacerdoce , et ce que font ceux qui portent le nom d'évêques. Ensuite, répondant aux consultations de Boniface, il déclare que dans ce concile futur on doit interdire
1(1) Coint. an. 742, n. 7.
(3) Sup.l.xLi,n.3.Coint.
an. 688,n.7.Coint.an.742, D. 10.
(i) Id. an. C23, n. 5, 627.
(5) Ep. 1, tom. 6, Conc.
toutes fonctions aux évéques , aux prêtres et aux diacres qui seront tombés dans l'adullère ou la fornication, qui auront eu plusieurs femmes, qui auront répandu le sang des chrétiens ou des païens, ou péché de quelqu'autrc manière contre les canons (1).
Le pape Grégoire III a voit permis à Boniface de désigner un certain prêtre pour son successeur. Depuis le frère de ce prêtre avoit tué l'oncle du duc de François : ce qui causoit un grand trouble suivant les lois barbares, qui permettoient la vengeance à tous les piirents du mort. Boniface avoit consulté sur cette difficulté le pape Zacharie , qui lui répond : Nous ne pouvons souffrir que de votre vivant on élise un évêque à votre place, cela est contre toutes les règles. Priez Dieu pendant votre vie qu'il vous donne un digne successeur , et à l'heure de votre mort vous pourrez le désigner en présence de tout le monde , afin qu'il vienne ici pour être ordonné : nous vous accordons en cela ce que nous n'accordons à aucun autre.
Un laïque de grande autorité étoit venu trouver saint Boniface, et lui avoit dit qu'il avoit obtenu permission du pape Grégoire d'épouser la veuve de son oncle, qui d'ailleurs étoit sa parente au troisième degré ; et avant son mariage avoit fait vœu de chasteté et porté le voile. En mon pays, disoit saint Boniface, un tel mariage passeroit pour un inceste abominable, mais ces peuples ignorants et grossiers, Allemands, Bavarois, Francs, s'ils voient pratiquer à Rome quelque chose de ce que nous défendons, ils soutiennent qu'il est permis et se scandalisent contre nous. Ces paroles font voir combien saint Boniface avoit raison d'employer auprès de ces barbares le nom et l'autorité du pape. Zacharie lui répond sur cet article : Dieu nous garde de croire que notre prédécesseur ait accordé une telle permissicm ; il ne vient rien du saint-siège qui suit contraire aux saints canons (2).
Quant aux superstitions du premier jour de janvier (3) , aux augures , caractères , enchantements , et telles autres observances païennes, que vous dites se pratiquer à Rome près l'église de Saint- Pierre , sachez que nous les jugeons détestables avec tous les chrétiens, et parce qu'elles se renouveloient du jour que nous tenons la place du saint apôtre , nous les avons toutes retranchées comme avoit fait le pape Grégoire, notre prédécesseur, par une constitution dont nous vous envoyons copie.
11 y a, disoit saint Boniface, des évêques et des prêtres de la nation des Francs plongés dans l'adultère et la débauche, comme il parolt par les enfants qu'ils ont eus depuis leur ordination. Ils ont été à Rome, et soutiennent que le pape leur a permis d'exercer leurs fonctions. Nous leur soutenons au contraire
AndeJ.-C. 742]
que nous n'avons jamais ouï-dire que le saintsiége ail jugé contre les canons (1). Ne croyez pas, dit le pape Zacharie, qu'ils aient obtenu la permission qu'ils prétendent , mais punissez-les selon les canons ; car nous ne voulons point que vous fassiez autre chose que ce qu'ils ordonnent , et ce que vous avez appris de ce siège apostolique. 11 ne nous convient d'enseigner que ce que nous avons appris des pères.
S'il arrive quelque chose de nouveau ne feignez point de nous en avertir, et nous vous répondrons aussitôt pour y remédier : car vous devez savoir, mon très-cher frère que nous vous portons dans notre cœur, en sorte que nous desirons tous les jours de vous voir Au reste, prenez courage, et travaillez à l'œuvre ou Dieu vous a appelé ; une grande récompense vous attend ; et , tout pécheurs que nous sommes, nous ne cessons de prier Dieu qu'il achève en vous ce qu'il a commencé , et que saint Pierre coopère avec vous. Cette lettre est datée du premier jour d'avril la vingt-quatrième année depuis le couronnement de Constantin, et la seconde de son règne depuis la mort de son père indiction onzième. Ces caractères marquent l'an sept c^nt auarante-trois.
Le pape écrivit en même temps aux trois nouveaux évêques, c'étoit la même lettre pour tous trois , et nous avons celle qui porte le nom de saint Burchard de Yirsbourg (2). Elle contient la confirmation de ces nouveaux sièges, et jdéfense à aucun autre qu'au vicaire (lu pape d'y ordonner des évêques. Il y avoit aussi une lettre pour le prince Carloinan, mais elle ne se trouve plus.