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LIVRE SOIXANTE-DEUXIEME

tion contre tous les Normands qui attaquoient et pilloient les terres de Saint-Pierre, et déposition contre les évêques et les prêtres qui leur feroient l'office tant qu'ils demeureroienl excommuniés. H suspend les évêques qui n'étoient point venus au concile y étant appelés. Il déclare nulles les ordinations faites par les excommuniés II renouvelle l'excommunication déjà prononcée contre ceux qui pillent le» débris des naufrages.

Mais il s'aperçut lui-même que la multitude des excommunications les rendoit impraticables à la rigueur, et qu'il y avoit plusieurs personnes qui , partie par ignorance , partie par crainte ou même par nécessité, ne pouvoient éviter d'avoir quelque communication avec les excommuniés. Enfin, que les excommunications s'étendroient à l'infini si elles étoienl encourues par la seule communication avec ceux qui avoient communiqué avec les premiers excommuniés. Le pape déclare donc, qu'usant d'indulgence il excepte de l'excommunication les femmes et les enfants des excommuniés , leurs serfs et leurs autres serviteurs, ou sergents, comme on les nommoit alors, et ceux qui ne sont pas assez de la cour d'un prince pour entrer dans ses mauvais conseils. De plus, ceux qui communiquent par ignorance avec les excommuniés, ou qui ne communiquent qu'avec ceux qui ont communiqué avec les excommuniés. Les pèlerins et les voyageurs, passant dans un pays d'excommuniés, peuvent recevoir d'eux, même gratuitement, les choses nécessaires à la vie, et on peut donner aux excommuniés les choses nécessaires, pourvu que ce soit par motif d'humanité, non pas au mépris de 1 excommunication. Ce décret est daté du troisième de mars mil soixante-dix-huit, qui étoit le samedi de la première semaine de carême (1).

En exécution du décret touchant la paix d'Allemagne, le pape écrivit aux évêques et aux seigneurs de ce royaume, les exhortant à tenir une assemblée où il pût envoyer ses légats pour terminer ce grand différent. H en écrivit en particulier à Udon, archevêque de Trêves, en qui il témoigne avoir une grande confiance, quoiqu'il fût toujours attaché au roi Henri, (k's deux lettres sont du neuvième de mars mil soixante-dix-huit (2).

LU. Egilbert, archevêque de Trêves.

L'archevêque Udon mourut la même année,

prospérité à ses armes.

Le pape prononça ensuite l'excommunica

prévôt de la cathédrale de Passau. Un jour, comme l'évêque publioit le décret du pape

(1) Lib. V, Epist. 13, to.

(2) Sup. liv. LX, n. 20.

(1) v, Epist. 15.

(3) Hist. Trevir. to. 12, Splcil. p. 22i.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[An de J.-C. 1078.

Grégoire, portant excommunication contre le roi Henri IV et ses adhérants, Egilbert résista en face à l'évéque, disant qu'il étoit permis au roi de donner à qui il voudroit, gratis ou pour de l'agent, les biens temporels de l'Eglise relevant de lui. L'évéque de Passau, voyant Egilbert incorrigible, le déclara excommunié, jusqu'à ce qu'il allât se faire absoudre par le pape. Egilbert, après avoir longtemps hésité, résolut enfin d'aller à Rome, mais il voulut auparavant demander congé au roi, qui l'adressa à l'antipape Guibert, et le chargea de ses ordres. Comme il revenoit après s'être acquitté de sa commission, il apprit que l'archevêque U don étoit mort, et que le roi étoit venu à Trêves pour lui donner un successeur. Use hâta donc d'y arriver, espérant d'obtenir cette place pour récompense de ses services.

Le roi, ayant ordonné au clergé de Trêves de lui nommer celui qu'ils désiroient pour archevêque, ils lui en présentèrent de leur corps plusieurs trés-dignes; mais, comme pas un ne lui avoit rien oITert, il les refusa tous. Trois jours se passèrent ainsi, et le quatrième Egilbert arriva. Après qu il eut rendu compte de sa commission, le roi dit que, puisqu'on n'avoit encore pu s'accorder pour le choix d'un archevêque de Trêves, il falloit convenir de celuici. Thierry, êvêque de Verdun, y consentit; mais Herman de Metz, Pibon de Toul, et la plus grande partie du clergé et du peuple y répugnoient, quoiqu'ils n'osassent résister ouvertement au roi. Tout ce qu'ils purent obtenir fut de faire différer le sacre, car le roi donna sur-le-champ l'investiture à Egilbert par l'anneau et la crosse. C'étoit le sixième de janvier mil soixante-dix-huit, j'entends mil soixante -dix-neuf, avant Pâques. Egilbert demeura ainsi sans être sacré environ trois

ans.

LUI. Plaintes de Manassès de Reims.

Le pape Grégoire écrivit aussi en France, pour déclarer ce qu'il avoit ordonné au quatrième concile de Rome, touchant les évêques de France et de Bourgogne, que le légat Hugues de Die avoit suspendus ou condamnés (1). Quant à Manassès, archevêque de Reims, nous l'avons, dit-il, rétabli dans ses fonctions, après qu1l a fait serment, sur le corps de saint Pierre, que ce n'est pas par mépris qu'il a manqué de venir au concile d'Aulun. Que toutes les fois qu'il sera appelé de notre part, il se soumettra à notre jugement ou à celui de notre légat. Enfin qu'il conservera les trésors, les ornements et les terres de l'église de Reims. Le pape lève de même les suspenses prononcées contre les archevêques de Besançon , de Sens , de Bour;ies et de Tours, et contre Godefroy, évêque de Chartres, à la charge qu'ils se justifieront devant son légat : ce qui montre le

(Ij v, Eplst. 17.

sujet qu'a voit ce prélat de se plaindre de la facilite avec laquelle on levoit à Rome les censures qu'il avoit prononcées en France (1).

L'archevêque IManassès, après son retour de Rome, écrivit au pape une lettre, où, entre autres choses, il se plaint qu(^ Garmond, archevêque de Vienne, feignan d'être légat du pape, avoit dégradé et réha- lilé des prêtres dans le diocèse de Reims. Il se plaint aussi que, pendant qu'il étoit à Rorie, les évêques de Laon et de Soissons, ses sulTragants, en avoient ordonné un pour Aiiiens, quoiqu'il eût reçu l' in vesti t ure, et que 1 ' 'onsentemenl du métropolitain fût nécessaire (2). Il demande la conservation de son privilège de n'être jugé que par le pape ou par des légats romains, et non de deçà les monts , soutenant que c'est à lui à convoquer les évêques de toute la Gaule.

Le pape répondit à l'archevêque de Reims : Si par les légats romains vous n'entendez que ceux qui sont nés à Rome, ou qui, après y avoir été élevés dès l'enfance, y ont quelque dignité ecclésiastique, nous sommes surpris que vous vouliez diminuer nos droits, et vous exempter seul de ce que nos prédécesseurs ont pratiqué dans toutes les occasions. Vous savez qu'Osius présida au concile de J\ icèe, el Cyrille au concile d'Ephèse, comme légats des papes; que saint Grégoire donna à Syagre, évêque d'Autun, suffragant de Lyon, la commission de tenir dans la Gaule un concile général ; et que pour un pareil sujet il fit son légat en Afrique un moine, nommé Hilaire (3). Quant à ce que vous dites de votre privilège , nous répondons que l'on peut, suivant les circonstances des personnes, des temps et des lieux, accorder des privilèges, qu'il est permis ensuite de révoquer dans d'autres circonstances, si la nécessité ou une plus grande utilité le demande. Car les privilèges ne doivent pas ruiner la discipline établie par les pères, mais pourvoir à l'utilité de l'Eglise ; de là vient que î'aulorité de l'église d'Arles, qui s'étendoit sur tout le royaume de France, alors plus grand qu'aujourd'hui, a cessé au bout de quelque temps, et le saint-siège a délégué son p^mvoir à d'autres, selon qu'il lui a plu (4). L'église de Reims elle-même a été quelquefois soumise à un primat après le pape. Il conclut en ordonnant à Manassès de se présenter devant l'évéque de Die et l'abbé de Clugny , ses légats, tant pour se justifier des accusations formées contre lui, que pour se faire rendre justice sur les plaintes qu'il faisoit contre l'archevêque de Vienne et les autres. Le pape en écrivit aussi aux deux légats, Hugues de Die et Hugues de Clugny, et ces deux lettres sont du vingt deuxième d'août mil soixante-dix-huit(5).

An de J.-C 1078] LIVRE SOIXANTE-DEUXIÈME.

UV. Lettres à saint Hugues, de Clugny. lv. Odon, éviique d'Ostie.

(1) Sup.n.iO.

(2^ To. 10,Conc. p. .302.

E\c:hr. Vird. p. 20:J.

(3) VI, Kpisl. i. Sup. liv.

M, n. 5. Sup. liv. xxv, n.

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