XXXV. Lettres de saint Boniface à Culhbcrl
Saint Boniface reçut vers le même temps des lettres et des présents de CuthbiTt, archevêque de Cantorbéry, par un diacre, nommé Cunebert; dans sa réponse il lui fit part de ce concile (2). Non, dit-il, que vous ayez besoin de savoir les règlements de notre rusticité, mais afin que vous les puissiez corriger. Il rapporte sommairement les décrets du concile, et y ajoute ce qui suit, qui n'est point dans les canons : Nous avons déclaré que nous voulons garder jusqu'à la fin de notre vie la foi catholique, l'union et la soumission à l'église romaine , et que les métropolitains demanderont le pallium au saint-siège. Nous avons souscrit à cette déclaration , et l'avons envoyée à Rome , où elle a été bien reçue du pape et du clergé. Nous avons ordonné que tous les ans les canons seroient lus dans le concile, et que le métropolitain veillera sur les autres évêques , pour voir s'ils prennent le soin qu'ils doivent du salut du peuple. Qu'il les avertira d'assembler, au retour du concile , les prêtres et les abbés de son diocèse, pour leur en recommander l'observation. Que chaque évêque rapporte au concile ce qu'il ne pourra corriger dans son diocèse, comme je
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dois , en vertu de mon serment , dénoncer au saint-siège les abus que je ne puis corriger dans ma province. Boniface exhorte ensuite Cullibert, archevêque comme lui, à s'acquitter fidèlement de ses devoirs, se plaignant des obstacles que rencontroient alors les bons pasteurs. Combattons, dit-il, pour le Seigneur, car nous sommes dans des jours d'affliction ot d'angoisse. Mourons , si Dieu le veut , pour les saintes lois de nos pères, atin d'arriver avec eux à l'héritage éternel. Ne soyons pas des chiens muets, des sentinelles endormies ou des mercenaires qui fuient à la vue du loup ; soyons des pasteurs soigneux et vigilants, prêchant aux grands et aux petits, aux riches, aux pauvres, à tout âge, à toute condition , autant que Dieu nous en donnera le pouvoir, à propos et hors de propos , comme saint Gré- | goire écrit en son pastoral.
Je ne puis vous taire ce qui déplaît ici à tous les serviteurs de Dieu , que l'honnêteté et la pudeur de votre église est décriée , et que Ton y pourroit remédier, si un concile et vos princes défendoient aux religieuses et aux femmes les voyages fréquents à Ropie. La plupart y perdent leur intégrité ; et il y a trèspeu de villes en Ix)mbardie, en France ou en Gaule , dans lesquelles on ne trouve quelque Angloise prostituée; c'est un scandale à toute l'Eglise. Bédé parle souvent de ces fnxjuents pèlerinages d'Angleterre à Rome ; et saint Boniface lui-même , consulté par l'abbc^sse Bugija, ne l'en détourne pas tout-à-fait, mais il lui conseille d'attendre que les troubles causés chez les Romains par les menaces des Sarrasins soient apaisés (1) : ce qui fait voir que dès lors on craignoit en Italie.
Il ajoute , dans la lettre à l'archevêque do Cantorbéry (2) : Tout homme laïque, roi, gouverneur ou comte , qui prend par violence un monastère , l'ôtant de la puissance ecclésiastique pour s'assujettir les moines, et se mettre en possession du bien acquis par le sang de Jésus-Christ : un tel homme est noininé, par les anciens pères, ravisseur, sacrilège, meurtrier des pauvres , et digne d'un terrible anathème devant le tribunal de Jésus-Christ. Comme il s'en trouve chez nous et chez vous, nous devons sonner la trompette contre eux , de pi»ur d'être condanmés par notre silence. H ajoute un mot contre la curiosité dans les habits , et les ornements superflus qui commencoient à s'introduire dans les monastères.