V. Mort du roi Rodolphe
Cependant le roi Henri entra en Saxe , et il y eut une sanglante bataille sur la rivière d'Elster, dansl'évêché de Naumbourir, le jeudi quinzièrae jour d'octobre mil q atre-vingt (1). Les Saxons eurent l'avantage , Henri s'enfuit, son armée fui défaite, et on pilla le bagage, où il se trouva de grandes richesses, particulièrement des évéques qui avoient suivi le roi, au nombre d environ quatorze. Les Saxons chantèrent Kj)rie eleison^ comme un cantique de joie sur le champ de bataille; mais leur victoire devint inutile par la perte du roi Rodolphe, qui fut tué en cette journée d'un coup dans le bas ventre; il eut aussi la main droite coupée, ce que ses ennemis regardèrent comme une punition d'avoir violé le serment qu'il avoit fait au roi Henri. Ce prince fut extrêmement regretté, principalement des pauvres, et les Saxons firent des aumônes innombrables pour le repos de son âme. 11 fut enterré magnifiquement à Mersbourg.
Quand la nouvelle en fut venue à Rome, la plupart des serviteurs du pape l'exhortèrent à seréconcilier avecleroi Henri, lui représentant que ce prince avoit pour lui presque toute l'Italie, et que, s1l y passoit, le pape n'avolt \mni de secours à espérer des Allemands. Le pape cra'gnoit d'ailleurs pour la comtesse Mathilde , dont les troupes avoient été battues en Lombardie le même jour de la mort de Rodolphe, et ses propres vassaux la regardoient comme une folle de vouloir soutenir Grégoire ; c'est pourquoi il appréhendoil qu'elle ne fût réduite à s'accommoder avec Henri ou à perdre son état. C'est ainsi que le pape Grégoire s'en explique dans une lettre à Altman, évêque de Passau, et à Guillaume, abbé d Hirsauge, qu'il exhorte à retenir dans son parti Guelfe, duc de Ravière; puis il ajoute : Il faut avertir tous ceux qui aiment la liberté de l'Eglise en vos quartiers, qu'ils ne se pressent point d'élire un roi qui n'ait les mœurs et toutes les autres qualités nécessaires. Il leur envoie la formule du serment que doit faire le nouveau roi comme vassal de saint Pierre, portant fidélité et obéissance au pape. Il ajoute : Pour les prêtres, nous sommes d'avis, à cause du trouble des peuples et de la disette de bons ouvriers , que vous les souffriez quant à présent, en modérant pour un temps la rigueur des canons. Dans une autre lettre à l'évéque Altman, qui étoit son légat en Allemagne, il l'exhorte à ramener ceux qui sont attachés au roi Henri et les recevoir comme des frères, particulièrement l'évéque d'Osnabruc , que l'on disoit se vouloir réunir au pape (2).