VI. Office romain reçu en Espagne
En Espagne, Sanche, premier roi d'Arra-
(1; Brunon. Bell. Saxon. Berthold. eod. p. 105. Abb. Urs, an. 1030. (2; xi, Ep. 3i XJ, Ep. 10.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
gon , écrivit au pape Grégoire des lettres d'obedience, où il déclaroit qu'il avoit reçu l'office romain dans ses états, de quoi le pape lui témoigna sa satisfaction par une lettre du vingtième de marsmil soixante-quatorze (1). Il écrivit en même temps à Alphonse, roi de Castille, pour lui persuader de faire le même, supposant que l'office romain avoit d'abord été introduit en Espagne par les septévéques que saint Pierre el saint Paul y avoient envoyés prêcher la foi , et qu'il avoit été altéré depuis par les priscillianisles , les Goths Ariens , et enfin par les Sarrasins. Mais on ne trouve rien de la mission de ces sept évéques avant les martyrologes du neuvième siècle , et ce que Grégoire VII dit de l'altération de l'ofTice romain en Espagne ne s'accorde pas avec ce que j'ai observé en son lieu , touchant la liturgie attribuée à saint Isidore. Il semble aussi que ce pape ne faisoit pas d'attention à la maxime de saint Grégoire, de prendre dans les autres éghses, comme dans l'église romaine, ce que l'on trouvoit de meilleur, même quant à la célébration des messes (^2) ; car c'est le conseil qu'il donnoit à saint Augustin d'Angleterre.
Alphonse, déjà roi de Léon, devint roi de Castille par le décès du roi Sanche, son frère, qui fut tué en mil soixante-treize, après avoir régné six ans. Alphonse VI, du nom, en régna trente-six, pendant lesquels il fit de grandes conquêtes sur les Maures, et releva considérablement le christianisme en Espagne. Il avoit une vénération particulière pour Hugues, abbé deClugny, croyant avoir été délivré par ses prières de la prison où il étoit retenu par le roi Sanche, son frère; c'est pourquoi, étant devenu roi de Castille, il fit venir en Espagne l'abbé Hugues, et lui rendit de grands honneurs. Il fonda deux monastères de l'ordre de Clugny, et rebâtit, dès les fondements, l'église deFabbaye, ce qui lui coûta des sommes immenses (3). Il augmenta du double le cens annuel que le roi Ferdinand , son père, payoit à ce monastère, et ordonna par testament aux rois, ses successeurs, de lccontinuer,sous peine de privation du royaume,
C'est ce qui paroit par une let tre de ce prince à Tabbé Hugues, où il témoigne une estime et une affection singulière pour le moine Robert, que cet abbé lui avoit envoyé, et qu'il le prie de lui laisser pour être auprès de lui à la vie et à la mort. Il ajoute à la fin de la lettre : Quant à l'office romain que nous avons reçu par votre ordre , sachez que notre pays en est extrêmement désolé ; c'est pourquoi je vous prie de faire en sorte que le pape nous envoie le cardinal Girauld , afin qu'il corrige ce qui a besoin de l'être. La reine Constance , femme
[ An de J.-C. 1080
(i) I. Ep. 63, 6i.
(2; V. Boll. 15mai.Tillem. to. 1 , p. 200. Sup. 1.
XXXVIII, n. 12. Greg. \ir, Dp. 31. Inler. 3. Sup. liv.
XXXVI, n. 38.
(3) Vila S. Hug. c. 2, Boll. to. XI, p. 637. Bibl.
Clun.p. 452. BertholdChr.
d'Alphonse, qui étoit née dans les Gaules l'avoit aussi sollicité de recevoir l'office romain; et, pour cet elîot, il avoit envoyé dos ambassadeurs au pape (irégoire Vil, qui envoya en Espagne le cardinal Richard, premièrement en mil soixante-dix-huit, et une seconde fois lorsqu'il le fit abbé de Saint-Victor de Marseille, comme il paroît par ses lettres du quinzième d'octobre mil soixante-dix-neuf. Le moine Robert s'opposa au légat Richard \ et fut cause que le roi ne le traita pas comme il convenoit à sa dignité; c'est pourquoi le pape s'en plaignit à l'abbé Hugues , disant que ce moine avoit ramené à leur ancienne erreur cent mille personnes, qui avoient commencé de revenir au chemin de la vérité, c'est-à-dire de recevoir l'office romain (1). Le paptî ordonne à l'abbé de Clugny de rappeler ce moine et le m(»ttre en pénitence, et d'écrire au roi qu'il avoit attiré par cette conduite l'indignation de saint Pierre, et que, s'il ne se corrigeoit, le pape l'excommunieroit et exciteroit contre lui tout ce qu'il y avoit en Espagne de fidèles de ce saint apùtre. Et, s'il ne nous obéit, ajoute le pape, nous ne craindrions pas la peine d'aller en Espagne, et lui susciter des affaires fâcheuses, comme à un ennemi de la religion chrétienne. Cette lettre est du vingtseptième de juin mil quatre-vingt, et le pape charge l'abbé Hugues d'envoyer au roi Alphonse celle qu'il lui écrivoit en même temps, où il l'exhorte à suivre les conseils de son légal Richard , et à rompre le mariage illicite qu'il avoit contracté avec une parente de sa femme. 11 paroit que ce prince céda aux remontrances du paptj, car il lit tenir à Rurgos un concile par le légat Richard , et fit recevoir l'office romain par tout son royaume. Le pape lui en témoigna sa joie par une autre lettre , où il l'exhorte à ne pas souffrir que les juifs exercent aucune puissance sur les chrétiens.
Vil. OITice en sclavon défendu
Vratislas, roi de Rohême, avoit demandé au pape Grégoire la permission de faire célébrer l'office divin en langue sclavone ; mais le pape la refusa absolument. Car, dit-il (2), après y avoir bien pensé , il paroît que Dieu a voulu que l'Ecriture fût obscure en quelques endroits, de peur que, si elle étoit claire à tout le monde, elle ne devint méprisable, et n'induisit en erreur , étant mal entendue par les personnes médiocres. Et il ne sert de rien pour excuser cette pratique, que quelques saints personnages ont souffert patiemment ce que le peuple demande par simplicité, puisque la primitive Eglise a dissimulé plusieurs choses qui ont été corrigées ensuite après un soigneux examen , quand la religion a été plus
1 1) Spicil. to. 0. p. U5. Ep. 6, 7; VIII, Ep. 2. Pelag. Ovel. p. 76. Rodcric. (8) vu, Ep. 11. 1. VI, c. 25; V, Ep.il; VII,
An de J.-C. 1080.]
que vos sujets demandent imprudemment'; et nous vous ordonnons de résister de toutes vos forces à cette vaine témérité. Apparemment Grégoire VII ne savoit pas ce qui s'étoit passé sous Jean VIII, deux cents ans auparavant: et que ce pape , après avoir fait la même défense touchant la langue sclavone , la leva en connoissance de cause (1). Nous avons vu d'ailleurs que , dans la plus saine antiquité et les siècles les plus éclairés, on lisoit l'Ecriture, et on célébroit les divins offices dans la langue la plus usitée en chaque pays. On peut donc marquer, sous Grégoire VII, le commencement de ces sortes de défenses. Cependant les Sclavons font à Rome publiquement loffice en leur langue dans leur église de Saint- Jérôme.