XXXVII. Concile de Soissons
Le prince Pépin fit de son côté tenir un concile à Soissons pour la partie de France qui lui étoit soumise : vingt-trois évêques s'j assemblèrent le troisième jour de mars , l'a» sept cent quarante-quatre , la seconde année du roi Childéric ; et on ne doute pas que saint Boniface n'y présidât (2). Il y avoit des prêtres et d'autres clercs , et le prince Pépin y assistoit avec les principaux seigneurs. On y fit dix canims : le premier pour la conservation de la foi de JVicée et des autres conciles , et le rétablissement de la discipline déchue sous les princes précédents. Les autres canons contiennent les mêmes règlements des conciles tenus dans le partage de Carloman ; ordre d'assembler un concile tous les ans ; défense aux moines d'aller à la guerre , aux clercs de chasser ou porter des habits séculiers , ou de loger avec des femmes ; défense de recevoir des évêques ou des prêtres inconnus; que les évêques empêcheront les superstitions païennes; que les laïques s'abstiennent des mariages illicites , de la débauche , des parjures , et qu'ils défendent l'Eglise. Ce qu'il y a de particulier au concile de Soissons, est la condamnation de l'hérétique Adalbert. On ordonna de brûler les croix qu'il avoit plantées en divers lieux pour séduire le peuple (3).
Le même concile établit et ordonna dans toutes les villes des évêques légitimes, et deux archevêques au-dessus d'eux , Abel pour l'église de Reims, et Ardobert pour ceUe de Sens (4). On croit qu'il y avoit dans ces deux provinces plusieurs évêchés vacants ou possédés par des usurpateurs , à qui par conséquent il fallut pourvoir. L'Eglise de Reims étoit désolée depuis plus de trente-cinq ans par l'expulsion de saint Rigobert , et l'intrusion de Milon , archevêque de Trêves , qui apparemment fut déposé en ce concile (5). Ardobert succéda à saint Ebbon archevêque de Sens, soit qu'il fût déjà mort , soit qu'il eût renoncé à l'épiscopat, pour demeurer dans sa solitude d'Arce ; car sa mort n'est marquée qu'en sept cent cinquante (6). Le dernier canon de ce concile porte que quiconque n'en observera pas les décrets , sera jugé par le prince même avec les évêques et les comtes, et condamné à l'amende suivant la loi. Ainsi comme ces assemblées étoient mixtes d'évêques et de seigneurs , on joignoit les peines temporelles aux spirituelles.
(1) T.6,Conc.p.l541.
C2) T. 6, Conc. p. 1552.
t. Capit. p. 155.
(3j Bonif. Ep. 135, Can.
(i) V. Ceint, an. 745, .
10, 11, etc.
(5) Slip. I. XLT, n. 29.
(6) VilaAct. SS. Ben. p.
6^2, V. Coint. an. 750, ii.
1,2 Sup n. n
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
Saint Boniface écrivit au pape Zacharie pour lui rendre compte de ce qui s'étoit fait en ce concile. Il louoit le zèle de Pépin et de Carloman, et le secours qu'ils lui donnoient pour la prédication de l'Evangile , et demandoit au pape le pallium pour les deux archevêques Abel et Ardobert qui venoient d être établis dans le concile , et pour Grimon qui depuis dix ans étoit archevêque de Rouen. Saint Boniface instruisit aussi le pape des deux faux prophètes qui s'étoient élevés en France (1) : Adalbert, nommé dans le concile de Soissons , et Clément , qui avoient tous deux été condamnés et mis en prison.
Abel ne jouit pas long-temps de l'archevêché de Reims , ou plutôt il ne put en prendre possession par la violence de Milon , qui se maintint quarante ans dans son usurpation , et ne mourut qu'en sept cent cinquantetrois (2). C'est apparemment ce qui lit que saint Boniface ne persista pas à demander le pallium pour Abel , non plus que pour Ardobert de Sens, peut-être pour ne pas faire injure au saint archevêque Ebbon quivivoit encore. Quoi qu'il en soit , il se réduisit à demander au pape Zacharie le pallium pour le seul Grimon, archevêque de Rouen , que le pape connoissoit par lui-même.
Le pape en fut fort surpris, comme il témoigna par sa lettre du cinquième novembre de la même année sept cent quarante-quatre, la treizième indiction étant commencée (3), et manda à Boniface de lui en expliquer la raison. Dans la même lettre, il se justifie sur deux plaintes que l'on faisoit de lui. On nous accuse , dit-il , de commettre une simonie en obligeant ceux à qui nous accordons le pallium à nous donner de l'argent. Dieu nous en garde. Personne n'a rien pris pour les trois palliums que vous avez demandés. Nous avons aussi donné gratis les lettres émanées de notre secrétairerie pour votre confirmation et votre instruction. Anathème à quiconque sera assez hardi pour vendre le don du Saint-Esprit.
Vous nous avez mandé, par d'autres lettres, que vous avez trouvé en Bavière un faux évêqae qui se prétendoit ordonné par nous : vous avez bien fait de ne le pas croire, car il vous a dit faux, et nous vous commandons par l'autorité de saint Pierre de ne point souffrir l'exercice du sacré ministère à quiconque s'écarte des canons. Et parce que vous nous avez demandé si vous deviez avoir droit de prêcher dans la province de Bavière que notre prédécesseur vous a accordée , loin de diminuer le pouvoir qu'il vous a donné, nous l'augmentons; en sorte que tant que vous vivrez, vous corrigiez par notre aTitorité tous ceux que vous trouverez errer contre la foi ou les canons , non seulement en Bavière, mais par toutes les Gaules.
[AndeJ.C.TU
• (1) Coint. an. 73i, n. 25, Ben. p. 569. (2) Fuld. to. 3. Act. SS. (3) Zac. Ep. 5.