LIVRE SOIXANTE-TROISIÈME
estimoient honteux de passer un jour sans en répandre; les plus proches parents s'égorgeoient pour les moindres sujets, à peine les pères et les enfants s epargnoient l'un l'autre. Plusieurs de la noblesse du pays prièrent le saint évéque d'aller dans les lieux où le mal éîoit le plus grand, et de travailler à y établir la paix ; il crut que Dieu le demandant de lui , et l'événement fil voir (lu'il ne s'ét it pas trompé. Il alla d'abord à Bruges et dans la Flandre intérieure, vers W uttembourg et Furnes, et ût si bien par la douceur de ses prédications et par les exemples de sa vertu, qu'il apaisa ces esprils farouches, et les amena à la concorde. Ce fut avec bien de la peine , et il s'abaissa souvent jusqu'à se jeter aux pieds des plus intrailabl(»s. Ses exhortations furent soutenues de plusieurs miracles; et, pour en connoître l'efTet, Erembold, gouverneur de Bruges, Gt calculer, par ordre du comte, la somme à laquelle pou voient monter les compositions des meurtres commis dans ce seul canton, dont le saint évéque avoit empêché les suites, et on trouva qu'on n'y auroil pas satisfait pour dix mille marcs d'argent. Aussi toule la Flandre le chérissoil tendrement, on chercha un lieu pour sa résidence, et on lui donna l'église de Saint-Pierre à Wutlembourg, où il fonda un monastère de moines bénédictins en mil quatre-vingl-quatre, et y mit pour premier abbé Arnoul, son neveu. La même année, il revint prendre soin de son diocèse de Soissons (1).