‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1555 sur 2407 · XX. Robert Guischard délvre le pape · texte numérisé non relu

XX. Robert Guischard délvre le pape

Le pape Grégoire étoit toujours assiégé dans le château Saint-Ange, autour duquel l'empe reur Henri avoit fait elevor une muraille (2) ; maisil y avoit quelques forteresses qui tenoient encore pour le pape, et Rustique, son neveu, se défendoit au milieu de Rome dans le septizonium de Sévère, ainsi nommé, parce que c'étoit un édifice à sept étages, dont on voit encore les restes. L'empereur alloit tous les jours dans une église, où il avoit choisi un endroit retiré pour prier avec plus d'attention (3). Un de ses ennemis, ayant observé ce lieu, mit une grosse pierre sur la poutre qui soulenoitle lambris, auquel il lit une ouverture, et prit bien ses mesures avec une corde pour faire tomber la pierre pré( isément sur la tète de lempereur.S'élanl donc caché la nuitsur le lambris, quand il vit l'empereur en prière il poussa la pierre; mais elle l'entraîna par son poids, il tomba, et l'empereur qui heureusement s'étoit un peu retiré, n'eut point de mal Le bruit de cet accident s'etant bientôt ré-

(l) C. 19. Mabill. Obs. (3> VitaHenr.Edil.1585, P- 504. p. 385.

(a; Ada ap. Boll. p. 158.

ces, en le traînant sur des roches et des pierres.

Cependant l'empereur apprit que Robert Guischard étoit de retour en Italie, et qu il venoit au secours du pape ; et, ne sesentani pas enélatde lui résister, il quitta Rome et retourna en Lombardie. En eflét, depuis deux ans le pape Grégoire ne cesse ^il de presser h* duc Rob< rt qui eloil en Grèce de venir le délivrer (1). Le duc a\oit bi( n de la peine à quitter son entreprise rontre 1 empereur Alexis, sur lequel il faisoit de grandes conquéles; mais, regardant le pape comme son seigneur depuis qu'il lui avoit fait sermml de lidelilé, il rrui devoir préférer à lout autre intérêt son devoir et le service de l'Eglise; et, laissant à son fils Boémond la conduite de son armée pour continuer la guerre en Grèce, il s'embarqua peu accompagné, et vint descendre à Otrante. Il arriva à Rome au commencement de mai mil quatre-vingt-quatre, et conmie les Romains révoltés contre le pape lui voulurent résister, il pilla la ville et en brûla une grande partie. 11 tira le pape du château Sainl-Ange , et le remit au palais de Latran ; puis , étant sorti de Rome, il ramena en peu de temps plusieurs chàleaux et plusieurs villes à lobeissance du pape (2).

Grégoire, étant ainsi rentré dans Rome, tint un dixième corn ile , où il réitéra rexcommunication contre l'antipape Guibert . l'empereur Henri et leurs partisans ; et il en fil publier la sentence deçà les monts par ses légats, en France par Pierre, évéque d'Albane, et en Allemagne, parOthon, évéque d'Oslie. Ce légat fit un assez grand séjour en Allemagne, et y ordonna f>lusieurs évéques dans les églises vacantes Celle de Constance létoil depuis longtemps; et il y mil Gebehard, fils du duc Rerthold , qui étoit moine, et plus illustre par sa vertu que par sa naissance. 11 fut élu par le clergé et le peuple, malgré ses larmes et sa résistance; elle légat le sacra évcHjue de Constance le dimanche, vingt-deuxième de décembre mil quatre-vingt-quatre. Le samedi , jour de Saint-Thomas, il l'avoit ordonné prêtre, et avec lui quelques autres, entre lesquels étoit Berthold , auteur de la meilleure chronique que nous ayons de ce temps là. Le lég,it, en l'ordonnant prêtre, lui donna pouvoir, par 1 autorité du pape, de recevoir les pénitents, ce qui mérite d'être observé.

Tandis que le pape étoit à Rome, il délivra l'église de Saint-Pierre de soixante mansionnaires, qui, s'en étant empares, en occu{)oient tous lesoratoires,àlaréservedu grand autel (3), et tournoient à leur profit toutes les offrandes des pèlerins. C'éloient des citoyens romains

qui a voient des femmesou des concubines; mais, ayant la barbe rase comme lesclercsel portant des mitres , ils faisoient accroire aux pèlerins, et particulièrement aux paysans de Lombardie, qu ils éloient des prêtres cardinaux; • t, ayant reçu leurs offrandes , ils leur donnoient l'absolution de leurs péchés par une profanation sacrilège. La nuit, ils se levoienl sous prétexte de garder l'église , et commettoient à l'entour des vols, des impuretés et des homicides. Le pape, les ayant chassés avec beaucoup de peine, donna la garde de l'église de Saint- Pierre à des clercs et des prêtres réglés ; et, ayant demeuré assez long-temps à Rome, il pas>a au mont Casî»in , où il fit quelque séjour ; et delà à Salerne, où il demeura jusqu'à sa mort , sous la protection du duc Robert, étant défrayé, avec les évéques et les cardinaux qui l'avoient suivi , par l'abbé du mont Cassin (1).

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