XXI. Schismatiques abattus
L'empereur, au sortir de Rome, vint en Lombardie, où il laissa l'antipape Guibert; et, après avoir encouragé les Lombards à soutenir son parti, il passa en Allemagne (2). Incontinent après, les évéques et les marquis de Lombardie, avec de grandes troupes, se jetèrent sur les terres de lacomtesseMathilde, dont les vassaux étant surpris , ne purent assembler que peu de monde. Mais Anselme, évéque de Lucques, les encouragea, leur envoya sa bénédiction par son pénitencier, à qui il recommanda particulièrement qu'il commençât par absoudre ceux qui auroient communiqué avec des excommunies; puisqu'il donnàtà tous sa bénédiction par l'autorité du pape, les instruisant de quelle manière ils dévoient combattre, et avec quelle intention, afin que le péril où ilsalloient s exposer leur servit pour la rémission de tous leurs péchés. On donna la bataille, où lesschis matiqu<'s tournèrent le dos promplement ; on prit l'évêque de Parme, plu.sieurs nobles et u autres sans nombre, on prit quantité de chevaux, d'armes et de bagage. On ne pou voit compter les morts du côté des schismatiques; et delà part des catholiques il n'y en eut que trois de tués et peu de blessés.
Cette victoire abaissa considérablement le parti des schismatiques; et ceux qui revenoient à Tobéissance du pape Grégoire s'adressoient à Anselme, evêque de Lucques , que le pape avoit fait son légat dans toute li Lombardie, pour suppléer au défaut d'évêques catholiques, car il s'y en trouvoit très-peu. On venoit donc a lui de toutes parts : il donnoit l'absolution aux excommuniés convertis , il donnoit la confirmation et les saints ordres, il décidoit loutes les questions. Plusieurss'adress<»ientà luipour obtenir des grâces de la comtesse Mathilde, et
(1) Gauf. de Malater lib. (3) Acta. ap. Boll. c 3. m, c. 33. p. 153.
(2) Berthold. an. 1084.
(1) Chr. Cass. m, c. 35*
(2) Vita S. Ans. a. 20.
Berthold. au. 10S4.
lui offreient des présents; mais, quoiqu'il fût pauvre lui et tous les siens, il les rejetoit avec indignation, et disoit : Si ce qu'ils demandent est mjuste, je serai complice de leur injustice; s'il est juste, je serai coupable d'avoir vendu la justice.
XXIL Assemblée de Bercach.
Olhon , évoque d'Ostie, légat du pape en Allemagne, vint trouver en Saxe le roi Herman, au commencement de l'an mil quatre-vingtcinq , après l'Epiphanie ; et le vingt-unième de janvier il assista à une conférence entre les Saxons et les partisans de Henri , qui ne voulut pas y assister (1). La conférence se tint à Berça jh en Thuringe, et on choisit deux prélats savants et éloquents pour parler au nom de tous : Gebehard de Saltzbourg pour les Saxons, Vécilon de Mayence pour l'empereur Henri. Gebehard disoit que les Saxons avoient raison d'éviter ce prince comme excommunié, parce que le pape leur avoit dénoncé par lettres l'anathème qu'il avoit prononcé contre lui au concile de Rome. Vécilon répondoit que le pape et les seigneurs avoient fait tort à Henri , parce que, tandis qu'il étoit à Canosse pour satisfaire au pape, et déjà reçu à la communion, on avoit élu Rodolphe pour roi : après quoi le papen'avoit pu l'excommunier, parce qu'étant spolié îl ne pou voit être ni appelé en jugement ni condamr.é. Gebehard, au nom des Saxons, répliquoit que ce n'étoil pas à eux à examiner le jugement du saint-siège, auquel ils n'avoient pas assisté , (;t auquel ils ne dévoient qu'obéir ; que c'étoit plutôt avec le pape qu'il falloit traiter cette question. Qu'un particulier n'étoit pasdispensé des lois divines pour être dépouillé de son bien; beaucoup moins un roi, dont létal n est pas son patrimoine, mais appartient à Dieu , qui le donne à qui lui plait , comme il est dit dais Daniel (2). Et qu'avant la perte de la Saxe, Henri, cilé parle pape Alexandre, et ensuite par (rrégoire, n'avoit tenu compte d'y satisfaire. Chaque parti applaudit à celui qui parloit pour lui , et ainsi se sépara la cWérence.
XXin. Concile de Qucdlimbourg.
Le roi Herman célébra la fête de Pâques à Qucdlimbourg, et la même semaine le légat Olhon y tint un concile avec les évéques et les abbés qui reconnoissoienlle pape Grégoire (3). Il s'y trouva deux archevêques, Gebehard de Saltzbourg et Hartvic de Mag(!ebourg, avec leurs suffragants, et ceux de .Mayence en Saxe. Des évéques de Wirtzbourg, de A\ ormes, d'Augsbourg (tde Constance n'y assistèrent que par leurs députés. Le roi Herman s'y trouva avec les seigneurs de sa cour.
Quand tous furent assis selon leur rang, on
(t) Berthold. an.
ab. Ursperg. eod.
(2) Dan. IV, 22.
1085, (3) To. X, p. 40t. ex Berthold. et p. 1831.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
produisit les décrets des pères touchant la primauté du saint-siége, pour montrer que le jugement du pape n'est point sujet à révision, et que personne ne peut juger après lui. Ce que tout le concile approuva et confirma contre les partisans de Henri, qui , dans la conférence précédente , avoient voulu contraindre les Saxons à juger de la sentence du pape. Un clerc de liamberg , nommé Cunibert, s'avança au milieu du concile, soutenant que les papes s'étoient eux-mêmes attribué cette primauté, c'est-à-dire ce privilège, que personne ne peut examiner juridiquement leur jugement, et de n'être soumis au jugement de personne. Mais tout le concile s'éleva contre lui , et il fut réfuté, principalement par un laïque, qui allégua ce passage de l'Evangile : Le disciple n'est pas au-dessus du maître , et la maxime reçue dans tous les ordres ecclésiastiques que le supérieur n'est point jugé par l'inférieur.
On déclara nulles toutes les ordinations faites par les excommuniés , entres autres celles de Vécilon , archevêque de Mayence , de Slgefroy, évêque d'Augsbourg, et de Norbert de Coire (1). Vécilon étoit un clerc d'Halberstat, qui, ayant quitté son évêque, s'étoit attaché au roi Henri , et ce prince , pour récompense, lui avoit donné l'année précédente l'arche- Têché de Mayence après la mort de Sigefroy, qui avoit tenu ce siège vingt-cinq ans. Vécilon fut un des plus ardents schismatiques : et il fut condamné comme hérétique en ce concile, parce qu'il soutenoitque les séculiers dépouillés de leurs biens n'étoient point soumis au jugement ecclésiastique, et ne pouvoient être excommuniés pour leurs crimes, et que les excommuniés pouvoient être reçus sans absolution. On ordonna que quiconque auroil été excommunié, même injustement, par un évêque non déposé ni excommunié, ne pourroit être reçu à la communion sans absolution ecclésiastique. On renouvela l'ordonnance de la continence des clercs, et quelques autres points de discipline.
On agita la question de la parenté entre le roi Herman et la reine, son épouse. Le roi se leva au milieu du concile, et déclara qu il observeroit en tout sa décision; mais le concile jugea que celte affaire ne pouvoit alors être examinée canoniquement , parce qu'il n'y avoit point d'accusateurs légitimes. A la fin du concile, on prononça analhème avec les chandelles ardentes , contre l'antipape Guibert , les cardinaux Hugues le blanc, évêque d Albane , et Jean de Porto; Piere, chancellier de l'église romaine; Liutmar, archevêque de Brêine ; Uton, évêque d'Hildesheim , Othon de C(mstance, Bouchard de Bàle, Husman de Spire; enfin , contre Vécilon de Mayence , Sigebert d'Augsbourg et Norbert deCoire, dont les ordinations avoient été déclarées nulles. Dans les souscriptions de ce concile , Herman prend le
[An de J.-C. im.
litre de roi des Romains, et Othon se dit seulement moine de Clugny et légat du papo Grégoire, sans faire mention de son évêcliô d'Oslie.