LIVRE SOIXANTE-TROISIEME
est donc hérétique ; et étant excommunié par le saint-siége pour tous ses crimes , il ne peut plus avoir aucune puissance sur nous , qui sommes catholiques ; nous ne h» comptons plus entre nos frères , et nous le haïssons de cette haine par(\iite dont le psalmiste haissoitles ennemis de Dieu (1). Quant à ce que vous dites , que le pape Gréjj^oire , le roi llodolphe vi le marquis E<:;bert sont morts misérablement, et que vous félicitez votre maître de leur avoir survécu , vous devez aussi estimer heureux Wéron d'avoir survécu à saint Pierre et à saint Paul , Hcrode à saint Jacques, et Pilate à Jésus -Christ. Cette lettre est pleine d'aigreur et d'emportement, et roule principalement sur ce faux principe, qu'un roi criminel n'est point véritablement roi.
LUI. Lettre de Bernald de Constance.
Un autre zélé défenseur du parti catholique en Alleiufigne etoit Bernard , prêtre de Constance, dont nous avons une grande lettre à G(îbehard, abbé de Schalîousc, sur la nécessitr d'éviter les excommuniés (i). 11 marqueles différents degrés des personnes qu il faut éviter : savoir , le coupable , le complice , et celui qui communique avec eux ; et les dilTércntes manières de communiquer, la salutation, le baiser, la prière, la table. Il rapporte ensuite 1rs régies touchant 1 absolution des censures , et les tempéraments que l'Eglise y a apportés , tant à l'égard des clercs que des laïques. En tin, il fait le dénombrement des lois sur lesquelles l'Eglise a formé sa discipline, savoir, les canons des apôtres , les décrets des papes , les conciles généraux et particuliers, où l'on voit ceux qui étoient alors les plus connus. Entre les décrétâtes il compte toutes celles du recueil d'Isidore, dont la vérité n'étoitpas révoquée en doute.
Sur leur autorité il dit que les apôtres et leurs successeurs ont ordonné que les évéques ne fussent jamais accusés, ou très-difficilement; et, comme il ne trouve pas que cette discipline s'accorde avec celle du concile de JNicée et des suivants, il en rapporte des raisons , qu'il prétend convenir au temps des persécutions (3). De même il avoue que le concile de JNicée défend les translations des évéques ; mais, ajoute-t-il, les saints papes Evariste, Calliste et Antéros, avant le concile de JNicée, ont enseigné que la translation des évéques éloit permise, pourvu qu'elle n'eût pas l'ambition pour cause, mais l'utilité de lEglise ou la nécessité. On voit ici la plaie irréparable que les fausses décrétâtes ont faite à la discipline de l'Eglise, en détruisant ses plus saintes régies, par des autorités que l'on estimoil plus anciennes.
(Ij Ps. 1:î8, 22.
(2) Ap.Tegoagel. p.239.
L'empereur Henri entra cette année en Lonibardie, où il brûla et ravageâtes terres du duc Guelfe ; mais la princesse Mathilde, son épouse, ren(ouragea à demeurer ferme dans le parti catholique et à résister vigoureusement à Henri. En cette guerre, Godefr(»y, évéque de Lucques, consulta le pape s'il falloit mettre en pénitence ceux qui avoient tué des excommuniés (1). Le pape répondit : Imposez-leur une satisfaction convenable selon leur intention comme vous avez appris dans l'ordre de l'église romaine. Car nous n'estimons pas homicides ceux qui , brûlant de zèle pour 1 Eglise contre les <'xcommuniés, en auront tué quelqu(»s-uns; toutefois, pour ne pas abandonner la discipline de l Eglise, imiH)sez-leur pénitence de la manière que nous avons dit, alin qu ils puissent apaiser la justice divine, s ils (uit mèleuuelque foiblesse humaim; à cette action.