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LX. Coutumes de Clugny

Son recueil des coutumes de Clugny ne fut pas seulement utile à l'abbaye dllirsauge, pour laquelle il avoit été écrit, mais à plusieurs autres monastères de la haute Allemagne et des autres pays, qui recherchèrent cet ouvrage comme un précieux trésor. 11 est divisé en trois livres, à la tète desquels est une lettre à l'abbé Guillaume, où l'auteur se plaint d'abord d'un abus qu'il dit être la principale cause de la ruine des monastères [2). C'est que les pères, qui avoient grand nombre d'enfants, cherchoient à s'en décharger, principalement s il y en avoit quelqu'un manchot, boiteux ou autrement incommodé. Les maisons remplies de ces invalides ne peuvent, dit-il, garder aucune régularité, et l'observance n'est exacte que dans celles où le plus grand nombre est d hommes, qui y sont entrés en âge mùr, et de leur propre mouvement.

Le premier livre des coutumes de Clugny contient la description de l'ofTice divin, et commence par la distribution de l'Ecriture sainte pour les lectures. Elle étoit à peu prés telle que nous l'observons, mais les leçons étoient bien plus longues, puisque, pendant la semaine de la Septuagésime, on lisoit la Genèse eitlière. Il est vrai que l'on continuoit au réfectoire la lecture du chœur. Enfln, à l'entrée du carême on avoit lu l'Octaleuque (3) , c'est-àdire les cinq livres de Moïse et les trois suivants. Ils avoient beaucoup ajouté à la psalmodie prescrite par saint Benoît. Premièrement, pendant toat l'hiver, c'est-à-dire depuis le premier jour de novembre jusqu'au jeudisaint, ils disoient avant les nocturnes, tous les jours de férié, trente psaumes, savoir, depuis

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[AndeJ.-C. 1091

(1) Vitan. U. Elog. S. Od. n. 17, Saec. 5.

(2) Vita n. 3i; to. i, (3) Cl.

Spicii. p. 21. V. mm.

le cent dix-neuf jusqu'à la fin du psautier. A laudes et à vêpres , en tous temps , ils ajoutoient quatre psaumes et deux à complies; à prime ils en ajoutoient cinq, outre le symbole Quicumque^ qu'ils disoient tous les jours, et ensuite de prime les sept psaumes pénilentiels avec le litanies. Je passe plusieurs additions moins considérables; mais il ne faut pas oublier l'office des morts, qu'ils disoient toute l'année et à neuf leçons. On chantoit tous les jours de férié deux grand'messes, l'une du jour, l'autre des morts. Les dimanches on en disoit trois: la messe matulinale, qui étoit du jour, la seconde de la trinilé, et la messe solennelle. Après la première , on faisoit l'eau bénite, et on en faisoit l'aspersion dans tous les lieux réguliers, l'infirmerie, le dortoir, le réfectoire, la cuisine, le cellier. Pendant trois jours de la semaine un côté du chœur pouvoit communier, et lautre côté pendant les trois autres jours, suivant leur dévotion (1). On disoit aussi plusieurs mess(^ basses, mais hors le temps de l'office et de la grand'messc.

Ulric marque ensuite toutes les cérémonies particulières à certains jours, pendant tout le cours de Tannée, commençant au jeudi-saint, qui en étoit le plus chargé; et j'en rapporterai ce qui me paroit le plus important. Cette nuit et les deux suivantes on lisoit les leçons de Jérémie sans les chanter, comme faisoient les chanoines, et sans nommer les lettres de l'alphabet hébraïque (2). Chacun de ces trois jours, on bénissoit le feu nouveau, et tous \es frères communioient, sans préjudice du jour de Pâques. Le jeudi on lavoit les pieds à aulant de pauvres qu il y avoit de frères dans la maison , et labbé y en ajouloit pour les amis autant qu'il juge'Mt à propos. Avant le repas on donnoit à chaque pauvre une oublie en signe de communion.

Le vendredi-saint tous les frères s'assembloient nu-pieds dans le cloître, et récitoient tout le psautier entre prime et tierce. Leur repris n'étoit que du pain et des herbes crues, et pour collation ils goùtoient seulement un pi'u de vin. A ces paroles de la passion, ils ont partagé mes vêtements, deux moines tiroient, chacun de son côté, deux pièces d étoffe de dessus l'autel ; mais Ulric trouvoit ces représentations peu conformes à l esprit de l'Evangile. 11 loue l'abbé Hugues d'avoir retranché de l'office du samedi-saint ces mots : O heureuse faute, et péché d'Adam nécessaire, que toutefois nous disons. Ce jour on permettoit de dire des messes basses après l'évangile de la grand'messe. Le jour de Pâques avoit ses premières vêpres entières et ses vigiles à trois nocturnes , comme l'ordre de Clugny l'observe encore (3).

AndeJ.-C.lOQl.J

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